Burundi-Élections : les réfugiés burundais partagés entre espoir et désespoir


De Mtendeli à Nduta (Tanzanie) en passant par Nakivale (Ouganda) et Mahama (Rwanda), les réfugiés burundais ont suivi avec intérêt les élections générales de ce 20 mai. Certains affichent un certain espoir pour l’avenir du Burundi quand d’autres n’attendent pas grand chose. (SOS Médias Burundi)

Pour les réfugiés burundais se trouvant en Tanzanie, au Rwanda et en Ouganda, les réactions sont mitigées.

Tanzanie

165 000 réfugiés burundais vivent en Tanzanie. Ils sont répartis dans trois camps. Le jour des élections, les uns assurent qu’ils n’ont pas dormi pour suivre les scrutins en direct.

Mtendeli n’est pas loin de la frontière burundaise. On peut capter facilement la radio nationale. Et comme les médias étaient en synergie, on a pu suivre. Les résultats qui en sortiront vont déterminer notre avenir.

Des réfugiés

Pourtant chez certains, l’optimisme n’est pas de mise. “Chaque fois que le Burundi fait des élections, on a des querelles, c’est le chaos, la crises et de nouveaux mouvements de gens qui fuient le pays. C’est en tout cas pour moi, un mauvais souvenir depuis les élections de 1993”, raconte Melchior, un sexagénaire du camp de Mtendeli (à son troisièm exil). Et d’ajouter “2020 ne va pas faire exception vu la chasse à l’homme contre les CNL”.

Burundi Tanzanie Nduta Réfugiés

Pour Bernadette, 36 ans, ces élections peuvent changer la situation. “Je garde l’espoir. On va avoir de nouveaux dirigeants. Ils vont faire bouger les choses, faire rentrer les réfugiés, et libérer les prisonniers politiques. Cela pourrait assainir le climat politique”, confie-t-elle.

Jean-Claude (19 ans) ne croit pas à la transparence électorale.

Sans doute que le parti au pouvoir a procédé au bourrage des urnes pour rester aux commandes du pays. Croyez-vous que même si les Burundais ont voulu le changement et qu’ils ont voté pour le CNL, le CNDD-FDD va accepter de partir ?

Jean-Claude

Rwanda

Le pays héberge plus de 70.000 réfugiés dont 90% vivent dans le camp de Mahama. Pour eux, le résultat des urnes est déterminant. Il conditionne leur retour.

Nous sommes pour la plupart des paysans des provinces de Muyinga, Kirundo, Ruyigi, Ngozi et quelques uns de Bujumbura. Peu importe celui qui va remporter les élections, l’essentiel est qu’il parvienne à faire régner la paix. Que les assassinats ciblés s’arrêtent, qu’on libère les nôtres qui sont en prison pour leurs opinions politiques. Nous en avons marre avec la vie d’exil.

Des réfugiés de Mahama

Les réfugiés originaires des centres urbains ont une autre perception. “Nous devons attendre et voir les premiers mois de pouvoir. Bien sûr que nous voulons un changement de régime. Certains d’entre nous sont des intellectuels. Nous sommes connus à Bujumbura par rapport à nos engagements et fonctions antérieurs. Le retour sera forcément conditionné par le comportement des prochains dirigeants », laissent-ils entendre.

Nakivale

Au moins 48.000 Burundais ont trouvé refuge en Ouganda dont 40.000 au camp de Nakivale. 90% de ceux qui se sont exprimés sur ces élections ne croient pas au changement dans leur pays.

Un parti qui est au pouvoir depuis 15 ans ne peut pas accepter facilement de perdre les élections à moins qu’il y ait un miracle. Le CNDD-FDD va rester au pouvoir. Et nous, nous allons rester en exil, c’est tout.

Des réfugiés de Nakivale

Un partage des postes

“On a vu Agathon Rwasa en 2015 siéger à l’Assemblée Nationale avec ses députés alors qu’ils n’ont pas participé aux élections. Là, son parti va bénéficier de quelques postes au gouvernement. Mais la manette va rester de l’autre coté qu’ils gagnent ou pas”, parient ces autres réfugiés.

« Sang nouveau »

“De toutes façons, l’essentiel est que le prochain président soit nouveau, peu importe qui c’est. Même s’il est de l’actuel parti au pouvoir. C’est un sang nouveau qui doit nécessairement inspirer un changement », s’accorde un autre groupe interrogé. « Nous devons nous préparer aussi à accueillir les nouveaux réfugiés qui vont résulter d’un bras de fer entre les partis forts le CNDD-FDD et le CNL », ajoutent-ils.

Que ce soit en Tanzanie, au Rwanda ou en Ouganda, les Burundais demandent à leurs compatriotes restés au pays de “s’abstenir de violence” et aux nouveaux dirigeants de “songer à rassembler tous les Burundais et prôner le retour des réfugiés pour la consolidation de la paix et la démocratie”.