Burundi : vers le rapatriement de plus de 50.000 déplacés internes de 1993


Le programme figure parmi les priorités du nouveau gouvernement. Les concernés disent ne pas vouloir retourner sur leur colline d’origine. Ils avancent que « leur sécurité ne serait pas garantie là bas ». Ils se sont d’ailleurs confiés au secrétaire général des Nations Unies. Ils lui demandent d’intervenir pour « exiger des garanties de sécurité aux autorités burundaises ». (SOS Médias Burundi)

Le nouveau président a lancé lui-même un appel à l’endroit des réfugiés burundais qui se sont installés dans les pays limitrophes et lointains pour qu’ils retournent dans leur propre pays.

Le même message a été adressé aux déplacés internes.

Pour les premiers, la raison de leur fuite était la crise déclenchée par un autre mandat controversé de feu Pierre Nkurunziza en 2015.

Quant aux déplacés internes, ce sont essentiellement des Tutsis qui ont fui leur ménage suite à la crise de 1993. Elle avait été déclenchée par l’assassinat du tout premier président Hutu élu au suffrage universel, Melchior Ndadaye.
Pour le moment, ils se comptent à plus de 50.000 personnes, selon les données de l’AC-Genocide Cirimoso, une ONG locale qui défend les droits des minorités et lutte contre l’idéologie du génocide.

Ils sont installés sur 15 sites de déplacés situés dans 11 communes de 5 provinces à savoir Gitega, Muramvya et Karusi (centre-est du Burundi) ainsi que Ngozi et Kayanza (nord).

Selon le gouvernement du Burundi, ces gens doivent retourner dans leurs propriétés.

Cependant, ces déplacés ne comptent pas obtempérer. Ils ont adressé une demande de protection aux Nations Unies à travers une pétition.

“Nous ne sommes pas prêts à rentrer sur les collines d’origine. Nous avons perdu les nôtres en 1993 et ceux qui les ont tués sont toujours là. Ils n’ont jamais été inquiétés. Pire encore, certains d’entre eux sont des administratifs ou membres des forces de l’ordre d’aujourd’hui.
Ils se vantent même de leurs actes. Il y en a qui vont jusqu’à affirmer qu’ils comptent en finir avec nous, les rescapés de 1993. Comment alors rentrer les rejoindre alors que nous sommes avertis. Ils ne feront que nous tuer pour éliminer des témoins gênants”, a réagi Ferdinand N., qui a vécu dans ces sites et qui y a encore des parentés.

Son ami J.Claude N., ajoute que ces déplacés sont des rescapés sous la responsabilité des Nations Unies.

“Ces gens sont des rescapés et témoins oculaires des massacres qui ont coûté la vie à nos chères familles. Un enfant qui est né durant les premiers moments dans les camps est aujourd’hui âgé de 27 ans, et d’autres ne reconnaissent même pas facilement chez eux. Ils sont sous la responsabilité de l’ONU car ces sites étaient auparavant des camp de réfugiés internes. Aujourd’hui, ces lieux ont été transformés en sites et villages convoités par des administratifs de part leur relief pour y construire des villas. L’ONU doit agir”, a-t-il dit.

Des représentants de ces déplacés internes trouvent que la politique de les rapatrier vers leur colline d’origine cache « un plan de protéger des criminels qui devront répondre de leurs actes tôt ou tard devant la justice ».

La pétition envoyée à Antonio Guterres a été soutenue par Frédéric Bamvuginyumvira, ancien vice-président de la République du Burundi et président de la Commission nationale de réinsertion et réinstallation des déplacés et des sinistrés (CNRS), en 2005.

Cette commission avait aussi la mission de faire rentrer ces déplacés internes, ce qui n’a pas été tâche facile selon Frédéric Bamvuginyumvira.

Pour lui, la question n’est pas si simple qu’elle parait l’être.
Il demande qu’il y ait une étude approfondie avant de renvoyer ces déplacés chez eux.

“D’abord demander aux personnes qui ont perdu leur toit il y a 27 ans alors qu’elles vivent déjà des moyens de bord, c’est ignorer la réalité que ces personnes vivent ou le faire sciemment pour du sadisme. S’installer sur sa colline d’origine 27 ans après exige une maison, une propriété foncière, des vivres avant la première production culturale, une nouvelle intégration sociale, etc”, a-t-il indiqué dans cette pétition.

Une décision politique

Selon M. Bamvuginyumvira et Apôtre Bernard Ntungwanayo, principaux soutiens de la pétition, les déplacés résultent des tueries qui ont suivi l’assassinat politique de Melchior Ndadaye en Octobre 1993.

“Des Hutus, qui ont tué des Tutsis voisins, certains ont été jugés et condamnés, ils ont déjà purgé leur peine et d’autres ont directement pris le chemin de l’exil en Tanzanie. Ce sont ces camps de réfugiés qui sont devenus des viviers du CNDD-FDD. Celui qui a réellement tué et qui est au pouvoir aujourd’hui considère un déplacé frère ou sœur de la personne tuée comme un témoin gênant qu’il faut éliminer à tout prix”, précisent-ils.

Ils estiment que si “ce témoin reste au camp des déplacés, il est plus ou moins protégé et qu’ensemble, ils constituent une force, mais si chacun retourne chez lui, il est isolé et facilement livré aux forces du mal qui décapitent encore les Burundais innocents sans défense”.

Ces personnalités trouvent plutôt logique de transformer ces sites de déplacés en villages de paix.

“Que le gouvernement pense plutôt à valoriser ces sites. Ils sont pour le moment occupés essentiellement par des Tutsis, pourquoi ne pas construire des maisons pour des Hutus et des Twa qui vivent à coté et transformer ces lieux en villages modèles de paix et de réconciliation. Comme ça, c’est le centre urbain qui est constitué, avec des écoles, des marchés modernes, l’adduction en électricité et en eau potable”, conseillent-ils à l’administration territoriale.

Depuis 15 ans, les autorités burundaises ont toujours souhaité le retour des déplacés internes dans les localités d’origine.
Le débat autour de leur sort est de nouveau relancé.

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Photo: un enfant dans un site de rapatriés à Rumonge 📸 Jean Pierre Aimé Hererimana