RDC : des drones frappent un marché à Mushaki, l’AFC/M23 dénonce un « massacre de civils »
SOS Médias Burundi
Goma, 11 mai 2026 – Une attaque menée par un drone militaire, présumé appartenir aux Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), a frappé le centre de Mushaki, dans le territoire de Masisi (Nord-Kivu), le vendredi 8 mai 2026. Les frappes ont touché une zone commerciale en pleine activité, faisant plus d’une vingtaine de morts et plus de 60 blessés selon plusieurs sources locales et rebelles.
L’attaque a provoqué une panique générale au marché central, entraînant la fuite des habitants vers les localités environnantes. Plusieurs commerces ont fermé dans la précipitation, paralysant une activité économique déjà fragilisée par l’insécurité persistante dans la région.
Selon plusieurs sources locales, la frappe aurait visé un officier supérieur du M23, le général de brigade Justin Gacheri Musanga, présenté comme commandant des opérations de la zone de défense Nord-Ouest dans le territoire de Masisi. Des témoins affirment qu’il participait à une réunion avec des responsables politiques et l’administrateur du territoire au moment des explosions.
Une série d’attaques récurrentes à Mushaki
Il s’agit de la quatrième attaque signalée à Mushaki depuis 2024. Le 19 janvier 2024, une ferme située sur une concession appartenant à l’ancien président Joseph Kabila avait déjà été ciblée. Plusieurs sources avaient alors évoqué l’usage de drones CH-4 par les FARDC. Joseph Kabila a par ailleurs été condamné en septembre 2025 par la Haute Cour militaire congolaise à la peine de mort, notamment pour des accusations le présentant comme « chef de la coalition AFC/M23 », une décision controversée et rejetée par ses proches.
D’autres frappes ont été enregistrées le 24 février 2026, puis le 7 mars 2026, visant des positions rebelles dans la zone de Mushaki et sur la colline de Misekera.
Déplacements annulés et extension des frappes
Selon plusieurs sources concordantes, le gouverneur du Nord-Kivu issu de l’administration rebelle, Erasto Bahati Musanga, devait se rendre dans la zone le jour de l’attaque, avant d’annuler son déplacement à la dernière minute.
Des localités situées au nord-ouest de Goma, chef-lieu du Nord-Kivu et plus grande ville de l’est du Congo, devenue quartier général des rebelles depuis sa chute en janvier 2025, ainsi que Rutare dans le Sud-Kivu, auraient également été touchées par des frappes similaires.
D’autres attaques ont été signalées à Lumbishi dans le Sud-Kivu, ainsi qu’à Kakenke et Mikenke dans la région de Minembwe, où plusieurs dégâts matériels et nouveaux déplacements de population sont rapportés.
L’AFC/M23 dénonce des « crimes de guerre »
Dans un communiqué publié le même jour, l’Alliance Fleuve Congo (AFC/M23) affirme que ces bombardements ont causé la mort d’au moins 20 civils et fait plus de 57 blessés, dont des femmes et des enfants. Le mouvement parle de « crime de guerre » et de « crime contre l’humanité », accusant Kinshasa de cibler des populations civiles.
Le coordonnateur politique de l’AFC/M23, Corneille Nangaa, a dénoncé des « crimes documentés », accusant les autorités congolaises et leurs alliés militaires de mener des opérations délibérées contre les civils.

Des blessés reçoivent des soins dans un hôpital du territoire de Masisi, au Nord-Kivu, après une attaque de drone ayant fait plusieurs victimes civiles dans la région. © SOS Médias Burundi
Washington appelle à la retenue
Le Département d’État américain a réagi le même jour dans une déclaration publique, appelant l’ensemble des parties à la retenue et au respect des engagements de cessez-le-feu, sans désigner de responsable :
« Toutes les parties doivent faire preuve de la plus grande retenue, respecter leurs engagements de cessez-le-feu, protéger les civils et s’engager en faveur du dialogue et de la désescalade. »
Drones et extension régionale du conflit
Le M23 affirme également avoir mené au moins deux attaques contre le centre de commandement des drones à Kisangani, ville située dans le nord-est de la République démocratique du Congo, sur le cours du fleuve Congo, dans la province de la Tshopo.
L’usage des drones est devenu un élément central du conflit.
Ces derniers mois, les drones militaires sont devenus courants dans l’est de la RDC malgré les appels à la retenue de l’Union africaine, de l’ONU et des États-Unis. Selon plusieurs sources sécuritaires, certains appareils seraient déployés depuis Bujumbura, la capitale économique du Burundi, ainsi que depuis Kisangani.
D’autres frappes ont été signalées dans plusieurs localités du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, chaque camp accusant l’autre.
Parmi les victimes figurent le porte-parole militaire du M23, le colonel Willy Ngoma, tué en février 2026 dans la zone minière de Rubaya, ainsi qu’une humanitaire française, Karine Buisset, employée de l’UNICEF, morte lors d’une attaque de drone à Goma le 11 mars 2026.
Victimes civiles à Minembwe
Dans la région de Minembwe, des frappes ont également causé des victimes civiles. À Kakenke et Mikenke, ainsi qu’à Lumbishi et Rutare, plusieurs morts et blessés sont signalés. Parmi les victimes figurent un jeune garçon de 14 ans et une femme centenaire, tués dans des attaques de drones distinctes, en plus d’importants dégâts matériels.
MONUSCO et inquiétudes internationales
La Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en RDC (MONUSCO) a condamné la recrudescence des violences contre les civils, évoquant des dizaines de morts dans plusieurs provinces de l’est du pays. Elle s’est également inquiétée des bombardements récents dans les zones de Kilolirwe et Mushaki.
Des habitants de Goma manifestent contre les bombardements visant des zones civiles dans l’est de la République démocratique du Congo, après la mort d’une humanitaire française de l’UNICEF lors d’une frappe de drone dans un quartier résidentiel. © SOS Médias Burundi
Une guerre régionale aux multiples acteurs
Le M23, ancienne rébellion tutsi, a repris les armes en 2021 et est aujourd’hui intégré à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI). La coalition revendique une refonte politique de la RDC vers un modèle fédéral.
Kinshasa accuse Kigali de soutenir le groupe, ce que le Rwanda dément, accusant à son tour la RDC et le Burundi de soutenir les FDLR, un groupe armé hutu dont certains membres sont accusés d’être impliqués dans des crimes liés au génocide des Tutsis de 1994.
Malgré ces démentis, plusieurs rapports des Nations Unies ont confirmé la présence de forces rwandaises aux côtés des rebelles. Le Burundi a également déployé des milliers de soldats dans l’est de la RDC entre 2022 et 2025, selon des sources sécuritaires, opérant aux côtés des FARDC et des milices Wazalendo soutenues par Kinshasa.
Riche en minerais stratégiques, l’est de la RDC reste plongé dans une guerre prolongée depuis trois décennies, impliquant groupes armés locaux, forces régionales et acteurs étrangers. Malgré les initiatives diplomatiques, les populations civiles continuent d’en payer le prix le plus lourd.
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Photo : Le marché central de Mushaki, dans le territoire de Masisi au Nord-Kivu, où des frappes de drones ont été signalées, faisant plusieurs morts et blessés parmi les civils. © SOS Médias Burundi
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