Kobero : des chauffeurs de la ligne Bujumbura–Kigali dénoncent un climat de peur et des tracasseries à la frontière
SOS Médias Burundi
Kobero, 13 juillet 2026—Des chauffeurs assurant le transport des passagers entre Bujumbura et Kigali dénoncent un climat de peur, des contrôles qu’ils jugent excessifs ainsi que des pratiques qu’ils assimilent à de la corruption au poste frontalier de Kobero, à la frontière entre le Burundi et la Tanzanie. Ils affirment que ces difficultés perturbent leurs activités et découragent certains conducteurs d’emprunter cette ligne.
Selon plusieurs chauffeurs interrogés, les agents chargés de la documentation les soumettent régulièrement à des interrogatoires portant notamment sur l’identité des passagers, leur provenance et leur destination finale.
« Nous comprenons que les services de sécurité doivent effectuer des contrôles. Mais les interrogatoires sont souvent excessifs et créent un climat de méfiance permanent », témoigne un chauffeur sous couvert d’anonymat.
Des accusations de paiements illégaux
Au-delà des contrôles, plusieurs transporteurs dénoncent ce qu’ils qualifient de pratiques de corruption. Ils affirment qu’au moment de quitter le Burundi pour le Rwanda, ils seraient contraints de verser jusqu’à 100 000 francs burundais afin d’éviter des blocages administratifs, alors qu’aucune somme similaire ne leur serait réclamée lors du trajet retour.
« Si nous refusons de payer, nous risquons d’être retenus pendant des heures. Nous travaillons dans la peur et nous enregistrons des pertes importantes », affirme un autre conducteur.
Des voyageurs gagnés par l’inquiétude
Cette situation aurait également des répercussions sur les voyageurs. Plusieurs passagers affirment désormais effectuer le trajet vers le Rwanda avec appréhension, estimant que les contrôles répétés contribuent à installer un climat d’inquiétude.
« À force de voir les chauffeurs subir ces pressions et d’être interrogés, on finit par avoir l’impression que voyager vers le Rwanda est considéré comme un acte suspect », témoigne un passager.
Des accusations de liens avec des groupes armés rejetées
Les chauffeurs affirment être régulièrement soupçonnés de transporter des jeunes qui pourraient rejoindre des groupes armés tels que le M23 ou RED-Tabara. Ils rejettent fermement ces accusations et estiment qu’elles nuisent à leur réputation professionnelle.
« Nous sommes des transporteurs, pas des recruteurs de groupes armés. Nous transportons des clients comme n’importe quelle entreprise de transport », affirme un chauffeur.
Selon plusieurs témoins, ces pressions auraient déjà poussé certains conducteurs à abandonner définitivement la ligne Bujumbura–Kigali.
Une frontière stratégique dans un contexte de tensions régionales
Depuis la fermeture des frontières terrestres entre le Burundi et le Rwanda décidée par les autorités burundaises en janvier 2024, les ressortissants burundais qui ne peuvent pas voyager par avion continuent d’emprunter les axes routiers disponibles, notamment pour se rendre en Tanzanie, en Ouganda ou encore au Kenya.

La crise diplomatique entre Gitega et Kigali s’inscrit dans un contexte régional marqué par les tensions liées à la situation sécuritaire dans l’est de la République démocratique du Congo. Les autorités burundaises accusent régulièrement le Rwanda d’entretenir ou de soutenir des groupes armés visant à déstabiliser le Burundi, ainsi que d’appuyer le M23, un mouvement armé majoritairement composé de Tutsis congolais qui a installé une administration parallèle dans plusieurs zones du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
À plusieurs reprises, le président burundais Évariste Ndayishimiye a accusé son homologue rwandais Paul Kagame de vouloir « annexer une partie du Congo au territoire de son pays » et l’a qualifié de « déstabilisateur de la région ». Il a également affirmé que « le Burundi est prêt à faire la guerre avec le Rwanda », déclarant que son pays ne se laisserait pas faire « comme les Congolais ».
Le Rwanda rejette ces accusations et les qualifie de « mensonges sans fondement ».
Des déplacements qui restent nécessaires
Malgré les tensions politiques entre les deux pays, de nombreux Burundais continuent de se rendre au Rwanda pour des raisons familiales, médicales ou commerciales. Certains y vont également pour des activités économiques ou des rendez-vous professionnels.
Dans un contexte marqué par la pauvreté et la hausse du coût de la vie, une grande partie des voyageurs privilégie le transport routier, jugé plus accessible que l’avion. La ligne Bujumbura–Kigali reste ainsi un axe important pour les échanges humains et commerciaux dans la région.
Les transporteurs demandent aux autorités compétentes de garantir la libre circulation des personnes et des biens, conformément aux autorisations qui leur sont délivrées.
« Nous demandons simplement à exercer notre métier dans le respect de la loi, sans intimidation ni pratiques de corruption. Nous souhaitons pouvoir transporter nos clients vers le Rwanda ou l’Ouganda dans des conditions normales », plaide un responsable d’une société de transport.
Au moment de la publication de cet article, les autorités concernées n’avaient pas encore réagi aux accusations formulées par les chauffeurs.
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Photo : la frontière de Kobero, entre le Burundi et la Tanzanie, où des chauffeurs de la ligne Bujumbura–Kigali dénoncent des contrôles jugés excessifs, des tracasseries et des pratiques de corruption présumées. ©SOS Médias Burundi
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