Burundi : après les arrestations à Matana, les autorités brandissent la menace d’une infiltration armée

Burundi : après les arrestations à Matana, les autorités brandissent la menace d’une infiltration armée

SOS Médias Burundi

Rumonge, 9 octobre 2026 — La crainte d’une infiltration d’hommes armés gagne la commune portuaire de Rumonge, dans la province de Burunga, au sud-ouest du Burundi. Jeudi, des responsables administratifs locaux ont évoqué des informations faisant état d’une possible entrée d’éléments armés depuis Magara, dans la province voisine de Bujumbura. Ces informations n’ont pas été confirmées.

Lors d’une réunion trimestrielle consacrée à la sécurité, les autorités ont fait état de mouvements suspects signalés sur la colline Rutumo. L’administrateur communal, Augustin Minani, a appelé la police, les militaires, les responsables administratifs et la population à collaborer pour recueillir des informations fiables.

Il a également demandé le renforcement des patrouilles nocturnes afin de prévenir toute éventuelle infiltration.

Un responsable local de la police a, de son côté, accusé le groupe armé RED-Tabara d’être à l’origine de plusieurs difficultés auxquelles le Burundi est confronté, notamment les pénuries de carburant. Selon lui, le mouvement exploiterait cette situation pour donner à la population l’impression que « l’État est défaillant ». Aucun élément présenté lors de la réunion ne permet toutefois d’établir un lien entre ces pénuries et RED-Tabara.

Le lac Tanganyika, qui sépare notamment le Burundi et la République démocratique du Congo (RDC), constitue une autre voie possible de passage vers le territoire burundais. Mais rien ne permet d’affirmer que des hommes armés l’ont récemment traversé pour rejoindre Rumonge.

Matana, un précédent qui inquiète

En 2020, la présence présumée d’hommes armés venus de la RDC avait déjà été signalée dans la région de Rumonge. Des arrestations avaient ensuite visé des jeunes, d’anciens militaires des Forces armées burundaises (ex-FAB), d’anciens gendarmes et des policiers dans plusieurs localités du pays.

Des témoins interrogés à l’époque par SOS Médias Burundi avaient dénoncé des actes de torture contre certains détenus ainsi que des décès en prison ou dans des cachots.

Plus récemment, des arrestations ont été signalées dans la commune de Matana, dans la province de Burunga, sur fond de soupçons de passage ou d’infiltration d’hommes armés. Le nombre de personnes interpellées n’est pas connu.

Le porte-parole de la Police nationale du Burundi (PNB), sollicité sur ces arrestations, n’a pas souhaité donner davantage de détails. Il a néanmoins déclaré que « le gouvernement ne peut pas se laisser faire ».

Les dirigeants du CNDD-FDD affichent leur fermeté

Les alertes locales interviennent alors que le président Évariste Ndayishimiye et des responsables du Conseil national pour la défense de la démocratie–Forces de défense de la démocratie (CNDD-FDD), au pouvoir, multiplient les déclarations de fermeté face aux groupes armés burundais présents dans l’est de la RDC.

Le 22 août 2026, lors d’une conférence de presse à Makamba, le secrétaire général du parti, Révérien Ndikuriyo, a réagi à des informations circulant sur les réseaux sociaux au sujet de menaces attribuées à RED-Tabara et aux Forces nationales de libération (FNL), dirigées par le général autoproclamé Aloys Nzabampema.

« Qu’ils se coalisent et viennent. La ligne rouge est de dépasser la frontière de la Rusizi », a-t-il déclaré, tout en affirmant que le Burundi n’avait aucune raison de chercher à engager une guerre.

La Rusizi est une rivière qui marque une partie de la frontière entre le Burundi et la RDC, dans le nord-ouest du pays. Ces dernières années, des hommes armés l’ont traversée pour mener des attaques meurtrières dans les régions de Bujumbura, Bubanza et Cibitoke. Ces attaques ont toutes été attribuées aux rebelles de RED-Tabara, actifs dans l’est de la RDC.

Le 29 août, lors de la dixième édition de la Journée des Imbonerakure au stade Ingoma de Gitega, la capitale politique, Évariste Ndayishimiye a annoncé que les membres de la ligue des jeunes du CNDD-FDD devenaient des « commandos ».

« Nous voulons que tout citoyen burundais soit militaire. Ce que je promets à nos amis comme à nos ennemis, c’est que le Burundi est bien protégé », a affirmé le chef de l’État.

Au cours de la même cérémonie, Révérien Ndikuriyo a appelé les Imbonerakure à rester vigilants, estimant que les ennemis du pays n’avaient pas désarmé.

Les autorités présentent les patrouilles nocturnes et les initiatives de surveillance communautaire auxquelles participent les Imbonerakure comme une contribution à la sécurité. Des organisations de défense des droits humains ont toutefois dénoncé l’implication présumée de certains membres dans des actes d’intimidation, des arrestations arbitraires et des violences.

Gitega et Kigali s’accusent mutuellement

Le Burundi accuse le Rwanda de soutenir RED-Tabara. Les autorités burundaises désignent Alexis Sinduhije, ancien journaliste et président du parti d’opposition Mouvement pour la solidarité et la démocratie (MSD), en exil en Belgique, comme le dirigeant du groupe. Kigali rejette ces accusations.

De son côté, le Rwanda accuse les autorités burundaises de collaborer avec les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé hutu rwandais dont certains membres sont accusés d’avoir participé au génocide des Tutsis en 1994. Gitega rejette également ces allégations.

Ces tensions s’inscrivent dans le contexte du conflit dans l’est de la RDC, où l’armée burundaise combat aux côtés des Forces armées de la RDC (FARDC) et des milices Wazalendo contre l’AFC/M23. Cette coalition politico-militaire contrôle des territoires dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Kinshasa l’accuse de bénéficier du soutien du Rwanda, ce que Kigali dément.

À Rumonge comme à Matana, les alertes et les arrestations soulèvent des questions sur les éléments concrets qui fondent les soupçons d’infiltration et sur les motifs précis des interpellations.

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Photo : Un nouveau navire de la marine burundaise navigue sur les eaux du lac Tanganyika, au large de Rumonge, dans le sud-ouest du Burundi. Le bâtiment transportait des soldats de la Force de défense nationale du Burundi (FDNB) et leurs équipements, mardi 14 avril 2026. Les autorités locales alertent sur des risques d’infiltration dans cette zone frontalière. © SOS Médias Burundi

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