Burundi : la mort de Bruce Sebanza à l’ADB soulève des questions sur le rôle des responsables présents

Burundi : la mort de Bruce Sebanza à l’ADB soulève des questions sur le rôle des responsables présents

SOS Médias Burundi

Bujumbura, 18 octobre 2026 — La mort de Bruce Sebanza, cadre de l’Agence de développement du Burundi (ADB), survenue le 13 octobre dans les locaux de cette institution à Bujumbura, la capitale économique du Burundi, soulève de nombreuses interrogations. Des témoignages recueillis par SOS Médias Burundi font état de violences présumées, de l’intervention d’un responsable du Service national de renseignement (SNR) et d’un conflit antérieur entre la victime et le directeur général de l’agence, Révérien Nizigiyimana. Alors que la Commission nationale indépendante des droits de l’homme (CNIDH) affirme suivre le dossier, l’inhumation de Bruce Sebanza est annoncée pour le 21 octobre, sans autopsie prévue selon les informations disponibles.

Vendredi 16 octobre, Mgr Martin Blaise Nyaboho, président de la CNIDH, s’est rendu dans les locaux de l’ADB pour s’enquérir des circonstances de la mort de Bruce Sebanza.

À cette occasion, il a condamné les violences rapportées et indiqué à la presse que le dossier avait déjà été transmis à la police judiciaire de Bujumbura. Il a également assuré que la Commission suivrait de près l’évolution de la procédure afin que toute la lumière soit faite sur cette affaire.

Selon des témoignages recueillis par SOS Médias Burundi, les faits auraient commencé dans la nuit du lundi 12 au mardi 13 octobre. Des voisins des bureaux de l’ADB affirment avoir entendu des cris de détresse alors que Bruce Sebanza était retenu par deux agents de sécurité.

D’après ces témoins, le directeur général de l’agence, Révérien Nizigiyimana, serait arrivé sur les lieux vers 5 heures du matin, alors que les deux agents retenaient déjà la victime. Les mêmes témoins affirment que les violences se seraient poursuivies dans l’enceinte de l’institution en présence du directeur général.

Ces témoignages restent à vérifier. Ils devront être confrontés aux autres éléments de l’enquête afin de reconstituer précisément le déroulement des faits et d’établir les éventuelles responsabilités.

L’intervention d’un responsable du SNR soulève des questions

Un témoin interrogé par SOS Médias Burundi rapporte qu’aux environs de 7 h 30, le directeur général de l’ADB aurait appelé un responsable du Service national de renseignement (SNR). Celui-ci serait venu récupérer Bruce Sebanza avant de le ramener dans les locaux de l’agence environ une heure et demie plus tard.

C’est dans l’enceinte de l’ADB que Bruce Sebanza est décédé, selon les informations recueillies par SOS Médias Burundi.

Cette intervention soulève plusieurs questions. Pourquoi le responsable du SNR a-t-il été appelé ? Dans quel état se trouvait Bruce Sebanza lorsqu’il a été emmené, puis ramené à l’ADB ? Pour quelle raison a-t-il été reconduit dans les locaux de l’agence plutôt que dans un établissement de santé ?

Une source proche du dossier avance l’hypothèse selon laquelle la victime aurait été ramenée sur place dans le but de simuler un vol. Cette hypothèse n’a pas été établie et doit être considérée avec prudence en l’absence d’éléments permettant de la corroborer.

À ce stade, les informations recueillies ne permettent ni de reconstituer avec certitude les circonstances de la mort de Bruce Sebanza ni de déterminer les raisons précises de l’intervention du SNR. Ces éléments devront être clarifiés dans le cadre de l’enquête.

Révérien Nzeyimana, directeur général de l’Agence de développement du Burundi (ADB), cité dans des témoignages recueillis sur les circonstances de la mort de Bruce Sebanza. © DR/SOS Médias Burundi

Un différend antérieur avec le directeur général

Bruce Sebanza travaillait à l’ADB depuis l’époque où l’institution portait encore le nom d’Agence de promotion des investissements (API). Il avait rejoint cette structure après avoir poursuivi des études à l’étranger.

Selon les informations recueillies par SOS Médias Burundi, il faisait également partie de l’équipe ayant contribué à l’élaboration du document relatif à la Vision Burundi 2040-2060, la stratégie nationale qui fixe les ambitions de développement du pays à ces deux échéances.

En 2025, Bruce Sebanza avait été emprisonné pendant plusieurs mois à la suite d’une plainte déposée par Révérien Nizigiyimana. Le directeur général l’accusait notamment d’avoir imité sa signature. Bruce Sebanza avait ensuite bénéficié d’une liberté provisoire, mais n’avait pas retrouvé ses fonctions après sa libération, selon les informations obtenues par SOS Médias Burundi.

Des employés de l’ADB affirment que les relations entre les deux hommes étaient restées tendues depuis l’arrivée de Révérien Nizigiyimana à la tête de l’agence.

Ce différend constitue un élément de contexte susceptible d’intéresser les enquêteurs. Il ne suffit toutefois pas à établir un lien entre le conflit professionnel et le décès de Bruce Sebanza. Il revient à l’enquête de déterminer si les deux affaires sont liées.

L’ADB située à quelques mètres d’un hôpital militaire

Autre élément qui suscite des interrogations : les locaux de l’ADB se trouvent à quelques mètres de l’hôpital militaire de Kamenge, dans le nord de Bujumbura, la capitale économique du Burundi.

Pourquoi Bruce Sebanza n’a-t-il pas été conduit dans cet établissement de santé alors que, selon les témoignages recueillis, son état aurait pu nécessiter une prise en charge médicale ? Dans quelles circonstances son état s’est-il dégradé ? Qui a décidé de le ramener à l’ADB après l’intervention du responsable du SNR ?

Ces questions demeurent sans réponse. Les informations recueillies par SOS Médias Burundi ne permettent pas d’établir si une prise en charge médicale a été envisagée ou entreprise avant son décès.

Une inhumation annoncée sans autopsie

Selon un avis de décès et d’inhumation consulté par SOS Médias Burundi, Bruce Sebanza doit être enterré le mercredi 21 octobre. D’après les informations disponibles, aucune autopsie n’est prévue avant les funérailles.

Cette annonce intervient alors que les circonstances de sa mort restent à éclaircir et que des témoins font état de violences présumées. L’absence d’une autopsie annoncée soulève des interrogations sur la manière dont les causes exactes du décès pourront être établies, notamment si des examens médico-légaux s’avèrent nécessaires à l’enquête.

Il reste notamment à savoir si des examens médicaux ont déjà été effectués et si les enquêteurs ont demandé une expertise médico-légale. À ce stade, les informations disponibles ne permettent pas de préciser si une autopsie a été formellement sollicitée ou refusée.

L’enquête attendue sur les responsabilités

La transmission du dossier à la police judiciaire de Bujumbura ouvre la voie à des investigations qui devront permettre de clarifier les circonstances de la mort de Bruce Sebanza. Les enquêteurs devront notamment examiner les témoignages faisant état de violences, retracer les déplacements de la victime, éclaircir les conditions de l’intervention du responsable du SNR et déterminer si le différend qui opposait Bruce Sebanza au directeur général de l’ADB présente un lien avec son décès.

Les personnes mises en cause devront également pouvoir présenter leur version des faits. La confrontation des témoignages avec les éléments matériels sera essentielle pour établir le déroulement des événements et déterminer les responsabilités éventuelles, dans le respect de la présomption d’innocence.

La CNIDH affirme qu’elle suivra l’évolution de la procédure. Pour la famille de Bruce Sebanza et l’opinion publique, les questions centrales restent entières : comment est-il mort, pourquoi a-t-il été emmené puis ramené à l’ADB et une prise en charge médicale a-t-elle été envisagée ?

Cette affaire intervient dans un contexte où des organisations de défense des droits humains dénoncent régulièrement des exactions, des abus de pouvoir et l’impunité au Burundi. Les allégations entourant la mort de Bruce Sebanza rappellent l’importance d’enquêtes indépendantes, rigoureuses et transparentes.

L’enjeu est désormais de faire toute la lumière sur les faits. L’enquête devra établir les circonstances exactes du décès et déterminer les responsabilités éventuelles, sans protection ni exception. La famille de Bruce Sebanza et l’opinion publique attendent des réponses concrètes, et non des questions laissées sans suite.

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Photo : Bruce Sebanza, cadre de l’Agence de développement du Burundi (ADB), dont la mort survenue le 13 octobre 2026 dans les locaux de l’institution à Bujumbura soulève des interrogations. © DR/SOS Médias Burundi

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