Burundi : Bruce Sebanza enterré sans autopsie, les circonstances de sa mort à l’ADB restent troubles
SOS Médias Burundi
Bujumbura, 22 octobre 2026 — Bruce Sebanza, cadre de l’Agence de développement du Burundi (ADB), est décédé le 13 octobre 2026 dans les locaux de cette institution à Bujumbura. Il a été inhumé mercredi 21 octobre, sans qu’une autopsie ait été annoncée publiquement. Plusieurs observateurs s’interrogent sur les circonstances de sa mort et réclament que toute la lumière soit faite sur cette affaire. La Commission nationale indépendante des droits de l’homme (CNIDH) s’est rendue à l’ADB pour constater les faits et a demandé l’ouverture d’enquêtes.
Lors d’une messe célébrée mercredi à l’église anglicane Saint-Marc de Ngagara, dans le nord de Bujumbura, capitale économique du Burundi, la mère du défunt a dénoncé ce qu’elle considère comme une « torture barbare ».
« Personne ne peut manquer d’ennemis, mais Bruce était très aimé », a-t-elle déclaré devant les fidèles. Elle a également salué le professionnalisme et la fiabilité de son fils.
« Au travail, il était professionnel. Ses collègues le savent. Il était très fiable », a-t-elle affirmé, avant d’ajouter : « Bruce est finalement mort… Bruce a subi une torture barbare, je dirais. »
Un corps découvert à l’hôpital militaire de Kamenge
Selon plusieurs proches de la famille Sebanza, des membres de celle-ci se sont rendus à l’hôpital militaire de Kamenge, situé dans le nord de Bujumbura, à quelques mètres seulement des bureaux de l’ADB, le mardi 13 octobre vers 13 heures, après avoir reçu un appel dont l’auteur n’a pas été publiquement identifié.
Ils affirment que le corps de Bruce Sebanza a été transporté à l’hôpital à bord d’un pick-up du gouvernement burundais.
« C’est un pick-up du gouvernement qui a amené son corps à l’hôpital militaire de Kamenge. Il était déshabillé. Son pantalon et sa chemise se trouvaient à côté de lui. Il portait un singlet très sale et ensanglanté, ainsi qu’un caleçon », raconte un proche de la famille qui a requis l’anonymat par crainte de représailles.
Un autre proche affirme avoir constaté que le corps était encore chaud lorsqu’il a touché les doigts du défunt.
« Quand j’ai touché ses doigts rétractés, j’ai senti que son corps était encore chaud. Ses joues présentaient de vives écorchures, comme celles d’une personne qui aurait été traînée sur le sol », témoigne-t-il.
Selon un autre récit rapporté par les proches, un membre du personnel présent à la morgue aurait évoqué des traces physiques pouvant correspondre à une constriction.
« Ce corps présente des traces physiques qui témoignent d’une possible constriction, peut-être par une corde », aurait-il chuchoté à une autre personne.
Ces témoignages n’ont pas pu être vérifiés de manière indépendante. Aucune conclusion médico-légale établissant la cause du décès n’a été portée à la connaissance de SOS Médias Burundi.
Des questions sur les dernières heures du défunt
Selon les informations recueillies par SOS Médias Burundi, les événements ayant précédé la mort de Bruce Sebanza ont commencé dans la nuit du lundi 12 au mardi 13 octobre, dans les locaux de l’ADB, à Bujumbura.
Des témoins affirment avoir entendu des cris de détresse durant cette nuit. Selon leurs récits, le directeur général de l’ADB, Révérien Nizigiyimana, est arrivé sur les lieux vers 5 heures du matin, le mardi 13 octobre.
Aux environs de 7 h 30, toujours selon ces témoignages, Révérien Nizigiyimana a contacté un responsable du Service national de renseignement (SNR). Celui-ci est venu chercher Bruce Sebanza avant de le ramener à l’ADB environ une heure et demie plus tard.
Bruce Sebanza est décédé dans l’enceinte de l’ADB le mardi 13 octobre, selon les informations recueillies par SOS Médias Burundi. Les circonstances exactes de sa mort restent à établir.
Pour revenir sur les témoignages concernant les événements survenus cette nuit-là et le rôle des responsables présents, lire notre précédent article : https://www.sosmediasburundi.org/2026/10/18/burundi-la-mort-de-bruce-sebanza-a-ladb-souleve-des-questions-sur-le-role-des-responsables-presents/
Un ancien codétenu décrit un homme pacifique
Bruce Sebanza avait séjourné à la prison centrale de Bujumbura, dite Mpimba, l’année dernière. Un ancien prisonnier qui l’a connu durant cette période le décrit comme un homme pacifique, qui n’avait de problèmes avec aucun autre détenu.
« Bruce était un homme très pacifiste. Il n’avait de problèmes avec qui que ce soit durant son séjour à Mpimba », a-t-il déclaré à SOS Médias Burundi.
Ses proches contestent la version d’un retour à l’ADB
Des informations diffusées après la mort de Bruce Sebanza laissaient entendre qu’il avait cherché à retourner à l’ADB. Ses proches contestent cette version.
« Bruce savait qu’il ne pouvait plus retourner à l’ADB. L’année dernière, pendant sa détention, l’ADB avait résilié son contrat après six mois », affirme une personne proche de la famille.
Des interrogations autour de l’attestation de décès
L’attestation administrative relative au décès de Bruce Sebanza désigne Révérien Nizigiyimana, directeur général de l’ADB, comme déclarant du décès. Le document mentionne une mort « à domicile (dans les enceintes de l’A.D.B.) », alors que le défunt résidait dans un autre quartier de Bujumbura.
Cette formulation soulève des interrogations sur les conditions dans lesquelles l’attestation a été établie et sur les informations ayant servi à sa rédaction. La mention du nom du directeur général comme déclarant ne constitue pas, à elle seule, une preuve de responsabilité dans le décès.
Pour davantage de détails sur le document et les questions qu’il soulève, lire notre article : https://www.sosmediasburundi.org/2026/10/20/burundi-bruce-sebanza-meurt-a-ladb-son-directeur-general-designe-comme-declarant-dun-deces-maquille-en-mort-a-domicile/
Des appels à des enquêtes et à des éclaircissements
Plusieurs observateurs estiment qu’une autopsie aurait dû être réalisée avant l’inhumation de Bruce Sebanza. Le défunt ayant été enterré mercredi 21 octobre, ils demandent aux autorités compétentes de faire la lumière sur les circonstances du décès et de déterminer quelles investigations médico-légales restent possibles.
La CNIDH s’est rendue dans les locaux de l’ADB et a demandé l’ouverture d’enquêtes.
« Pire encore, l’attestation de décès indique une mort à domicile, alors que le décès est survenu dans les locaux de l’ADB. C’est une contradiction notoire, d’autant que les autorités reconnaissent elles-mêmes qu’il est décédé dans les locaux de l’institution. Les investigations devraient être très simples à mener », estime un observateur.
Jusqu’à présent, aucune convocation des responsables cités dans cette affaire n’a été annoncée publiquement. Les circonstances du décès, les éventuelles responsabilités et les suites données aux demandes d’enquête restent à éclaircir.
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Photo : Bruce Sebanza, cadre de l’Agence de développement du Burundi (ADB), a été enterré le mercredi 21 octobre 2026, sans qu’une autopsie ait été annoncée publiquement. Les circonstances de sa mort, survenue dans les locaux de l’institution à Bujumbura, restent troubles. © DR/SOS Médias Burundi
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