Le discours à la nation: des fautes de forme et de fonds

Le discours à la nation: des fautes de forme et de fonds

Le nouveau président burundais a adressé un discours à la nation et à la communauté internationale, en marge de la célébration du 58ème anniversaire de l’indépendance du Burundi. Le texte pouvait être réduit et plusieurs mots évités. (Analyse d’un jeune burundais).

Les articles d’opinion ou d’analyse n’engagent pas la rédaction de SOS Médias Burundi

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« Burundais et Burundaises, amis du Burundi »,… c’est ainsi que le nouveau président a articulé son discours.

« Nous aimerions dire un mot sur ce que l’on appelle amis du Burundi. Qui aime le Burundi ? À part ses citoyens, quel est cet étranger ou ce pays qui aime le Burundi? Churchill l’a bien dit : En politique, il n’y a pas d’amis ni d’ennemi permanent, il n’y a que des intérêts.

Depuis 2015, il y a pas mal de pays qui sont considérés comme des ennemis du Burundi, alors que d’autres lui sont amis.

À part certains pays africains, il y a la Chine et la Russie qui sont considérés comme amis du Burundi. Est-ce que ces pays aiment le Burundi plus que les autres, vraiment? Ou bien ils aiment le profit qu’ils y tirent.
Nous ne voulons pas nous y attarder mais nous aimerions signaler qu’en 2017, le vice-président chinois s’est rendu au Burundi, alors que le président quant à lui s’est rendu au Rwanda en 2018, ce pays voisin du Burundi qui est cité parmi les ennemis du Burundi« .

La Russie qui est sur la liste « des vrais amis du Burundi » n’a pas mis son drapeau en berne à l’ambassade pendant la semaine de deuil pour feu Pierre Nkurunziza.

Cependant, l’ambassade de France et celles des pays occidentaux les avaient mis en berne.

Par ailleurs, quand on parle d’ « aimer », cela n’est pas aussi clair. Un éleveur aime son bétail, mais aussi le boucher aime le bétail.
Dire qu’il y a des pays qui aiment le Burundi, il faut bien voir si ce n’est pas l’amour que le boucher a envers les animaux.

« Injavyi (les perturbateurs) »

Le président d’un pays c’est lui qui est garant de tout. Par pays, on ne sous-entend pas les provinces, les arbres, l’eau, les pierres etc. Le pays est fait de citoyens.
Le président dirige tous les hommes et femmes, c’est pour cela qu’il est appelé « Sebarundi ou le père des Burundais ». Tous les Burundais sont comme ses enfants. Il doit agir en bon berger qui veille avec amour sur ses brebis.

Le président a des enfants. Serait-il à l’aise de qualifier d’ « injavyi » un enfant qui fait ce qui ne lui plait pas?
Ce mot n’est pas adéquat dans la bouche d’un adulte.

Ceux qui sont qualifiés d’ »injavyi », il devrait les ramener à la raison en les approchant, pour qu’ils construisent le pays avec lui. Vu la façon dont il parle, ils les qualifie d’enfants prodigues
comme il a utilisé beaucoup de proverbes, en disant : « Amaso y’ibikere ntabuza abavoma / le chien aboie, la caravane passe », je lui donnerais un contre-proverbe : « Ntawusomera induru ivuga / on ne peut pas bien manger alors que l’on crie dehors ».

Trop de proverbes

Le discours à la nation contient plus de 20 proverbes. Dans la plupart des fois, il a cité un proverbe en l’accompagnant d’un ou deux autres qui semblent aller dans le même sens que le premier. Par exemple, il a dit : « Agafuni kabagara ubumwe ni akarenge/ La houe qui sarcle l’amitié c’est le pied », et d’ajouter deux autres : « Iminwe iryoha inyuranye » et « Uwutokuvuna yokuva inyuma ».

Cela et d’autres mots non nécessaires a allongé la taille du discours, qui pouvait se résumer en la moitié de son contenu.

Cela étant, il convient de saluer, selon moi, le thème de la fête : « Tout ce que je fais, c’est ce qui honore l’image de notre Burundi ». Si chacun travaille dans le sens de redorer l’image de sa patrie, il y aurait un lendemain meilleur, mais à condition que nous soyons d’accord sur le concept de bien ou mal travailler pour la nation.

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