Nakivale : « Préparez-vous au retour massif », le message qui affole les réfugiés burundais

Nakivale : « Préparez-vous au retour massif », le message qui affole les réfugiés burundais

SOS Médias Burundi

Nakivale (Ouganda), 10 juillet 2026 — Les autorités ougandaises et le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) multiplient les réunions de sensibilisation auprès des réfugiés burundais vivant dans le camp de Nakivale, dans le sud-ouest de l’Ouganda. Au cœur du message : préparer leur retour au Burundi avant la fin annoncée de leur statut de réfugié, prévue au cours de la première moitié de 2028. Une perspective qui suscite une vive inquiétude parmi les exilés, dont plusieurs dénoncent déjà des pressions et une dégradation de leurs conditions de vie.

La plus récente réunion s’est tenue le week-end dernier dans le village de Kabazana A, après une précédente organisée à Nyarugugu, au centre urbain du camp de Nakivale. Les réfugiés burundais sont appelés à participer massivement à ces rencontres, avec un accent particulier sur ceux arrivés récemment de Tanzanie après la fermeture des camps de Nduta et de Nyarugusu.

Selon plusieurs participants, les représentants du HCR et de l’Office du Premier ministre ougandais chargé des réfugiés délivrent un message sans équivoque : « Préparez-vous au retour massif. »

Au cours de ces réunions, ils auraient annoncé que le statut de réfugié des Burundais vivant à Nakivale prendrait fin au cours de la première moitié de l’année 2028.

Pour justifier cette perspective, les responsables évoquent le retour de la paix et de la stabilité politique au Burundi, ainsi que les appels répétés des autorités burundaises invitant leurs ressortissants à rentrer au pays.

Selon les témoignages recueillis, les représentants du HCR rappellent que le rapatriement volontaire constitue, à leurs yeux, la solution durable à la situation des réfugiés lorsque les conditions dans le pays d’origine sont jugées favorables.

Une rue très fréquentée du camp de Nakivale, dans le sud-ouest de l’Ouganda, où vivent des milliers de réfugiés burundais parmi les plus de 150 000 réfugiés accueillis dans ce camp. © SOS Médias Burundi

La Tanzanie citée comme modèle

Toujours selon les réfugiés présents aux réunions, les responsables ont également évoqué les méthodes utilisées dans les pays voisins, notamment en Tanzanie, pour encourager les retours.

Sans faire explicitement référence aux opérations ayant accompagné la fermeture des camps de Nduta et de Nyarugusu, ils auraient laissé entendre que des approches similaires pourraient être envisagées si les réfugiés ne participaient pas au processus d’enregistrement en cours.

Ces déclarations ont renforcé les inquiétudes de nombreux Burundais, qui redoutent un rapatriement forcé ou la fermeture progressive du camp de Nakivale.

Des leaders réfugiés dénoncent des pressions

Dans une déclaration adressée au HCR, aux organisations de défense des droits humains, aux missions diplomatiques et à d’autres acteurs internationaux, un groupe de leaders réfugiés dénonce une dégradation rapide de la protection des réfugiés.

Ils évoquent des violations présumées des droits humains, des intimidations et des pressions psychologiques destinées, selon eux, à pousser les réfugiés à accepter leur retour au Burundi.

«« Nous constatons une détérioration rapide de la situation en matière de protection, de graves préoccupations relatives aux droits de l’homme et une aggravation des conditions de vie », écrivent-ils, estimant que la situation est devenue « alarmante et déchirante ».»

Ils affirment également que plusieurs services humanitaires essentiels auraient été réduits ou suspendus, notamment l’accès aux soins de santé, à l’éducation et à certaines formes d’assistance humanitaire. Des restrictions de mouvement affecteraient également leurs moyens de subsistance.

Selon eux, ces conditions alimentent un climat de peur et de désespoir parmi des familles qui avaient fui le Burundi à la recherche d’une protection internationale.

Des réfugiés burundais contraints de retourner dans leur pays après la destruction de leurs habitations dans les camps en Tanzanie dénoncent des conditions de retour difficiles. Certains ont repris le chemin de l’exil vers Nakivale, en Ouganda, où ils espèrent retrouver une protection et une assistance humanitaire, mais disent craindre que la situation ne se répète. © SOS Médias Burundi

Les nouveaux arrivants de Tanzanie tirent la sonnette d’alarme

Les réfugiés récemment arrivés de Tanzanie disent reconnaître les premiers signes de ce qu’ils ont vécu dans les camps de Nduta et de Nyarugusu.

«« Chez nous, à Nduta et à Nyarugusu, tout a commencé de cette manière, comme si ce n’était pas sérieux. Puis, progressivement, les choses sont devenues très graves. Aujourd’hui, nous avons l’impression que même ici, là où nous espérions trouver refuge, le terrain devient glissant », confie un réfugié arrivé à Nakivale avec une dizaine de membres de sa famille.»

Ces nouveaux arrivants dénoncent également l’absence d’assistance depuis leur arrivée.

«« Certains d’entre nous sont arrivés en avril, d’autres en mai ou en juin, mais nous n’avons encore reçu aucune aide. Nous n’avons pas d’abris, nous devons louer nous-mêmes des maisons et nous ne recevons pas de nourriture. Nous vivons dans une situation très difficile », témoignent-ils.»

Appel au respect du principe de non-refoulement

Les réfugiés demandent une intervention urgente du HCR, des organisations de défense des droits humains, des missions diplomatiques et de la communauté internationale afin de garantir que tout retour au Burundi demeure strictement volontaire, sûr et digne.

Ils rappellent que le principe international de non-refoulement interdit le renvoi d’une personne vers un pays où elle risquerait d’être exposée à des persécutions, des traitements inhumains ou d’autres violations graves de ses droits fondamentaux.

Situé dans le sud-ouest de l’Ouganda, le camp de Nakivale accueille plus de 150 000 réfugiés, dont plus de 33 000 Burundais, ce qui en fait l’un des principaux sites d’accueil des réfugiés burundais dans la région.

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Photo : Un homme prend la parole au milieu de réfugiés lors d’une réunion au camp de Nakivale, dans le sud-ouest de l’Ouganda. Les réfugiés burundais dénoncent des pressions en faveur de leur retour au pays, une réduction de l’assistance humanitaire et expriment leurs craintes quant à un éventuel rapatriement qui ne respecterait pas le principe de non-refoulement. © SOS Médias Burundi

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