Fizi : deux officiers de la FDNB arrêtés après la frappe du M23 sur l’hôtel Mwalu, soupçonnés de fuite de renseignements

Fizi : deux officiers de la FDNB arrêtés après la frappe du M23 sur l’hôtel Mwalu, soupçonnés de fuite de renseignements

SOS Médias Burundi

Fizi ,1er septembre 2026 — Deux officiers de la Force de défense nationale du Burundi (FDNB), le capitaine Félicien Kanjori et le major Jérémie Nitunga, ont été arrêtés après la frappe de drones attribuée au M23 contre l’hôtel Mwalu, à Fizi, dans la province du Sud-Kivu, à l’est de la République démocratique du Congo.

Selon plusieurs sources et témoignages recueillis par SOS Médias Burundi, les deux militaires ont été arrêtés par des mercenaires présents dans la zone, et non par des miliciens Wazalendo comme l’avaient initialement rapporté plusieurs témoignages. Ils sont soupçonnés d’avoir transmis des renseignements ayant permis aux forces de l’AFC-M23 de localiser l’hôtel.

Les armées congolaise et burundaise n’ont pas encore communiqué sur ces arrestations, leurs motifs précis ou les éventuelles charges retenues contre les deux officiers.

Une frappe après une réunion militaire

Le 19 août 2026, l’hôtel Mwalu, à Fizi, a été frappé par des drones. Deux personnes, dont le gérant de l’établissement, Mwando Lukaba, ont été grièvement blessées et d’importants dégâts matériels ont été enregistrés.

Un porte-parole des FARDC dans la région avait attribué l’attaque au M23 et indiqué que deux bombes avaient été larguées par des drones. Cette attribution n’a toutefois pas pu être vérifiée indépendamment.

Selon les informations recueillies par SOS Médias Burundi, l’hôtel accueillait plusieurs responsables militaires congolais et burundais ainsi que des combattants. Une réunion consacrée à la préparation d’une nouvelle opération militaire vers les hauts plateaux de Minembwe aurait notamment eu lieu dans l’établissement.

Parmi les responsables militaires cités figurent le général-major Élie Ndizigiye, alias Muzinga, commandant adjoint des forces terrestres de la FDNB, chargé de coordonner les opérations militaires burundaises.

Le général de brigade Télesphore Barandereka, chef du service d’instruction et d’entraînement de l’état-major général de la FDNB, communément appelé G3, est également cité.

Le général de brigade Fabien Dunia Kashindi, commandant de la 33e région militaire des FARDC, couvrant notamment le Sud-Kivu et le Maniema, figurait lui aussi parmi les responsables associés à cette réunion.

Selon les informations recueillies par SOS Médias Burundi, ces hauts responsables avaient quitté les lieux avant la frappe.

Deux officiers dans le viseur d’une enquête

Après l’attaque, plusieurs officiers congolais et burundais ont fait l’objet d’investigations afin de déterminer comment les forces de l’AFC-M23 auraient pu obtenir des informations sur la présence de responsables militaires à l’hôtel.

Le capitaine Félicien Kanjori et le major Jérémie Nitunga ont été arrêtés dans ce contexte.

Ils sont soupçonnés d’avoir transmis des renseignements susceptibles d’avoir permis de localiser l’hôtel Mwalu ou d’identifier les personnes qui s’y trouvaient.

À ce stade, aucune preuve publique et indépendante ne permet d’établir que les deux officiers ont effectivement transmis de tels renseignements.

Selon plusieurs sources, ils auraient ensuite été transférés vers Kinshasa et remis à la DEMIAP, le renseignement militaire congolais. Cette information n’a toutefois pas été officiellement confirmée.

Les armées congolaise et burundaise n’ont pas encore communiqué sur le sort des deux militaires.

Les présidents congolais Félix Tshisekedi et burundais Évariste Ndayishimiye lors d’un sommet consacré à la crise sécuritaire dans l’est de la République démocratique du Congo, à Bujumbura. Les deux dirigeants ont signé un accord de coopération sécuritaire visant notamment à renforcer la coordination entre Kinshasa et Gitega face aux groupes armés actifs dans la région. © SOS Médias Burundi

Des mercenaires, et non des Wazalendo

Les circonstances de leur arrestation restent également floues.

Plusieurs témoignages recueillis dans les premières heures avaient fait état d’une arrestation par des combattants Wazalendo. Des informations recueillies ultérieurement par SOS Médias Burundi indiquent toutefois que le capitaine Kanjori et le major Nitunga ont été arrêtés par des mercenaires présents dans la zone.

Leur identité, leur nationalité, leur chaîne de commandement et les circonstances précises de leur intervention restent à établir.

Cette présence de mercenaires intervient dans un environnement où se côtoient forces régulières, groupes armés locaux et combattants étrangers, avec des chaînes de commandement parfois difficiles à établir.

Des communications coupées à Fizi

L’enquête intervient également dans un contexte marqué par d’importantes difficultés de communication dans la région.

Les réseaux de téléphonie mobile seraient coupés à Fizi depuis le 19 juin 2026. Des responsables militaires et certains groupes armés auraient alors eu recours à des moyens de communication alternatifs, notamment des équipements satellitaires.

Ces informations restent difficiles à vérifier indépendamment.

Elles alimentent néanmoins les interrogations sur les moyens par lesquels les informations relatives aux déplacements des responsables militaires et à la réunion de l’hôtel Mwalu auraient pu parvenir aux forces de l’AFC-M23.

Plus de 29 000 militaires burundais déployés en RDC

La présence des deux officiers s’inscrit dans le cadre de l’engagement militaire du Burundi dans l’est de la RDC.

Selon un rapport interne du ministère congolais de l’Intérieur et de la Sécurité consulté par SOS Médias Burundi en décembre 2025, plus de 29 000 militaires burundais avaient été déployés dans l’est de la RDC entre août 2022 et décembre 2025.

Les soldats burundais ont notamment combattu aux côtés des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et de groupes Wazalendo soutenus par Kinshasa.

Le Sud-Kivu, particulièrement les territoires de Fizi et les hauts plateaux de Minembwe, constitue l’un des principaux théâtres de cette présence militaire.

Les Wazalendo au cœur des tensions

L’arrestation des deux officiers intervient alors que les Wazalendo occupent une place importante dans le dispositif sécuritaire mis en place par Kinshasa dans l’est de la RDC.

Ces groupes armés locaux combattent aux côtés des FARDC contre le M23 et ses alliés.

Dans une interview accordée à SOS Médias Burundi en septembre 2025, Onesphore Sematumba, analyste principal de l’International Crisis Group pour les Grands Lacs, avait critiqué le recours aux milices pour assurer la sécurité dans certaines zones.

« On est dans une situation de non-droit où les milices imposent la terreur, exigent la purification ethnique de leur ville. C’est-à-dire que l’État, ou ce qui en restait, n’existe plus parce qu’il n’y a aucune force qui puisse s’opposer à la volonté des tout-puissants Wazalendo », avait-il déclaré.

Il avait également mis en garde contre la délégation de l’autorité de l’État à des groupes armés.

« C’est une très mauvaise idée de continuer à sous-traiter son autorité et sa sécurité. Sous-traiter la sécurité de sa population, ça n’a jamais été la solution. Cela crée d’autres problèmes, souvent plus graves », avait-il ajouté.

Ces déclarations ne permettent toutefois pas d’établir un lien entre les Wazalendo et l’arrestation des deux officiers burundais, qui, selon les informations actuellement recueillies, ont été arrêtés par des mercenaires.

Les FDLR, un autre acteur du conflit régional

Les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) sont un groupe armé hutu rwandais dont certains membres sont accusés d’avoir participé au génocide des Tutsis en 1994 au Rwanda.

Le groupe est actif depuis plusieurs années dans l’est de la RDC et constitue l’un des principaux griefs sécuritaires avancés par Kigali, qui accuse Kinshasa de le soutenir ou de le tolérer. Les autorités congolaises rejettent ces accusations et accusent à leur tour le Rwanda de soutenir le M23.

L’AFC-M23 et le projet politique de Corneille Nangaa

Le M23 est intégré à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), une coalition politico-militaire dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) de la République démocratique du Congo, fonction qu’il a occupée de 2015 à 2021.

L’AFC, qui regroupe notamment le M23 ainsi que des formations politiques et des groupes armés, cherche à renverser le gouvernement de Kinshasa. La coalition plaide notamment pour l’instauration d’un État fédéral en RDC, une réforme institutionnelle qu’elle présente comme l’une des réponses aux crises politiques et sécuritaires qui frappent le pays.

Dans le Sud-Kivu, l’AFC-M23 est notamment alliée à Twirwaneho, un groupe armé principalement composé de Banyamulenge.

Face à cette coalition, Kinshasa s’appuie sur les FARDC, la FDNB et les groupes Wazalendo.

Des accusations croisées entre Kigali, Kinshasa et Gitega

La présence des différents groupes armés s’inscrit dans un conflit régional marqué par des accusations mutuelles.

Kigali accuse notamment Kinshasa et Gitega de collaborer avec les FDLR et d’autres groupes armés hostiles au Rwanda. Les autorités congolaises rejettent ces accusations et accusent à leur tour le Rwanda de soutenir militairement le M23.

Le Burundi, engagé aux côtés des forces gouvernementales congolaises, accuse également le Rwanda de soutenir des groupes armés hostiles au Burundi. Kigali rejette ces accusations.

Dans ce contexte, les zones de Fizi et de Minembwe sont devenues un front stratégique majeur, notamment en raison de leur proximité avec la frontière burundaise et de l’importance militaire des hauts plateaux du Sud-Kivu.

Des questions toujours sans réponse

L’arrestation du capitaine Félicien Kanjori et du major Jérémie Nitunga intervient ainsi dans un environnement militaire extrêmement tendu, où plusieurs forces régulières et groupes armés s’affrontent ou coopèrent.

Leur arrestation ne permet pas, à elle seule, de conclure à leur implication dans une éventuelle fuite de renseignements.

Les autorités congolaises et burundaises devront notamment préciser les circonstances de leur arrestation, les faits qui leur sont reprochés et les éléments sur lesquels reposent les soupçons de transmission d’informations.

En l’absence de communication officielle, plusieurs questions restent ouvertes : qui a transmis les renseignements ayant permis de localiser l’hôtel Mwalu ? À qui ces informations auraient-elles été communiquées ? Dans quelles circonstances les deux officiers ont-ils été arrêtés par des mercenaires ? Ont-ils réellement été transférés à Kinshasa ? Et où se trouvent-ils actuellement ?

Autant de questions auxquelles les autorités congolaises et burundaises sont désormais appelées à répondre.

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Photo : Arrivée des premiers militaires burundais à l’aéroport de Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo. L’aéroport et la ville sont tombés sous le contrôle des rebelles du M23 en janvier 2025. Deux officiers burundais ont récemment été arrêtés après une frappe attribuée au M23 contre un hôtel de Fizi, dans le Sud-Kivu. © SOS Médias Burundi

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