Sud-Kivu : la percée de Twirwaneho/M23 à Fizi fait voler en éclats le front FARDC–Burundi–Wazalendo

Sud-Kivu : la percée de Twirwaneho/M23 à Fizi fait voler en éclats le front FARDC–Burundi–Wazalendo

SOS Médias Burundi

Fizi, 17 janvier 2026 – Le groupe armé Twirwaneho, composé majoritairement de combattants issus de la minorité Banyamulenge et allié de taille du M23 dans le Sud-Kivu, a pris le contrôle de la position stratégique dite « Point Zéro », dans le territoire de Fizi, à l’issue de deux jours de violents affrontements contre les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), appuyées par des militaires burundais et des miliciens Wazalendo.

Selon plusieurs sources locales jointes par SOS Médias Burundi, la chute de cette position est intervenue ce vendredi 16 janvier, après des combats intenses sur les hauts plateaux. Après la prise de la zone par les rebelles, des éléments des FARDC, de la Force nationale de défense du Burundi (FNDB) et des groupes Wazalendo se sont repliés vers les localités de Mulima et Mutambala, abandonnant une position considérée comme un verrou militaire clé dans le sud du Sud-Kivu.

Une position stratégique perdue

Sur place, les nouveaux maîtres de Point Zéro ont célébré ce qu’ils qualifient de victoire majeure, affirmant que cette position constituait un bastion stratégique des FARDC et de leurs alliés, utilisé comme base arrière pour des opérations militaires dans la région.

« Nos villages ont été attaqués à plusieurs reprises à partir de cette zone. Des vaches ont été pillées, des civils tués et des villages incendiés », affirment des résidents joints par SOS Médias Burundi, évoquant notamment les localités de Kalingi, Mikenge, Rubemba, Rwitsankuku et Kalongi.

Des miliciens locaux attaquent le M23 à Bashali dans le Nord-Kivu © SOS Médias Burundi

Une brèche sécuritaire aux lourdes conséquences

Pour plusieurs analystes sécuritaires, la perte de Point Zéro constitue un revers militaire sérieux pour les FARDC et leurs alliés. Cette position pourrait désormais ouvrir un corridor stratégique vers Mulima, Mukera, Fizi-centre et la ville de Baraka, faisant craindre une accélération de la progression des rebelles dans le sud de la province.

Dans la foulée des combats, des habitants appartenant notamment aux communautés Nyindu, Bembe et Fulero, présents dans la zone au moment des affrontements, ont fui vers Mutambala, selon des sources humanitaires locales jointes par SOS Médias Burundi, accentuant une crise humanitaire déjà aiguë.

Des militaires burundais et congolais assurent la sécurité d’un convoi d’officiels congolais dans la ville d’Uvira, province du Sud-Kivu, à l’est de la RDC. ©SOS Médias Burundi

Un rebelle du M23 lors de la prise de la cité de Bunagana, frontalière avec l’Ouganda, juin 2022 © SOS Médias Burundi

Des bilans contestés

Dans un communiqué publié le même jour, les FARDC affirment avoir neutralisé plus de 180 combattants de Twirwaneho/M23 en deux jours d’opérations dans les territoires de Fizi et d’Uvira. Ces chiffres n’ont toutefois pas pu être confirmés de manière indépendante, tandis que le mouvement rebelle ne reconnaît pas ces pertes.

Un conflit régionalisé et explosif

Ces affrontements s’inscrivent dans un contexte régional extrêmement complexe et violent dans l’est de la République démocratique du Congo. Les FARDC, appuyées par des troupes burundaises et les milices Wazalendo, affrontent le M23, réactivé en 2021 et désormais intégré à l’Alliance Fleuve Congo (AFC).

L’AFC/M23 contrôle plusieurs zones stratégiques du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dont Goma et Bukavu, chefs-lieux des deux Kivus, ainsi que le site minier de Rubaya, l’un des plus importants gisements de coltan au monde, un minerai essentiel pour l’industrie électronique et les nouvelles technologies. Le mouvement plaide également pour l’instauration d’un État fédéral en RDC.

Sur le plan diplomatique, Kinshasa accuse Kigali de soutenir le M23, tandis que le Rwanda dénonce l’appui présumé de la RDC et du Burundi aux FDLR, un groupe armé hutu rwandais dont certains membres sont accusés d’avoir participé au génocide contre les Tutsis en 1994. Malgré les démentis officiels, un rapport du Groupe d’experts des Nations unies évoque la présence de 5 000 à 7 000 militaires rwandais aux côtés des combattants de l’AFC/M23.

Les combats se poursuivent malgré l’accord de Washington, signé le 4 décembre 2025 entre la RDC et le Rwanda sous médiation américaine, auquel le Burundi a participé en tant qu’observateur, représenté par le président Évariste Ndayishimiye. Sur le terrain, cet accord reste largement lettre morte, confirmant l’échec des initiatives diplomatiques.

Dans ce climat de guerre régionalisée, la prise de Point Zéro par Twirwaneho/M23 marque une nouvelle étape dans la dégradation du front sud et renforce les craintes d’une escalade militaire aux conséquences humaines, sécuritaires et géopolitiques majeures pour l’ensemble de la région des Grands Lacs.

____________________________________________

Photo : Des militaires burundais et congolais assurent la sécurité d’un convoi d’officiels congolais dans la ville d’Uvira, province du Sud-Kivu, à l’est de la RDC. © SOS Médias Burundi

Previous Burundi : 217 détenus libérés à Ngozi pour désengorger des prisons surpeuplées
Next Bujumbura : une grippe inhabituelle inquiète la population

You might also like

RDC

Sud-Kivu : la cité stratégique de Nzibira tombe aux mains du M23, Kindu et Kisangani dans la ligne de mire

SOS Médias Burundi Bukavu, 23 septembre 2025 – La cité minière de Nzibira, dans le territoire de Walungu au Sud-Kivu, est tombée dimanche 21 septembre sous le contrôle des rebelles

RDC

RDC : des milliers de manifestants à Goma et Bukavu contre un projet de révision de la Constitution

SOS Médias Burundi Goma/Bukavu, 28 juillet 2026 – Des milliers de personnes ont manifesté mardi à Goma, au Nord-Kivu, et à Bukavu, au Sud-Kivu, pour dénoncer un projet de révision

RDC

Guerre dans l’Est de la RDC : Kinshasa et Gitega affichent leur unité militaire face au M23

SOS Médias Burundi Bujumbura, 27 mai 2026 — Dans un contexte de tensions persistantes dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), marqué par la poursuite des combats et