Photo de la semaine-Mgr Joachim Ruhuna : 30 ans après son assassinat, sa famille réclame toujours justice
Trente ans après l’assassinat de Monseigneur Joachim Ruhuna, ancien archevêque de Gitega, dans le centre du Burundi, sa famille réclame toujours que les auteurs de ce meurtre soient identifiés et traduits en justice. Le prélat a été tué le 9 septembre 1996 dans une embuscade près de la rivière Mubarazi, alors qu’il revenait du grand séminaire de Burasira, dans le nord du pays. Depuis, aucun jugement n’a été rendu dans cette affaire.
À l’occasion du 30e anniversaire de la disparition de son prédécesseur, Mgr Simon Ntamwana, archevêque émérite de Gitega, est revenu sur les circonstances de sa mort. Dans son homélie prononcée mercredi à la cathédrale Christ-Roi de Mushasha, dans la capitale politique du Burundi, il a notamment évoqué le sort réservé au corps de Mgr Ruhuna après son assassinat.
« Monseigneur Joachim Ruhuna a été sauvagement tué dans l’humiliation totale. Son cadavre avait été caché dans la vallée de Mwumbu et il a été retrouvé une semaine après son assassinat », a témoigné Mgr Ntamwana.
Revenant sur les mobiles possibles du meurtre, l’ancien archevêque de Gitega a également évoqué la prise de position publique de Mgr Ruhuna quelques semaines avant sa mort, après le massacre de 648 Tutsis dans le site de déplacés de Bugendana.
« Certes, parmi les mobiles figurait le discours qu’il avait prononcé lors de l’enterrement des 648 Tutsi du site de déplacés de Bugendana », a-t-il déclaré.
Une embuscade près de la Mubarazi
Le 9 septembre 1996, Mgr Joachim Ruhuna rentrait du grand séminaire de Burasira, dans le nord du pays. Après être passé par la paroisse de Gitongo, il a été pris dans une embuscade près de la rivière Mubarazi, entre les communes de Mutaho et Bugendana, dans l’actuelle province de Gitega.
Deux autres personnes qui se trouvaient dans le même véhicule, dont une religieuse catholique, ont également été tuées.
À cette époque, Bugendana et Mutaho, dans l’actuelle province de Gitega, ainsi que Gihogazi, dans l’ancienne province de Karusi, étaient sous le contrôle des rebelles du FDD, les Forces de défense de la démocratie.
Le corps de Mgr Ruhuna a ensuite été caché dans la vallée de Mwumbu. Selon le témoignage de Mgr Ntamwana, il n’a été retrouvé qu’une semaine après son assassinat.
Une voix qui dénonçait les massacres
Quelques semaines avant son assassinat, Mgr Ruhuna avait publiquement condamné le massacre commis à Bugendana contre des Tutsis réfugiés dans un site de déplacés.
Le 23 juillet 1996, le prélat avait qualifié de « maudits » les rebelles accusés d’avoir massacré 648 Tutsis dans ce site. L’attaque avait été attribuée aux FDD.
Les victimes avaient fui les violences qui avaient suivi l’assassinat de Melchior Ndadaye, premier président hutu démocratiquement élu du Burundi, en octobre 1993.
Quelques mois après l’assassinat du prélat, Mgr Bernard Bududira, alors président de la Conférence des évêques catholiques du Burundi, avait ouvertement accusé les FDD d’être responsables de sa mort.
Un Burundi déchiré par la guerre
L’assassinat de Mgr Ruhuna est survenu dans l’une des périodes les plus sanglantes de l’histoire du Burundi.
Après l’assassinat de Melchior Ndadaye en octobre 1993, le pays avait sombré dans une guerre civile opposant les forces gouvernementales à plusieurs mouvements rebelles à dominante hutu. Les violences avaient provoqué des massacres de civils tutsis, des déplacements massifs de populations et une profonde fracture entre Hutus et Tutsis.
Le FDD, branche armée du CNDD, était alors l’un des principaux mouvements rebelles actifs dans le pays. Il deviendra par la suite le CNDD-FDD, ancienne rébellion à dominante hutu devenue parti au pouvoir au Burundi en 2005, après le processus de paix issu de l’Accord d’Arusha, signé en août 2000 en Tanzanie.
Dans ce contexte, Mgr Ruhuna s’était imposé comme une figure religieuse engagée en faveur de la paix, de la protection des civils et de la réconciliation.
Un archevêché devenu refuge
Au plus fort de la crise de 1993, l’archevêché de Gitega avait notamment servi de refuge à des intellectuels et commerçants hutus menacés par les violences.
Des personnes ayant bénéficié de cette protection ont témoigné au fil des années de leur reconnaissance envers le prélat. Cette attitude avait contribué à faire de Mgr Ruhuna une figure respectée au-delà des clivages qui déchiraient alors la société burundaise.
Son engagement en faveur de la protection des personnes menacées s’inscrivait dans une démarche plus large en faveur de la paix, de l’unité et de la réconciliation.
Une mémoire toujours vivante
Trente ans après sa mort, Mgr Joachim Ruhuna reste associé aux valeurs de paix, d’unité, de pardon et de réconciliation.
Lors des cérémonies organisées en sa mémoire, les responsables de l’Église catholique rappellent régulièrement son engagement en faveur de la paix et de la protection des personnes menacées.
Mgr Simon Ntamwana a également dénoncé les massacres qui ont marqué l’histoire récente du Burundi, notamment les assassinats de plusieurs religieux et les violences commises contre des civils. Il a appelé les Burundais à privilégier l’amour, l’unité, le pardon, la cohabitation pacifique et la réconciliation.
Trente ans sans justice
Depuis le 9 septembre 1996, aucun jugement n’a été rendu contre les auteurs de l’assassinat de Mgr Joachim Ruhuna. Sa famille réclame depuis trois décennies que les responsables soient identifiés et traduits devant la justice.
Le dossier reste ainsi marqué par une absence de réponse judiciaire définitive. Les témoignages recueillis au fil des années ont permis de documenter le contexte dans lequel le prélat a été tué, mais la vérité judiciaire sur les commanditaires et les exécutants demeure toujours attendue.
Trente ans après, le témoignage de Mgr Simon Ntamwana ravive une question restée sans réponse : qui a tué Mgr Joachim Ruhuna, pourquoi a-t-il été pris pour cible et pourquoi aucune justice n’a-t-elle encore établi les responsabilités dans son assassinat ?
Pour ses proches et de nombreux fidèles catholiques, le temps écoulé ne doit pas effacer cette exigence de vérité et de justice.
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Notre photo : des chrétiens rassemblés devant le monument de l’archevêque Joachim Ruhuna, le 9 septembre à Gitega, à l’occasion du 30e anniversaire de son assassinat
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