Bujumbura : le journaliste Kenny Claude Nduwimana violemment agressé près de son domicile
SOS Médias Burundi
Bujumbura, 13 septembre 2026 — Le journaliste Kenny Claude Nduwimana a été violemment agressé dimanche soir près de son domicile, dans la zone de Buterere, au nord de la capitale économique Bujumbura. Trois jeunes hommes sont impliqués dans l’attaque, selon les informations recueillies par SOS Médias Burundi.
Des visiteurs s’étaient rendus au domicile du journaliste. À leur départ, Kenny Claude Nduwimana et son épouse les ont accompagnés jusqu’au bord de la route pour leur permettre de prendre un taxi. Sur le chemin du retour, trois jeunes hommes qui les attendaient se sont jetés sur eux.
Selon les photos dont dispose SOS Médias Burundi, Kenny Claude Nduwimana a été blessé au-dessus de l’œil gauche. Les agresseurs lui ont asséné un violent coup de planche à la tête, au niveau du visage.
Après l’agression, les trois hommes sont restés dans les environs, selon le journaliste et ses proches.
Avec l’aide de voisins, Kenny Claude Nduwimana a alerté le responsable de la police dans la zone de Buterere. Ce dernier lui aurait indiqué qu’il allait dépêcher des policiers pour interpeller les agresseurs. Mais aucune intervention policière n’est arrivée alors que les hommes se trouvaient encore à proximité, selon le journaliste et ses proches. Le responsable de la police aurait ensuite éteint son téléphone.
Le journaliste a été conduit dans une structure de santé de Bujumbura, où il a reçu des soins avant de regagner son domicile.
Des interrogations sur l’absence d’intervention policière
L’absence d’intervention policière alors que les agresseurs étaient, selon le journaliste et ses proches, encore dans les environs soulève des interrogations.
Pourquoi le responsable de la police, alerté au moment des faits, n’a-t-il pas dépêché ses hommes pour tenter d’interpeller les agresseurs ?
La famille de Kenny Claude Nduwimana affirme par ailleurs être victime de harcèlement depuis plusieurs jours, sans connaître l’origine ni les raisons de ces pressions.
Les proches du journaliste demandent que les circonstances de l’agression soient établies, que les auteurs soient identifiés et que les responsabilités soient déterminées.
Un journaliste au parcours marqué par les arrestations
Kenny Claude Nduwimana, journaliste à Jayce TV, est connu pour ses productions consacrées à des sujets sensibles. Son parcours professionnel a été marqué par plusieurs arrestations.
En 2021, il avait été arrêté à plusieurs reprises. Le 3 octobre 2023, il avait de nouveau été arrêté à son domicile de Buterere, après une perquisition menée par une quinzaine de policiers. Les autorités l’accusaient notamment de collaborer avec des influenceurs sur les réseaux sociaux et de s’immiscer dans le travail des autorités locales.
En mai 2024, le journaliste avait comparu devant le tribunal de grande instance de Mukaza dans une affaire où il était poursuivi notamment pour « atteinte à la sûreté intérieure de l’État, outrage envers les agents de l’autorité publique et divulgation de fausses informations ».
Le colonel de police Alfred Innocent Museremu, actuel secrétaire permanent du Conseil national de sécurité (CNS), s’était également constitué partie plaignante dans ce dossier. Il était alors présenté comme l’ancien responsable des renseignements intérieurs au Service national de renseignement (SNR).
Le 26 août 2024, Kenny Claude Nduwimana avait été condamné à huit mois de prison après avoir déjà passé dix mois en détention préventive. Malgré l’expiration de sa peine, il était resté détenu à la prison centrale de Mpimba, dans la capitale économique Bujumbura. La Commission nationale indépendante des droits de l’homme (CNIDH) avait dénoncé la poursuite de sa détention.
En mai 2025, la cour d’appel de Bujumbura avait rouvert son dossier malgré l’expiration des délais d’appel. Le journaliste avait dénoncé ce qu’il qualifiait de « manipulation judiciaire ». Il estimait notamment que ses ennuis judiciaires étaient liés à son travail journalistique, notamment à ses dénonciations concernant des cas présumés de spoliation de terrains.
En octobre 2025, il avait été transféré de la prison centrale de Mpimba vers les cachots du SNR, suscitant l’inquiétude de sa famille, qui disait avoir des difficultés à obtenir de ses nouvelles.
Kenny Claude Nduwimana a finalement été libéré le 4 mars 2026, après plus de deux ans de détention. Sa libération était intervenue après une demande de grâce présidentielle.
L’agression de ce dimanche intervient donc six mois après sa libération. À ce stade, aucun élément ne permet toutefois d’établir un lien entre cette attaque et son passé judiciaire ou son travail de journaliste.
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Photo : Le journaliste Kenny Claude Nduwimana. © SOS Médias Burundi
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