Gitega : coup de filet contre des réfugiés congolais installés en ville
SOS Médias Burundi
Gitega, 5 septembre 2026 — Plusieurs réfugiés congolais vivant dans différents quartiers de Gitega, capitale politique du Burundi, ont été interpellés tôt dans la matinée de ce samedi 5 septembre lors d’une opération de contrôle menée par la police, selon des témoignages recueillis auprès de membres de la communauté réfugiée.
L’opération a notamment concerné les quartiers de Karera et Swahili, où résident des réfugiés congolais. Selon les témoignages recueillis, les policiers ont procédé au contrôle des documents de séjour et demandé aux personnes rencontrées de présenter les pièces les autorisant à résider en milieu urbain. Plusieurs personnes ont été interpellées à l’issue de ces contrôles.
Au cœur des préoccupations figure notamment un document qui, selon les réfugiés interrogés, était délivré au cours des années précédentes par l’Office national pour la protection des réfugiés et des apatrides (ONPRA) afin de permettre à certains réfugiés originaires des camps de résider en milieu urbain.
Des réfugiés affirment toutefois que ce document n’est plus délivré, créant une situation qu’ils jugent particulièrement difficile. Ils expliquent être invités à présenter une autorisation qu’ils n’ont désormais plus la possibilité d’obtenir.
Des familles quittent les camps pour scolariser leurs enfants
Ces interpellations surviennent alors que, depuis plusieurs jours, certains réfugiés congolais quittent les camps pour rejoindre différentes provinces du Burundi, notamment Gitega.
Pour plusieurs familles, ces déplacements sont principalement motivés par la scolarisation des enfants. Des parents expliquent que les conditions d’apprentissage dans certains camps se sont détériorées et que les possibilités éducatives ne répondent pas toujours aux besoins de leurs enfants.
La situation est particulièrement préoccupante pour les familles ayant de jeunes enfants. Certains parents estiment qu’il leur est difficile de laisser leurs enfants seuls dans les camps pendant qu’ils cherchent des possibilités de scolarisation ailleurs.
« Nous sommes venus pour l’éducation de nos enfants »
Contacté par SOS Médias Burundi, un réfugié vivant dans un quartier qui n’a pas été concerné par les contrôles et qui a requis l’anonymat affirme avoir appris l’arrestation de plusieurs de ses compatriotes dès les premières heures de la matinée.
« Ce matin, nous avons compris que certains de nos frères avaient été arrêtés simplement parce qu’ils se trouvaient ici. Beaucoup d’entre eux sont venus pour leurs enfants. Ils cherchent des endroits où leurs enfants peuvent continuer à étudier dans de meilleures conditions. »
Selon ce témoin, les familles concernées ne cherchent pas à contourner les règles, mais à trouver des solutions face aux difficultés rencontrées dans les camps.
« Nous avons des enfants qui doivent aller à l’école. Certains sont encore très jeunes et ne peuvent pas être séparés de leurs parents. Lorsque les conditions d’éducation deviennent difficiles dans les camps, les parents cherchent naturellement une autre solution. C’est dans ce contexte que certains viennent en milieu urbain. »
Le réfugié appelle les autorités burundaises à prendre en compte la situation familiale et éducative des personnes concernées avant toute mesure à leur encontre.
« Nous demandons au gouvernement burundais de regarder notre situation avec humanité. Nous comprenons qu’il existe des règles concernant la présence des réfugiés en ville, mais il faut aussi tenir compte de l’éducation des enfants, de la santé et de la situation particulière de chaque famille. »
L’incertitude sur la réinstallation inquiète
Pour certains réfugiés interrogés, la question de la mobilité est également liée à l’évolution des possibilités de réinstallation dans des pays tiers.
Le témoin estime que l’incertitude entourant les programmes de réinstallation pousse certaines familles à chercher d’autres perspectives pour leur avenir.
« Pendant longtemps, nous avons vécu avec l’espoir d’être réinstallés dans un autre pays. Mais aujourd’hui, cette possibilité est devenue beaucoup plus incertaine. Nous devons donc réfléchir à notre avenir ici et surtout à celui de nos enfants. »
Il ajoute que l’éducation constitue désormais, pour certaines familles, un investissement essentiel.
« Aujourd’hui, nous essayons de voir comment investir dans l’éducation de nos enfants. Nous voulons qu’ils puissent continuer leurs études malgré les difficultés que nous traversons. Notre souhait est que les autorités comprennent que notre présence en ville est souvent liée à des besoins essentiels et non à une volonté de créer des problèmes. »
La crainte de nouvelles opérations
D’après les informations recueillies par SOS Médias Burundi, l’opération policière n’a pas concerné l’ensemble des quartiers de Gitega où vivent des réfugiés congolais.
Certains réfugiés affirment avoir été informés des interpellations par leurs proches et disent désormais craindre que d’autres opérations de contrôle soient organisées dans les prochains jours.
Cette situation alimente un sentiment d’inquiétude au sein de certaines familles, notamment parmi celles qui ont récemment quitté les camps pour des raisons liées à la scolarisation ou à l’accès aux soins de santé.
Des réfugiés entre camps et villes
Le Burundi accueille des réfugiés congolais vivant principalement dans des camps et bénéficiant de différents programmes d’assistance humanitaire, notamment d’une aide alimentaire ainsi que de services de protection et d’accompagnement.
Certains réfugiés quittent toutefois les camps pour diverses raisons : éducation des enfants, accès aux soins de santé, regroupement familial, recherche de moyens de subsistance ou autres besoins familiaux.
Parallèlement, le Burundi compte également des réfugiés vivant en milieu urbain, notamment à Bujumbura, la capitale économique, et à Rumonge, une ville portuaire du sud-ouest du pays connue pour ses activités de pêche et de commerce sur le lac Tanganyika, et disposant d’un statut de réfugié.
Leur situation diffère de celle des personnes vivant dans les camps, notamment en ce qui concerne l’accès à l’assistance humanitaire régulière.
Ces réfugiés urbains doivent généralement subvenir eux-mêmes à leurs besoins quotidiens, notamment pour le logement, l’alimentation, la santé et l’éducation des enfants. Pour certains, la réinstallation dans un pays tiers demeure l’une des principales perspectives envisagées.
SOS Médias Burundi n’a pas encore obtenu la réaction de la police ni celle de l’ONPRA sur ces interpellations et sur la situation des documents permettant aux réfugiés de résider en milieu urbain.
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Photo : Pierre Nkurikiye, porte-parole du ministère en charge de la Sécurité, au milieu de réfugiés Banyamulenge chassés de Gitega, le 8 octobre 2020. Le 5 septembre 2026, plusieurs réfugiés congolais ont de nouveau été arrêtés dans la ville lors d’une opération de contrôle menée par la police.© SOS Médias Burundi
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