Burundi : les prisons surpeuplées, la faim et le manque de soins aggravent la détresse des détenus
SOS Médias Burundi
Bujumbura, 4 novembre 2026 — Les conditions de détention restent alarmantes dans les prisons burundaises. Dans son rapport couvrant la période de juillet à septembre 2026, l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT-Burundi) dénonce une surpopulation carcérale critique, des pénuries alimentaires, des décès liés à des problèmes de santé et des cas de détention prolongée malgré des décisions judiciaires de libération.
Selon les statistiques de la Ligue burundaise des droits de l’homme, Ligue Iteka, reprises dans le rapport, les prisons du pays comptaient 12 521 détenus à la fin de septembre 2026, pour une capacité d’accueil de 4 294 places. Le taux d’occupation atteignait ainsi près de 292 %, soit presque trois fois la capacité prévue.
La situation est particulièrement préoccupante dans plusieurs établissements. La prison centrale de Mpimba, à Bujumbura, capitale économique du Burundi, accueillait 4 226 détenus pour 800 places. À Muramvya, dans le centre du pays, 771 détenus étaient recensés pour une capacité de 100 places. À Ngozi, dans le nord, la prison pour hommes comptait 1 889 détenus pour 400 places. Celle de Gitega, dans la capitale politique, en accueillait 1 450 pour une capacité de 400 places.
À Rumonge, la surpopulation accélère l’épuisement des vivres
La prison centrale de Murembwe, située dans la commune portuaire de Rumonge, en province de Burunga, au sud-ouest du Burundi, comptait 1 489 détenus en septembre, alors que sa capacité officielle est de 800 places, selon les données de la Ligue Iteka.
L’ACAT-Burundi souligne que cette surpopulation accélère considérablement l’épuisement des réserves alimentaires. Le rapport indique qu’une tonne de haricots, sur la base d’une ration officielle de 350 grammes par détenu et par jour, peut durer environ onze jours dans la prison de Bururi, mais moins de deux jours à Rumonge, en raison du nombre élevé de détenus.
Le rapport signale également une rupture complète de stock de haricots pendant cinq jours à la prison de Rumonge en août. Cette situation s’ajoute aux difficultés d’approvisionnement alimentaire déjà dénoncées dans cet établissement. En octobre, SOS Médias Burundi avait notamment rapporté que les détenus de Murembwe étaient privés de farine et contraints de trouver eux-mêmes de quoi compléter leurs repas.
Lire aussi : Burundi : les détenus de Murembwe privés de farine et contraints d’acheter du charbon à des prix exorbitants.
Des pénuries alimentaires et quinze décès à Muramvya
À Bururi, dans le sud du pays, les détenus sont restés dix jours consécutifs sans haricots. À Gitega, dans la capitale politique, la pénurie a duré deux semaines. À Muramvya, dans le centre du pays, les détenus ont également connu une rupture de stock de haricots pendant deux semaines. À Ngozi, dans le nord, ils n’en ont reçu que sept jours durant le mois de septembre.
Dans certains établissements, les repas ont été réduits à de la farine mélangée à de l’eau. L’ACAT-Burundi estime que ces carences alimentaires fragilisent particulièrement les détenus malades et ceux qui ne bénéficient pas de l’aide de leurs familles.
Le rapport fait également état de quinze décès à la prison centrale de Muramvya, à la suite d’une maladie dont l’origine n’a pas été médicalement confirmée. Les symptômes observés, notamment la forte fièvre, la diarrhée et la faiblesse générale, ont fait soupçonner une typhoïde. Trois détenus sont morts en août et douze autres en septembre, selon l’organisation.
Au 17 septembre, 45 détenus étaient hospitalisés et une soixantaine d’autres malades étaient encore dans leurs cellules. L’ACAT-Burundi estime que la promiscuité, les pénuries alimentaires et le manque de médicaments ont aggravé la situation.
Cette alerte intervient après un précédent épisode sanitaire dans cette prison. Début septembre, SOS Médias Burundi avait rapporté la mort de trois détenus et une épidémie touchant plusieurs dizaines de prisonniers. La direction de l’établissement avait alors évoqué le paludisme après une intervention des services du ministère de la Santé.
Le rapport de l’ACAT-Burundi évoque également deux décès associés à des difficultés d’accès aux soins. À la prison centrale de Mpimba, Apollinaire Ahishakiye, un détenu diabétique, est mort le 8 août 2026 après plusieurs refus de transfert vers un établissement hospitalier extérieur, selon les témoignages recueillis par les observateurs de l’organisation.
À Ngozi, dans le nord du pays, un détenu identifié sous le seul nom de Bwayeye est décédé le 25 septembre alors qu’il était transféré vers un hôpital. Le rapport indique que l’infirmerie de la prison ne disposait pas des médicaments essentiels pour stabiliser son état avant son évacuation.
L’organisation dénonce également les difficultés d’accès aux médicaments dans plusieurs établissements, qu’elle associe notamment à l’irrégularité des allocations budgétaires destinées aux soins de santé.
Des détenus maintenus en prison malgré des décisions judiciaires
Au-delà des conditions matérielles, l’ACAT-Burundi relève des irrégularités dans l’application des décisions judiciaires. Elle cite notamment des personnes qui resteraient détenues malgré l’acquittement ou l’expiration de leur peine.
À Ngozi, un détenu désigné par les initiales MC aurait ainsi été maintenu en prison après avoir purgé sa peine. Selon le rapport, l’administration aurait justifié cette décision par des instructions venues de « plus haut ».
À Ruyigi, dans l’est du Burundi, trois détenus présentés comme des prisonniers politiques, identifiés par les initiales AE et EB ainsi que par le grade de sous-lieutenant EN, seraient toujours incarcérés alors qu’ils auraient déjà purgé leurs peines.
À Muramvya, deux détenus, R.H. et F.N., dont la libération avait déjà été recommandée dans le précédent rapport de juin 2026, étaient toujours en prison au cours de la période examinée. L’organisation évoque également le cas de Franck Mananzigamira, mort en août après cinq années de détention, alors qu’il aurait été acquitté par toutes les instances judiciaires.
Le rapport souligne par ailleurs le poids de la détention préventive. À la fin de septembre, les personnes en attente de jugement représentaient 49,99 % de la population carcérale nationale, soit près de la moitié des détenus.
Des libérations insuffisantes face aux nouvelles incarcérations
L’ACAT-Burundi indique que des opérations de libération ont été menées dans certaines prisons pendant le trimestre. Ses équipes ont documenté au moins 363 libérations à Ngozi, Ruyigi et Muramvya, principalement en septembre.
À Ngozi, plus de 200 détenus ayant purgé au moins le quart de leur peine ont été libérés. À Ruyigi, près de 100 libérations ont été recensées, concernant notamment des prévenus remis en liberté, des personnes ayant terminé leurs peines et des détenus souffrant de troubles mentaux. À Muramvya, 63 personnes poursuivies pour des infractions mineures ont été libérées le 23 septembre dans le cadre d’une opération de désengorgement.
Toutefois, ces mesures n’ont pas permis de réduire sensiblement la surpopulation. Selon les chiffres repris dans le rapport, la population carcérale est passée de 12 216 détenus en juin à 12 521 en septembre 2026.
L’organisation estime que la réduction de la population carcérale exige notamment une limitation du recours à la détention préventive, un traitement plus rapide des dossiers judiciaires et l’exécution effective des décisions de libération.
Elle recommande également aux autorités de garantir l’approvisionnement régulier des prisons en nourriture et en médicaments, d’améliorer l’accès à l’eau et aux installations sanitaires et d’ouvrir des enquêtes indépendantes sur les décès enregistrés en détention.
Le rapport, publié en octobre 2026, repose sur les informations recueillies par les observateurs de l’ACAT-Burundi entre juillet et septembre dans les prisons de Bururi, Gitega, Muramvya, Ngozi, Ruyigi, Rumonge et Mpimba. L’organisation précise que ses données de terrain sont complétées par les statistiques nationales de la Ligue Iteka et que certaines informations restent approximatives en raison des difficultés d’accès aux établissements pénitentiaires.
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Photo : Des détenus discutent en petits groupes dans l’enceinte de la prison centrale de Bujumbura, dite Mpimba. Dans un rapport couvrant la période de juillet à septembre 2026, l’organisation burundaise ACAT-Burundi dénonce la surpopulation carcérale, les pénuries alimentaires et le manque de soins dans les prisons du pays. © SOS Médias Burundi
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