Burunga : inquiétude face à l’abandon scolaire des jeunes au profit de la migration de travail

Burunga : inquiétude face à l’abandon scolaire des jeunes au profit de la migration de travail

SOS Médias Burundi,

Burunga, 20 mars 2026—
Dans la province de Burunga, au sud du Burundi, un phénomène préoccupant prend de l’ampleur : de plus en plus de jeunes abandonnent l’école pour tenter leur chance à l’étranger, notamment au Kenya, en Afrique du Sud, en Zambie ou encore à Dubaï. Une situation qui suscite l’inquiétude des parents et des éducateurs.

Des familles face à des choix difficiles

Sur la colline Nyavyamo, en zone Muzenga de la commune Bururi, Consolate N., mère de famille, témoigne avec inquiétude. Son fils a récemment décidé d’interrompre ses études pour rejoindre des amis à Dubaï à la recherche d’un emploi. Malgré ses réticences, elle a fini par céder, allant jusqu’à vendre des vaches pour financer le voyage de son enfant.

Le témoignage préoccupant des parents

Aujourd’hui, elle redoute un effet boule de neige : son fils aîné, actuellement à l’université, envisage lui aussi d’abandonner ses études pour partir à l’étranger.
« Je crains pour l’avenir de notre pays. Si cette tendance continue, nous risquons d’avoir une génération peu instruite. Que deviendront ces jeunes si ces opportunités à l’étranger disparaissent ? », s’interroge-t-elle.

Consolate appelle les autorités à prendre des mesures strictes, notamment en veillant à ce que les jeunes terminent au moins leurs études avant de quitter le pays.

Un autre témoignage recueilli dans la même localité va dans le même sens. Donate M., mère de deux garçons partis en Zambie, reconnaît les risques mais évoque également les réalités économiques qui poussent les familles à faire ces choix.
« Nous savons que ce n’est pas sans danger. Parfois, ils sont même emprisonnés. Mais nous n’avons pas d’autre option. La pauvreté est grandissante ici, et même après les études, nos enfants ne trouvent pas d’emploi », explique-t-elle.

Entre espoir d’ailleurs et désillusion locale

Entre manque d’opportunités locales et espoir d’une vie meilleure ailleurs, de nombreux jeunes semblent perdre confiance dans le système éducatif et le marché de l’emploi national.

Des jeunes Burundais refoulés par les autorités tanzaniennes alors qu’ils s’étaient rendus en Tanzanie à la recherche de travail arrivent à la frontière en province de Burunga, au sud du Burundi, septembre 2024. © DR/SOS Médias Burundi
Des jeunes Burundais refoulés par les autorités tanzaniennes alors qu’ils s’étaient rendus en Tanzanie à la recherche de travail arrivent à la frontière en province de Burunga, au sud du Burundi, septembre 2024. © DR/SOS Médias Burundi

Une situation qui appelle, selon plusieurs parents, une réponse urgente des pouvoirs publics.

Les autorités alertent sur les dérives de la migration

Ce phénomène intervient alors que les autorités burundaises alertent également sur certaines dérives liées à la migration de travail. Selon le ministre des Affaires étrangères, Édouard Bizimana, plusieurs cas problématiques ont été enregistrés parmi les Burundais partis travailler à l’étranger, ce qui complique la gestion consulaire et nuit à l’image du pays.

Des chiffres qui illustrent l’ampleur du phénomène

Le ministre indique que plus de 21 600 Burundais ont déjà été envoyés à l’étranger par des agences agréées dans le cadre de la migration de travail. La majorité d’entre eux se trouvent en Arabie saoudite, suivie d’autres destinations comme les Émirats arabes unis, le Qatar, l’Oman, ainsi que la Serbie et l’Albanie.

Des cas problématiques à l’étranger

Le ministre a également évoqué plus de 140 passeports burundais abandonnés en Europe, notamment en Serbie, environ 240 ressortissants impliqués dans des affaires de falsification de documents en Corée du Sud, ainsi qu’environ 4 000 Burundais détenus en Tanzanie pour non-respect des lois locales.

Un appel à des politiques publiques plus fortes

Face à cette migration croissante, les parents appellent les pouvoirs publics à agir urgemment pour inverser la tendance. Ils plaident pour des politiques favorisant l’accès à l’emploi, l’amélioration des conditions de vie et la valorisation de l’éducation comme levier de développement durable.

L’avenir de toute une génération reste ainsi suspendu entre espoir d’ailleurs et incertitudes locales.

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Photo : des sans-papiers, dont des ressortissants burundais, en train d’être refoulés par les services zambiens vers la frontière © SOS Médias Burundi

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