Bugendana : 648 Tutsi massacrés, 30 ans après les rescapés dénoncent l’impunité et réclament justice

Bugendana : 648 Tutsi massacrés, 30 ans après les rescapés dénoncent l’impunité et réclament justice

SOS Médias Burundi

Bugendana , 27 juillet 2026 — La commémoration du 30ᵉ anniversaire du massacre de 648 Tutsi sur le site des déplacés de Bugendana s’est déroulée ce dimanche 26 juillet 2026 à la paroisse de Bugendana, dans la province de Gitega, au centre du Burundi. Trente ans après cette tragédie, les rescapés et les familles des victimes continuent de réclamer vérité et justice, dénonçant l’impunité et demandant que les responsables présumés soient traduits devant la justice.

Dans son homélie, le curé de la paroisse de Bugendana, l’abbé Deogratias Mvuyishanga, a placé son message sous le signe de l’amour, de l’unité, du pardon, de la réconciliation et de la cohabitation pacifique.

Il a exhorté les fidèles à rejeter toute forme de violence et à ne pas chercher à s’enrichir par la force. S’adressant également aux personnes ayant planifié ou participé aux massacres, le prêtre les a appelées à changer de comportement et à œuvrer pour la paix.

Prenant la parole au nom des déplacés du site de Bugendana, Raphaël Nkurunziza, responsable du site, a décrit les conditions de vie difficiles auxquelles ils sont confrontés depuis plusieurs années. Il a notamment évoqué le manque d’habitations décentes, les difficultés rencontrées pendant la saison des pluies, l’accès limité aux soins de santé ainsi que les problèmes liés à la scolarisation des enfants.

Il a également dénoncé ce qu’il considère comme une discrimination dans l’accès aux programmes d’appui accordés à d’autres citoyens, notamment la distribution de petit bétail.

Les rescapés réclament vérité et justice

S’exprimant au nom des rescapés des massacres de Bugendana, Me Pascal Ntahonkuriye a exprimé ses inquiétudes concernant le projet de construction de l’aéroport international de Bugendana.

Il a dénoncé les pressions exercées, selon lui, sur les déplacés afin qu’ils quittent le site et s’est interrogé sur le devenir des restes des victimes ainsi que sur l’avenir des familles qui y vivent encore.

De son côté, Me Prosper Ciza, représentant de l’A.C. Génocide Girimoso, a estimé qu’il n’était pas encore opportun que les déplacés regagnent leurs collines d’origine.

Selon lui, des personnes accusées d’avoir participé aux massacres continuent de vivre librement tandis que les victimes attendent toujours justice. Il a regretté que, selon lui, la Commission vérité et réconciliation (CVR) n’ait pas suffisamment pris en compte les massacres de Bugendana et a sollicité l’intervention de la Cour pénale internationale (CPI).

Les représentants des rescapés ont réaffirmé leur principale revendication : que toute la vérité soit établie sur les massacres de Bugendana et que les responsables soient traduits devant la justice.

Le curé de la paroisse de Bugendana bénit la croix érigée sur la tombe commune où reposent des victimes du massacre de 648 Tutsi survenu sur le site des déplacés de Bugendana, lors de la commémoration du 30ᵉ anniversaire, le 26 juillet 2026. © SOS Médias Burundi

Retour sur une tragédie vieille de 30 ans

Les victimes du site de Bugendana étaient pour la plupart des déplacés ayant fui les massacres de Tutsi qui ont suivi l’assassinat, en octobre 1993, de Melchior Ndadaye, premier président hutu démocratiquement élu du Burundi.

Cet assassinat avait déclenché une guerre civile meurtrière qui a endeuillé le pays pendant plus d’une décennie et causé la mort de plus de 300 000 personnes, selon les Nations unies.

Dans la matinée du 21 juillet 1996, le site des déplacés de Bugendana a été attaqué par plus d’un millier d’hommes armés de fusils, de machettes, de lances et de gourdins, selon des témoins. Venus de plusieurs directions, les assaillants ont attaqué le camp, incendiant des bâtiments à l’aide de grenades et pourchassant des femmes et des enfants qui tentaient de fuir.

Au cours de cette attaque, 648 Tutsi ont été massacrés par balles, à la grenade et à la machette.

À cette époque, les communes de Bugendana, Mutaho et Gihogazi étaient sous le contrôle des rebelles du Front pour la défense de la démocratie (FDD), un mouvement armé qui deviendra plus tard le parti CNDD-FDD, aujourd’hui au pouvoir dans la petite nation de l’Afrique de l’Est.

L’administration appelle au dialogue

Représentant l’administration communale, Saouris Ntakarutimana, conseiller juridique de l’administrateur de la commune Bugendana, a invité les déplacés à participer davantage aux travaux de développement, notamment par la plantation d’avocatiers et de caféiers sur leurs collines d’origine.

Au sujet du projet de construction de l’aéroport international de Bugendana, il a assuré que les organisations des rescapés ainsi que les responsables du site des déplacés seront associés aux discussions afin que leurs préoccupations soient prises en compte.

À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, Saouris Ntakarutimana a également appelé les déplacés de Bugendana à continuer de préserver la paix, la sécurité et la cohésion sociale.

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Photo : Des habitants, dont des femmes et des enfants, participent à la commémoration du 30ᵉ anniversaire du massacre de 648 Tutsi sur le site des déplacés de Bugendana, en commune Bugendana, province de Gitega, le 26 juillet 2026. © SOS Médias Burundi

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