Kobero-Bujumbura : deux hommes disparaissent, 50 000 dollars et une mystérieuse interception au cœur des interrogations

Kobero-Bujumbura : deux hommes disparaissent, 50 000 dollars et une mystérieuse interception au cœur des interrogations

SOS Médias Burundi

Bujumbura, 20 août 2026 — Deux hommes originaires de la province de Butanyerera, dans le nord du Burundi, sont portés disparus depuis le 12 août 2026 alors qu’ils se rendaient à Bujumbura, la capitale économique où sont concentrées plusieurs agences des Nations unies ainsi qu’une grande partie de l’administration centrale du pays. Leurs familles affirment qu’ils auraient été interceptés par des individus non identifiés et disent avoir recherché leurs proches dans plusieurs lieux de détention, sans obtenir d’informations sur leur sort.

Jean Bosco Nshimirimana et Hermès Rukerandanga sont respectivement originaires des zones de Ntega et de Bugabira, en commune de Kirundo, dans la province de Butanyerera.

Une disparition sur fond de témoignages préoccupants

D’après plusieurs témoignages recueillis auprès des familles, les deux hommes auraient été interceptés à quelques kilomètres du lieu communément appelé « kwa Muswahili », non loin du palais présidentiel « Kwa Ntare », officiellement appelé Ntare Rushatsi House, siège de la Présidence de la République du Burundi à Bujumbura.

Les personnes mises en cause seraient, selon ces mêmes témoignages, des individus suspectés d’appartenir au Service national de renseignement (SNR) et qui auraient porté des uniformes de police.

Ces informations n’ont toutefois pas pu être vérifiées de manière indépendante. À ce stade, aucune source officielle ne s’est publiquement exprimée sur le sort des deux hommes ni sur les circonstances exactes de leur disparition.

Une rencontre à la frontière de Kobero

Selon les informations fournies par les familles, Jean Bosco Nshimirimana revenait du Rwanda, tandis qu’Hermès Rukerandanga s’était rendu à Dar-es-Salaam, en Tanzanie voisine, afin de récupérer son véhicule.

Le port de Dar-es-Salaam constitue l’une des principales portes d’entrée maritimes du Burundi, pays enclavé, et est largement utilisé pour l’acheminement de marchandises à destination du pays.

Les deux hommes se seraient retrouvés à la frontière burundo-tanzanienne de Kobero. Depuis la fermeture de la frontière terrestre entre le Burundi et le Rwanda, décidée par les autorités burundaises en janvier 2024 sur fond de tensions entre Gitega et Kigali, Kobero, à la frontière burundo-tanzanienne, est devenu un important point de passage pour les voyageurs burundais à destination du Rwanda.

À la suite de leur rencontre, les deux hommes auraient décidé de poursuivre ensemble leur trajet vers Bujumbura.

D’après les mêmes sources, ils auraient alors voyagé à bord du véhicule de Jean Bosco Nshimirimana, présenté par ses proches comme un changeur de monnaie. Le véhicule d’Hermès Rukerandanga devait être conduit par une autre personne.

Des transporteurs de charbon accrochés à l’arrière d’un camion se dirigeant vers Bujumbura, non loin de l’endroit où Jean Bosco Nshimirimana et Hermès Rukerandanga auraient été enlevés, le 12 août 2026. © SOS Médias Burundi

Une importante somme d’argent évoquée

La famille de Jean Bosco Nshimirimana affirme que celui-ci aurait été en possession d’une somme estimée à plus de 50 000 dollars américains au moment de sa disparition.

Selon ces mêmes sources, des informations concernant cette importante somme d’argent auraient circulé depuis Kobero, à la frontière burundo-tanzanienne.

La famille estime que cette piste devrait être examinée afin de déterminer si elle pourrait avoir un lien avec la disparition des deux hommes.

« Nous demandons que cette information relative à l’argent soit vérifiée et que les enquêteurs déterminent si elle peut avoir un lien avec leur disparition », indique une source familiale.

Cette information, tout comme les circonstances de l’interception et de la disparition des deux hommes, n’a pas pu être vérifiée de manière indépendante.

Des recherches dans des cachots à Bujumbura

Les familles indiquent avoir effectué des recherches dans différents cachots à Bujumbura, notamment dans des lieux qu’elles attribuent aux services de renseignement, sans parvenir à retrouver leurs proches.

« Nous avons besoin de savoir où se trouvent nos proches et ce qui leur est arrivé. S’ils sont détenus quelque part, qu’on nous indique leur lieu de détention », plaident les membres des familles.

Face à cette situation, les proches demandent aux autorités de diligenter des enquêtes approfondies, indépendantes et impartiales afin d’établir les circonstances de leur disparition et d’identifier d’éventuelles responsabilités.

Des disparitions qui inquiètent les défenseurs des droits humains

Le cas de Jean Bosco Nshimirimana et d’Hermès Rukerandanga intervient dans un contexte où des organisations de défense des droits humains continuent de documenter des enlèvements, des disparitions, des arrestations arbitraires et des actes de torture au Burundi.

SOS Médias Burundi a documenté plusieurs cas ces dernières années, notamment des personnes enlevées puis retrouvées mortes dans des circonstances encore non élucidées, ou des détenus retrouvés dans un état préoccupant après leur passage dans des lieux de détention.

Dans le contexte des tensions persistantes entre le Burundi et le Rwanda, des arrestations et détentions de citoyens burundais soupçonnés d’entretenir des liens avec le Rwanda ont également été rapportées. Des hommes d’affaires, des citoyens ordinaires, mais aussi des membres ou militants du CNDD-FDD ayant effectué des séjours au Rwanda ont également été arrêtés ou détenus, certains de ces cas étant survenus dans un contexte de suspicion à l’égard de personnes considérées comme proches de Kigali.

Un cas documenté par SOS Médias Burundi dans la région de Nyanza-Lac, dans le sud du Burundi, avait particulièrement suscité l’inquiétude : un homme avait été arrêté dans un marché pour avoir porté un T-shirt portant la mention « Visit Rwanda ».

Ces différents cas ne permettent toutefois pas d’établir un lien entre les précédents documentés et la disparition de Jean Bosco Nshimirimana et d’Hermès Rukerandanga.

Des appels répétés à mettre fin aux abus

Les organisations de défense des droits humains ne cessent d’appeler les autorités burundaises à mettre fin aux arrestations arbitraires, aux disparitions forcées et aux actes de torture, et à garantir que toute personne arrêtée soit détenue dans un lieu officiel et puisse bénéficier des garanties prévues par la loi.

Les évêques catholiques du Burundi ont eux aussi récemment exprimé leurs inquiétudes concernant la situation du pays. Réunis en assemblée plénière du 1er au 5 juin à Bujumbura, ils ont notamment dressé un constat préoccupant de la situation socio-économique et institutionnelle du pays et dénoncé des détentions abusives.

Le Rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits de l’homme au Burundi, Fortuné Gaëtan Zongo, suit également la situation des droits humains dans le pays. Dans ses rapports et interventions, le mandat du Rapporteur spécial porte notamment sur les violations des droits humains et les mesures nécessaires pour améliorer leur protection. Des informations concernant des arrestations arbitraires, des détentions prolongées, des actes de torture et des disparitions forcées ont notamment été rapportées, mettant en cause des agents des services de sécurité et des Imbonerakure, la ligue des jeunes du CNDD-FDD.

Les organisations internationales et burundaises de défense des droits humains appellent régulièrement les autorités à enquêter sur les violations signalées et à lutter contre l’impunité.

Les familles réclament leur protection

Les familles de Jean Bosco Nshimirimana et d’Hermès Rukerandanga demandent également que les deux hommes soient protégés s’ils se trouvent effectivement entre les mains de personnes ou de services quelconques.

« Notre première demande est qu’ils soient protégés là où ils se trouvent. Nous voulons qu’ils soient retrouvés vivants et que leurs droits soient respectés », insistent les familles.

En l’absence de communication officielle, les circonstances exactes de la disparition de Jean Bosco Nshimirimana et Hermès Rukerandanga restent à établir. Leurs familles demandent que les recherches se poursuivent afin de retrouver les deux hommes et de faire toute la lumière sur leur disparition.

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Photo : La frontière de Kobero, entre le Burundi et la Tanzanie, où Jean Bosco Nshimirimana et Hermès Rukerandanga se seraient retrouvés avant de poursuivre leur voyage vers Bujumbura, le 12 août 2026. © SOS Médias Burundi

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