Buhumuza : le retour forcé des réfugiés de Tanzanie fait exploser la pression sur une province déjà saturée
SOS Médias Burundi
Buhumuza, 26 août 2026 — Contraints pour la plupart de quitter les camps de Nduta et Nyarugusu en Tanzanie, des dizaines de milliers de ménages burundais tentent de se réinstaller au Burundi. La province de Buhumuza, frontalière de la Tanzanie, accueille une grande partie de ces rapatriés alors qu’elle abrite déjà près de 95 000 réfugiés congolais. Les difficultés d’accès à la terre, au logement et aux moyens de subsistance font craindre une aggravation de la précarité.
Cyprien Nduwimana, chef d’antenne régional de la Direction générale chargée du rapatriement et de la réinsertion au sein du ministère en charge des affaires intérieures pour les provinces de Gitega, au centre du Burundi, et de Buhumuza, dans l’est du pays, estime à près de 100 000 le nombre de personnes revenues dans cette région après avoir séjourné en Tanzanie.
La plupart de ces rapatriés ont été contraints de quitter les camps de Nduta et Nyarugusu à la suite des décisions des autorités tanzaniennes, en collaboration avec le gouvernement burundais.
Les deux gouvernements évoquent notamment l’amélioration de la situation sécuritaire au Burundi et le retour à la paix pour justifier le processus de rapatriement. Mais plusieurs rapports continuent de faire état d’inquiétudes concernant la situation sécuritaire et politique dans le pays.
Le retour n’a toutefois pas été définitif pour tous. SOS Médias Burundi a documenté le cas d’anciens réfugiés qui, après leur retour au Burundi, ont repris le chemin de l’exil. Certains se sont notamment rendus dans des camps de réfugiés en Ouganda et au Rwanda voisin.
Buhumuza sous forte pression
Buhumuza reçoit une grande partie des rapatriés en provenance de Tanzanie, d’après les informations recueillies par SOS Médias Burundi. Sa proximité avec la frontière facilite leur installation dans cette région.
Mais leur arrivée exerce une pression supplémentaire sur une province qui accueille déjà un nombre important de réfugiés congolais ayant fui les violences dans l’est de la République démocratique du Congo.
Buhumuza abrite près de 95 000 réfugiés congolais, installés notamment dans les camps de Bwagiriza, Kavumu, Nyankanda et sur le site de Busuma.
L’arrivée massive des rapatriés burundais accroît ainsi la pression sur les terres disponibles, les infrastructures et les services sociaux de base dans plusieurs communautés.

Deux sœurs rapatriées de Tanzanie passent d’abord par le chef-lieu de la commune de Ruyigi avant d’être acheminées vers Nkanda, leur colline natale. © SOS Médias Burundi
Près de 100 000 personnes revenues dans la région
Cyprien Nduwimana indique que la majorité des rapatriés sont passés par la frontière de Cijongwo, en commune Gisuru, avant de rejoindre les provinces de Gitega et Buhumuza.
Cette arrivée massive nécessite, selon lui, une meilleure coordination entre les autorités et les différents partenaires afin d’éviter les doublons dans l’assistance et la duplication des interventions.
Depuis le début du processus de rapatriement jusqu’au 30 juin 2026, date de fermeture des camps de Nduta et Nyarugusu, plus de 32 000 ménages seraient rentrés par la frontière de Cijongwo. Durant les seuls mois de mai et juin, 9 148 ménages auraient emprunté cette voie.
La terre, une préoccupation majeure
Cyprien Nduwimana souligne également qu’une partie importante des rapatriés s’est dirigée vers la zone de Kabuyenge, située près de la frontière tanzanienne. Certains y auraient acheté des parcelles afin de développer de petites activités de commerce transfrontalier.
Mais l’accès à la terre reste une source de préoccupation majeure.
Après plusieurs années passées en Tanzanie, certains rapatriés retrouvent leurs anciennes propriétés dans des conditions différentes de celles qu’ils avaient laissées. D’autres ne disposent pas de terres suffisantes pour reprendre leurs activités agricoles.
La pression démographique, particulièrement forte dans certaines zones de Gitega, complique davantage l’accès aux terres arables.
Lors d’une réunion tenue mardi avec les partenaires de l’État impliqués dans le processus de rapatriement et de réintégration, les autorités ont rappelé que les aides accordées aux rapatriés pour faciliter leur réinstallation sont limitées dans le temps.
Après une période de trois ans, les appuis devraient prendre fin et les bénéficiaires seront appelés à vivre de manière autonome, comme les autres citoyens.
« Le rapatriement ne doit pas être considéré comme une fin en soi »
Pascal Kanani, conseiller chargé des questions politiques auprès de l’administrateur de Ruyigi, estime que le simple retour au Burundi ne garantit pas la réintégration.
«« Le rapatriement ne doit pas être considéré comme une fin en soi. Il faut que les personnes qui rentrent puissent retrouver leurs moyens de subsistance et participer pleinement à la vie de leur communauté », a-t-il indiqué.»
L’accès aux moyens de subsistance constitue donc l’une des principales priorités.
Agriculture, élevage, petit commerce et activités génératrices de revenus sont considérés comme des moyens essentiels pour permettre aux familles rapatriées de retrouver progressivement leur autonomie économique.
Les partenaires intervenant dans le processus sont appelés à privilégier les projets permettant aux bénéficiaires de devenir autonomes plutôt que de rester dépendants de l’assistance.

Un père et son fils, rapatriés de Tanzanie à la fin du mois de juin, regagnent leur domicile à Gisuru avec pour seuls biens une sacoche et un poste radio. Les conditions de leur retour illustrent la précarité dans laquelle vivent certaines familles après plusieurs années passées en exil. © SOS Médias Burundi
Le défi de la réintégration sociale
Les autorités locales et les leaders communautaires sont appelés à favoriser la cohésion entre les rapatriés et les populations restées au pays, notamment à travers le dialogue et la sensibilisation.
La réintégration ne se limite toutefois pas aux questions économiques. Le retour des anciens réfugiés nécessite également leur réinsertion sociale au sein des communautés.
Pour les familles ayant vécu de longues années en Tanzanie, le retour représente un changement important. Les enfants nés ou ayant grandi dans les camps doivent notamment s’adapter à leur nouvel environnement et intégrer le système éducatif burundais.
« La faim et le manque de vêtements sont monnaie courante »
Audace Ciza, originaire de Ruyigi et installé à Gashurushuru, affirme que le retour au Burundi représente un nouveau départ, mais que les conditions de vie restent difficiles.
«« La faim et le manque de vêtements et d’autres besoins de base sont monnaie courante », témoigne-t-il.»
Fébronie Hakiza, une autre rapatriée, affirme de son côté que l’accès à la terre, au logement et à une activité génératrice de revenus figure parmi ses principales préoccupations.
Les habitants des communautés d’accueil soulignent également l’importance de la solidarité et de la cohabitation pacifique avec les rapatriés.
Une réintégration fragilisée par de nouveaux départs
Les autorités burundaises et tanzaniennes présentent le rapatriement comme une conséquence du retour à la paix et de l’amélioration de la sécurité au Burundi. Mais le départ de certains anciens réfugiés vers d’autres pays de la région soulève des interrogations.
SOS Médias Burundi a documenté des cas d’anciens réfugiés qui, après leur retour, ont repris le chemin de l’exil, notamment vers l’Ouganda et le Rwanda.
Pour les acteurs engagés dans la réintégration, l’enjeu est désormais d’éviter que le retour ne se transforme en nouvelle période de vulnérabilité.
Les partenaires appelés à renforcer leur accompagnement
Les intervenants dans le processus de rapatriement et de réintégration appellent à une meilleure coordination entre les autorités, les organisations humanitaires, les agences des Nations unies et les communautés bénéficiaires.
Un accompagnement adapté devrait permettre aux rapatriés d’accéder aux services sociaux de base et de développer des activités économiques capables de garantir leur autonomie à long terme.
Les autorités insistent également sur la nécessité d’intégrer les besoins des rapatriés dans les plans locaux de développement.
Dans une province déjà fortement sollicitée par la présence de dizaines de milliers de réfugiés congolais, l’arrivée massive de Burundais rapatriés de Tanzanie constitue un nouveau défi.
La réussite du processus dépendra donc non seulement du nombre de personnes ayant franchi la frontière pour rentrer au pays, mais surtout de leur capacité à retrouver une vie digne, à accéder à la terre et aux services essentiels, à exercer une activité économique et à vivre en harmonie avec les communautés d’accueil.
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Photo : Une famille de rapatriés avec ses enfants dans une localité de Buhumuza, en présence d’agents chargés de leur réintégration. Les écoles de la province font face à un déficit de salles de classe et de bancs-pupitres à l’approche de la rentrée scolaire. © SOS Médias Burundi
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