Kakuma : les réfugiés burundais pris entre restrictions commerciales et craintes sécuritaires
SOS Médias Burundi
Kakuma, 12 septembre 2026 — L’inquiétude gagne plusieurs réfugiés burundais du camp de Kakuma, dans le nord-ouest du Kenya. Dépendants pour beaucoup de petites activités commerciales et de travaux informels, ils craignent que les nouvelles orientations des autorités kényanes à l’égard des étrangers ne fragilisent davantage leurs moyens de subsistance et n’alimentent des tensions avec les communautés d’accueil.
Dans le camp et ses environs, de nombreux réfugiés exercent de petites activités pour subvenir à leurs besoins. Certains tiennent des commerces ambulants ou de petites boutiques, tandis que d’autres travaillent comme conducteurs de motos-taxis, maçons, ouvriers ou employés domestiques.
Ces activités constituent pour beaucoup une source essentielle de revenus et permettent de réduire leur dépendance à l’aide humanitaire.
« Nous avons peur que les frustrations provoquées par ces discours finissent par se retourner contre nous », confient certains réfugiés, qui redoutent notamment des attaques contre leurs activités commerciales et leurs biens.
Des inquiétudes qui dépassent le commerce
Au-delà de leurs revenus, certains réfugiés craignent également pour leur sécurité. Ils redoutent que les frustrations économiques et les tensions autour de l’emploi et du petit commerce ne se transforment en actes de harcèlement ou en affrontements avec certaines populations locales.
Le contexte est d’autant plus sensible que le Kenya cherche, à travers le Shirika Plan, à transformer progressivement le modèle de Kakuma et son extension de Kalobeyei, en favorisant l’inclusion socio-économique des réfugiés et leur coexistence avec les communautés d’accueil. Le plan prévoit notamment de renforcer l’accès aux services publics, aux infrastructures et aux opportunités économiques.
Une mission conjointe de 14 agences des Nations unies s’est rendue à Kakuma et Kalobeyei du 2 au 4 septembre. Elle a notamment insisté sur les moyens de subsistance durables, les services publics inclusifs et la cohésion sociale entre réfugiés et communautés d’accueil.
Pour certains réfugiés, cette volonté d’intégration contraste avec les inquiétudes suscitées par le nouveau discours sur les activités commerciales des étrangers.

ne vue d’une partie du camp de réfugiés de Kakuma, au Kenya, où vivent plusieurs milliers de réfugiés burundais. Les autorités kényanes ont annoncé de nouvelles mesures concernant l’organisation et la gestion des camps de réfugiés. Crédit photo : HCR
Des réfugiés entre précarité et incertitude
Plusieurs réfugiés qui avaient quitté Kakuma pour tenter leur chance à Nairobi, la capitale kényane, commencent par ailleurs à envisager un retour au camp. Certains affirment avoir laissé derrière eux leurs biens et leurs activités, dans l’incertitude quant à leur avenir économique.
À Nairobi, où vivent et travaillent également de nombreux Burundais, les récentes annonces ont provoqué une forte inquiétude. Des centaines de ressortissants burundais se sont rendus à leur ambassade ces derniers jours pour demander des documents de voyage. Certains disent craindre pour leur sécurité et envisagent un retour au Burundi.
Les Burundais sont présents dans plusieurs secteurs de l’économie informelle, notamment la construction, les salons de beauté, les petits commerces, la restauration, la vente ambulante, la sécurité, le travail domestique ainsi que le transport à moto ou en tricycles, communément désignés sous le nom de Bajaj. Certains tiennent également leurs propres petits commerces et emploient d’autres ressortissants burundais.
Pour les réfugiés de Kakuma, le risque est de voir cette situation affecter également les possibilités de travailler et de commercer dans et autour du camp.
Ils appellent le HCR, l’agence des Nations unies chargée des réfugiés, à renforcer son attention sur leur sécurité et à prendre des mesures préventives afin d’éviter que les tensions ne dégénèrent.
Ils demandent de pouvoir travailler légalement
Les réfugiés ne rejettent pas le principe du respect de la législation kényane. Ils demandent plutôt que les autorités tiennent compte de leur situation particulière et de leurs moyens limités.
« Nous voulons travailler légalement et contribuer à l’économie. Mais il faut aussi tenir compte de notre situation de réfugiés », résument plusieurs d’entre eux.
Ils plaident ainsi pour des mécanismes leur permettant de participer légalement à l’économie locale, sans être exclus du petit commerce en raison de leur statut ou de difficultés à réunir les documents exigés.
Pour eux, l’enjeu dépasse donc le seul commerce. Il concerne aussi leur autonomie économique, leur sécurité et leur capacité à cohabiter avec les communautés d’accueil.
Le discours de Ruto à l’origine de l’inquiétude
Ces craintes font suite aux déclarations du président kényan William Ruto. Le 2 septembre, il a ordonné la fermeture des petits commerces exploités par des étrangers, estimant que ces activités ne devaient pas faire concurrence aux commerçants kényans. La directive devait initialement entrer en vigueur le 7 septembre.
La déclaration a provoqué une vive inquiétude parmi les communautés étrangères, particulièrement chez les Burundais. Certains ont craint une fermeture immédiate de leurs commerces et d’autres ont commencé à envisager leur retour dans leur pays.
Face à la panique provoquée par cette annonce, le gouvernement kényan a ensuite précisé sa position. Les autorités ont indiqué que les étrangers légalement établis et autorisés à travailler ou à exercer des activités commerciales ne seraient pas systématiquement exclus.
Le gouvernement a accordé 90 jours aux étrangers exerçant des activités commerciales pour régulariser leur situation, notamment en matière d’immigration, de permis de travail, d’enregistrement des entreprises et de licences commerciales. À l’issue de cette période, les exigences légales doivent être appliquées plus strictement.
Les autorités ont également assuré qu’elles ne toléreraient ni menaces, ni harcèlement, ni violences xénophobes contre les ressortissants étrangers. Le gouvernement a présenté cette période de 90 jours comme une possibilité pour les personnes en situation irrégulière de se mettre en conformité avec la loi.
Malgré ces assurances, l’inquiétude reste forte parmi les Burundais. À Nairobi comme à Kakuma, beaucoup redoutent que le débat sur la protection des petits commerçants kényans ne se traduise, sur le terrain, par une pression accrue sur les étrangers.
Le Kenya accueille environ 16 000 réfugiés et demandeurs d’asile burundais, selon les données citées par le HCR. Une partie d’entre eux dépend de petites activités commerciales pour assurer sa subsistance.
À Kakuma et dans son extension de Kalobeyei, où les réfugiés et les communautés d’accueil sont appelés à partager davantage les opportunités économiques dans le cadre des nouvelles politiques d’intégration, la principale crainte est désormais que les restrictions commerciales et les tensions autour de la présence étrangère ne fragilisent cette coexistence.
Pour les réfugiés burundais, le défi est donc double : pouvoir continuer à gagner leur vie légalement et rester en sécurité dans un contexte où le discours politique sur les activités économiques des étrangers s’est durci.
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Photo : Vue partielle de l’ambassade du Burundi dans le quartier de Kilimani, à Nairobi, où plusieurs ressortissants burundais se sont rendus ces derniers jours. © SOS Médias Burundi
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