Burundi : deux corps en deux jours à Bugendana, les soupçons de meurtre ravivent les inquiétudes
SOS Médias Burundi
Gitega, 9 octobre 2026 — Deux corps sans vie ont été découverts en l’espace de deux jours dans la commune de Bugendana, dans la province de Gitega, au centre du Burundi. Les circonstances de ces décès restent à établir. Alors que trois personnes ont été interpellées après la découverte du corps d’une femme de 48 ans, des habitants réclament des enquêtes crédibles pour faire la lumière sur les deux affaires.
Le corps de Pascasie Ntirampeba a été retrouvé mercredi 7 octobre dans une vallée située sur la colline Masango. Selon un témoin, la victime a été découverte dans un champ de haricots et de maïs. La même source affirme qu’elle aurait été ligotée et tuée avant que son corps ne soit abandonné sur place.
Le chef de la colline Masango, Léopold Ndayizeye, confirme la découverte. Il précise que les circonstances exactes du décès et le mobile éventuel ne sont pas encore officiellement établis. La piste d’un conflit foncier est toutefois évoquée parmi les hypothèses examinées.
Trois suspects interpellés
Selon Léopold Ndayizeye, trois personnes ont été arrêtées le jour de la découverte du corps. Il s’agit de Remegie et Thadée, présentés comme les deux frères de la victime, ainsi que d’Abel Sahimana, chef de la colline Mutaho.
Les trois suspects ont été conduits dans les cachots de la police à Mutaho, où ils sont détenus dans le cadre de l’enquête. Leur responsabilité éventuelle dans la mort de Pascasie Ntirampeba n’a pas été établie.
Un deuxième corps retrouvé la veille
La veille, mardi 6 octobre, le corps de Claver Mpamirubusa, âgé de 58 ans, avait été découvert au fond d’un ravin d’environ huit mètres de profondeur, sur la colline Nyangungu, dans la même commune.
Selon le chef de cette colline, Élie Hategekimana, l’homme aurait consommé des boissons prohibées avant de tomber dans le ravin. Cette explication est contestée par certains habitants, qui soupçonnent qu’il aurait pu être tué avant que son corps ne soit jeté dans la fosse.
Ces soupçons ne sont pas établis. Des habitants demandent néanmoins que les circonstances de sa mort soient examinées de manière indépendante afin de déterminer s’il s’agit d’un accident ou d’un acte criminel.
Près de 90 corps retrouvés ou cas d’assassinats signalés depuis janvier
La province de Gitega figure parmi les régions du Burundi touchées par la découverte récurrente de corps sans vie et par d’autres violations préoccupantes des droits humains. Ces faits alimentent les inquiétudes des habitants et ravivent les appels à des enquêtes crédibles pour établir les circonstances des décès, identifier les responsables présumés et lutter contre l’impunité.
D’après un décompte de SOS Médias Burundi, près de 90 corps ont été retrouvés ou des cas d’assassinats ont été signalés dans la province de Gitega depuis le début de l’année.
Le Rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits de l’homme au Burundi, Fortuné Gaëtan Zongo, a lui aussi alerté sur la persistance de graves violations des droits humains dans le pays. Dans ses rapports et ses interventions devant le Conseil des droits de l’homme, il a notamment évoqué des informations faisant état d’exécutions sommaires ou extrajudiciaires et de disparitions forcées. Il a appelé les autorités burundaises à mener des enquêtes approfondies, à poursuivre les responsables présumés et à mettre fin à l’impunité.
Les évêques catholiques dénoncent les morts inexpliquées
En juin dernier, la Conférence des évêques catholiques du Burundi (CECAB) avait exprimé sa préoccupation face à la découverte récurrente de corps sans vie dans différentes localités du pays. Dans leur communiqué, les évêques ont déploré que les auteurs de ces crimes ne soient pas identifiés et traduits en justice. Ils ont également dénoncé des situations de détention jugées préoccupantes et appelé au respect des droits fondamentaux.
Le président Évariste Ndayishimiye a vivement réagi à ces critiques. Le 16 juin, lors d’une réunion de la Commission nationale de protection sociale à Bujumbura, il a accusé certaines organisations de la société civile, en particulier l’Église catholique, de « politiser la pauvreté » et de se limiter à « huer l’État », leur reprochant de critiquer les autorités sans proposer suffisamment d’actions concrètes.
Alors que les circonstances des deux décès de Bugendana restent à éclaircir, les habitants attendent des enquêtes approfondies et impartiales afin que les faits soient établis et que les éventuels responsables soient identifiés et poursuivis.
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Photo : Des habitants de Gaterama, dans la commune de Bugendana, bloquent la route à l’aide de troncs d’arbres après la mort par balle d’un jeune homme lors d’une intervention policière, le 25 août 2026. © DR/SOS Médias Burundi
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