Rumonge : le CNDD-FDD accusé d’imposer des contributions et de priver des habitants d’accès à l’eau

Rumonge : le CNDD-FDD accusé d’imposer des contributions et de priver des habitants d’accès à l’eau

SOS Médias Burundi

Rumonge, 4 novembre 2026 — Des commerçants et des habitants de la commune portuaire de Rumonge, en province de Burunga, au sud-ouest du Burundi, dénoncent des contributions financières qu’ils jugent forcées pour financer la construction de la permanence communale du parti au pouvoir, le CNDD-FDD. Les collectes, organisées depuis septembre 2026, concerneraient aussi bien les militants du parti que les personnes qui n’y sont pas affiliées. Certains habitants affirment que des ménages n’ayant pas payé leur contribution sont empêchés de puiser de l’eau aux robinets publics de certains quartiers.

Selon des informations recueillies auprès de personnes concernées, des lettres de demande de financement ont été adressées à des commerçants, aux militants du parti ainsi qu’à ses amis et sympathisants.

Dans une correspondance adressée à certains commerçants, Laurent Nkengurutse, secrétaire communal du CNDD-FDD à Rumonge, indique que le budget estimatif nécessaire pour achever les travaux restants de la permanence dépasse 900 millions de francs burundais.

Selon ces correspondances consultées par SOS Médias Burundi, certains commerçants sont appelés à verser des contributions comprises entre un et cinq millions de francs burundais, au plus tard en janvier 2027. Les sommes doivent être déposées sur des comptes du CNDD-FDD ouverts dans des banques implantées dans la commune.

Dans ces lettres, le secrétaire communal du parti adresse également une mise en garde aux commerçants qui ne répondraient pas à cet appel au financement.

« Nous savons où vous travaillez, nous connaissons vos activités et nous vous donnons jusqu’au mois de janvier pour nous avoir déjà versé vos contributions », rapporte le contenu de certaines de ces correspondances.

Des commerçants interrogés considèrent ces propos comme des menaces. Ils s’interrogent sur la légitimité de leur sollicitation financière pour la construction d’une permanence d’un parti politique auquel ils n’appartiennent pas. À leurs yeux, le financement de cette infrastructure devrait reposer prioritairement sur les militants et les sympathisants du CNDD-FDD, sur une base volontaire.

Des contributions réclamées aux ménages

Les inquiétudes ne concernent pas uniquement les commerçants. Entre septembre et octobre 2026, les habitants de la commune portuaire de Rumonge auraient également été appelés à contribuer à hauteur de 2 000 francs burundais par ménage pour financer le même projet.

D’après des habitants, cette collecte ne ferait aucune distinction entre les membres du CNDD-FDD et les citoyens qui ne sont pas affiliés à ce parti.

Certains habitants affirment que des Imbonerakure, membres de la ligue des jeunes du parti présidentiel, ainsi que d’autres militants du CNDD-FDD empêcheraient les ménages n’ayant pas payé leur contribution de puiser de l’eau aux robinets publics de certains quartiers de la ville.

Des personnes concernées disent avoir fini par verser l’argent réclamé pour pouvoir accéder à ces points d’eau. Elles dénoncent une pratique qui pénalise les ménages en fonction de leur capacité ou de leur volonté de participer au financement d’une infrastructure politique.

Face à cette situation, des habitants demandent aux autorités communales de mettre fin aux collectes auprès des personnes qui ne sont pas membres du CNDD-FDD. Ils estiment que la participation au financement d’un projet partisan ne devrait en aucun cas conditionner l’accès aux services essentiels, notamment à l’eau potable.

Des autorités administratives mises en cause

Des sources proches des autorités administratives de la commune portuaire de Rumonge indiquent que les responsables locaux seraient au courant de ces collectes. Toutefois, selon ces mêmes sources, ils auraient des difficultés à intervenir contre les responsables du parti au pouvoir, dont ils sont eux-mêmes issus.

Cette situation soulève des interrogations sur le rôle des autorités administratives dans la protection des citoyens contre les pressions liées au financement des activités des partis politiques.

Pour les commerçants et les habitants concernés, la construction d’une permanence partisane ne devrait pas devenir une obligation financière imposée à toute la population, encore moins une condition pour accéder à l’eau potable. Ils demandent que les contributions reposent sur le volontariat et que les services essentiels restent accessibles à tous, sans distinction d’appartenance politique ni de capacité à payer.

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Photo : La photo, prise en 2022, montre une permanence du CNDD-FDD restée inachevée dans la région de Kirundo, au nord du Burundi. Dans la commune portuaire de Rumonge, en province de Burunga, au sud-ouest du Burundi, des commerçants et des résidents dénoncent des contributions forcées pour la construction d’une permanence communale du parti au pouvoir. © SOS Médias Burundi

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