SOSUMO : trois responsables entendus après la disparition inexpliquée d’un ingénieur
SOS Médias Burundi
Rutana, 4 novembre 2026 — La disparition d’un ingénieur de la Société sucrière du Moso (SOSUMO), dans la province de Burunga, au sud du Burundi, suscite des interrogations au sein de l’entreprise. Trois responsables de la société ont été entendus mardi 3 novembre par le parquet général près la Cour d’appel de Makamba. L’ingénieur reste introuvable depuis le 30 octobre.
Ismaël Mugisha, ingénieur et chef adjoint du service de maintenance des équipements agricoles (MEA) à la SOSUMO, a disparu vendredi 30 octobre. Il résidait dans les logements de la société, sur la colline de Gihofi, dans la zone de Gihofi, commune de Rutana.
Selon des informations recueillies auprès de ses proches, Mugisha a quitté son domicile vers 7 heures du matin pour se rendre au travail. Il avait expliqué à sa famille qu’il devait d’abord effectuer le pointage biométrique avant de revenir chercher son téléphone portable, en panne depuis plusieurs jours, puis retourner à son poste.
Depuis ce départ, sa famille est sans nouvelles de lui.
Les circonstances de sa disparition restent floues. Ce matin-là, de fortes pluies s’abattaient sur la région. Certains de ses collègues affirment l’avoir vu ouvrir puis fermer son bureau, tandis que d’autres disent ne pas l’avoir aperçu. Ses derniers déplacements connus ne sont donc pas clairement établis.
Des désaccords autour de la maintenance des équipements
L’ingénieur travaillait à la SOSUMO depuis environ quatre ans. D’après plusieurs témoignages recueillis au sein de l’entreprise, des désaccords existaient autour de la gestion et de la maintenance des équipements agricoles.
Des sources internes expliquent que certains équipements pouvaient être remis en état par le remplacement de pièces défectueuses, plutôt que par l’achat de nouvelles machines. Mugisha aurait défendu cette option lorsque les réparations étaient techniquement possibles.
Des collègues évoquent des soupçons de mauvaise gestion et de possibles malversations dans les opérations d’entretien et d’acquisition du matériel. Ces accusations n’ont toutefois pas été établies par la justice.
Parmi les responsables cités dans les témoignages figurent Arnaud Nikuze, chef du service de maintenance et supérieur hiérarchique de Mugisha, Jean Claude Ntwari, directeur de l’agriculture, ainsi qu’Aimé Clovis Irakoze, responsable du service juridique.
Selon des sources internes, Irakoze aurait appelé l’ingénieur jeudi 29 octobre, soit la veille de sa disparition. Le contenu de cet échange n’est pas connu et aucun élément ne permet, à ce stade, d’établir un lien entre cet appel et la disparition.
Des collègues affirment également que Mugisha leur avait confié se sentir menacé par certains d’entre eux. Ces témoignages restent à vérifier dans le cadre des investigations.
Trois responsables entendus par le parquet
Le dimanche 1er novembre, deux jours après la disparition, la direction de la SOSUMO a fait diffuser une annonce dans des églises de Gihofi pour signaler que l’ingénieur était introuvable.
Cette démarche a suscité des critiques de la part de certains employés, qui estiment que les recherches auraient dû être engagées plus rapidement et que la direction aurait dû communiquer davantage sur les circonstances de la disparition. Certains s’interrogent également sur la forme de l’annonce, notamment l’absence de nom ou de cachet clairement identifiable du signataire.
Lundi 2 novembre, des agents du Service national de renseignement (SNR) en province de Burunga ont commencé des investigations. Ils se sont notamment rendus auprès de la direction de la SOSUMO et au domicile de l’épouse de l’ingénieur pour recueillir des informations sur son départ et les personnes qui l’auraient vu pour la dernière fois.
Mardi 3 novembre, Arnaud Nikuze, Jean Claude Ntwari et Aimé Clovis Irakoze ont été entendus par le parquet général près la Cour d’appel de Makamba, en province de Burunga, où est implantée la société.
L’audition a été conduite par Armand Bisesere, responsable de ce parquet. Les trois responsables sont arrivés à bord de véhicules officiels et ont regagné leur domicile après leur audition. Leur convocation ne constitue pas, en elle-même, une preuve d’implication dans la disparition de l’ingénieur.
La directrice générale de la SOSUMO, Rose Bahimbare, entretenait, selon des sources internes, des relations professionnelles relativement bonnes avec Mugisha. Les mêmes sources évoquent des divergences entre elle et certains responsables des services de l’agriculture et de la maintenance. Ces informations n’ont pas été confirmées officiellement.
Originaire de la colline de Gikurazo, dans l’ancienne commune de Mabanda, aujourd’hui intégrée à la commune de Nyanza, en province de Burunga, Mugisha est marié depuis un an et quatre mois et père d’un enfant. Selon des personnes qui le connaissent, il n’est membre d’aucun parti politique.
Les organisations de défense des droits humains alertent sur les disparitions forcées
La disparition de l’ingénieur de la SOSUMO intervient dans un contexte où les organisations de défense des droits humains dénoncent régulièrement les disparitions forcées, les exécutions extrajudiciaires, les actes de torture et les arrestations arbitraires au Burundi. Elles pointent notamment le manque d’enquêtes indépendantes, l’impunité et l’absence de réponses judiciaires dans plusieurs affaires. Elles réclament que les auteurs présumés de violations soient identifiés et traduits en justice.
Ces préoccupations sont également exprimées par Fortuné Gaëtan Zongo, Rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l’homme au Burundi. Dans ses interventions devant les instances onusiennes, il a notamment fait état d’informations faisant état de disparitions forcées, d’exécutions sommaires ou extrajudiciaires, de tortures et de mauvais traitements. Il insiste sur la nécessité d’enquêtes indépendantes et d’une lutte effective contre l’impunité.
Dans le cas de l’ingénieur de la SOSUMO, la priorité demeure de le retrouver vivant et d’établir les circonstances exactes de sa disparition. Sa famille reste sans nouvelles de lui, tandis que les investigations se poursuivent.
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Photo : Ismaël Mugisha, cadre de la SOSUMO, porté disparu depuis plusieurs jours. © DR/SOS Médias Burundi
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