INTERVIEW EXCLUSIVE : Aline Ndenzako, la nièce du Prince Rwagasore dénonce la «débaptisation» du stade Prince Louis Rwagasore


Ndanzako Rwagasore Mwambutsa

Pour la fondatrice de l’association «mémoires communes, avenir commun», le changement du nom du stade est une négation de l’importance de l’indépendance du Burundi. C’est donner peu d’importance aux raisons pour lesquelles le Prince Louis Rwagasore a été assassiné. (SOS Médias Burundi)

Dans une interview accordée à SOS Médias Burundi, la nièce de Rwagasore ne parle pas de modification du nom du stade Prince Louis Rwagasore mais plutôt de « débaptisation » initiée par le président Nkurunziza. « Parce que ce n’est pas un acte anodin. Elle assure que l’acte de débaptiser le stade sonne pour elle comme la négation des raisons pour lesquelles le stade portait ce nom. Il s’agit de banaliser le combat du prince Louis Rwagasore. C’est donner peu d’importance aux raisons pour lesquelles il a été assassiné.

«Rwagasore n’est pas mort de sa belle mort, il est mort pour sa patrie. Il a été tué pour le combat qu’il a mené. Il est mort pour que les injustices qui sont en train de s’installer cessent. Il est mort pour l’unité des Burundais. Il est mort pour que l’on ne tombe pas dans le piège du colon qui était la haine et la division», martelle la nièce de Rwagasore.

La petite fille du roi Mwambutsa estime que l’acte de débaptiser ce stade donne des indications sur la volonté d’effacer l’unité. Chaque année le défilé à l’occasion de l’indépendance avait lieu à ce stade. Chaque année était rappelé qu’un homme est mort pour les valeurs pour lesquelles il croyait, des valeurs qui unissaient les Burundais.

Aujourd’hui en débaptisant ce stade c’est nier l’importance de l’indépendance du Burundi. Quand on crée un symbole, c’est très important. C’est pour ancrer quelque chose d’important dans la mémoire collective. C’est un acte qui est réfléchi, il y a des raisons pour lesquelles ça a été fait et moi ce que je ressens c’est nier vraiment l’importance qu’a le sacrifice de Rwagasore

Mme Ndenzako

Aline Ndenzako constate que beaucoup de symboles ont été créés ces dernières années sur tout le territoire. Ce sont des symboles créés clairement pour «unifier» la majorité de la population autour de Nkurunziza dans cette période où nous allons vers les élections. « Il veut faire plaisir peu importe que ça divise », assure-t-elle.

Selon elle, réécrire l’Histoire du pays n’est pas le rôle des politiques. Elle estime qu’il faut laisser aux historiens cette tâche. Ce travail leur revient de plein droit, en toute intégrité. Aux politiques de trouver des solutions aux problèmes que rencontrent les Burundais. «Quand un politique est en manque de solution pour résoudre les problèmes de son peuple, il peut facilement s’accrocher à l’Histoire et c’est un peu fuir ses responsabilités», fait savoir la nièce de Rwagasore.

Procéder à des changements de noms des rues et endroits peut ne pas être une priorité en pleine crise. «Probablement que pour Nkurunziza, c’est le moment de réinventer le Burundi pour garder un rôle central dans l’avenir du pays. Mais les préoccupations des Burundais sont tout autre. Ils sont fatigués d’être traités comme des vauriens. Ils veulent avoir le choix de leur vie. Ils ne sont pas à la recherche d’un demi-dieu. Exacerber les peurs et les divisions ne peuvent que nous mener à la catastrophe».

Pour que les Burundais restent soudés, d’après la fondatrice de l’association «mémoires communes, avenir commun», il faut continuer de résister à cette vague de division. Dans les actes que les individus posent tous les jours, il est clair que les Burundais refusent cette division. «Avec notre association, nous voulons écrire notre Histoire, en parler pour essayer de comprendre à quel moment nous commençons à avoir peur de l’autre. Nous ferons appel à l’extérieure mais c’est nous qui écrirons notre Histoire», assure Aline Ndezako.

«Nous voulons nous regarder dans un miroir, reconnaître nos propres responsabilités pour qu’ensemble nous puissions trouver des pistes pour un avenir heureux pour chaque Burundais. Une fois le travail fait, nous ferons en sorte qu’il soit accessible à tous les Burundais indépendamment des appartenances sociales, de classe politique, etc… Et que tout le monde puisse y puiser les ressources nécessaires pour vivre ensemble au quotidien», conclut-elle.

Le premier juillet 2019, lors de la célébration du 57 ème anniversaire de l’indépendance du Burundi, le président Nkurunziza a modifié les noms de plusieurs infrastructures dont le stade Prince Louis Rwagasore qui portait le nom du héros de l’indépendance.