Burundi-ONU: la commission d’enquête de l’ONU note peu d’améliorations sur les droits de l’homme au Burundi


Trois commissaires de l’ONU qui enquêtent sur les droits de l’homme au Burundi ont dressé un bilan largement négatif ce jeudi. Lors d’une conférence de presse animée depuis Genève sur video-conférence, leur commission a déploré l’absence de volonté de la part du nouveau gouvernement burundais de protéger les défenseurs de droits de l’homme, les journalistes, les opposants et activistes de la société civile. (SOS Médias Burundi)

Les trois enquêteurs ont sorti un quatrième rapport sur la situation des droits humains dans la nation de l’Afrique de l’est.

Volumineux de plus de 150 pages, ce rapport dresse un bilan sombre en matière de violation de droits de l’homme.

“La Commission n’a pas relevé de signes d’amélioration tangibles de la situation des droits de l’homme malgré les déclarations à cet effet du nouveau chef d’État burundais”, a déclaré Doudou Diène, président de la commission.

Pour cette commission, rien n’est surprenant. “Aucun indice n’indique que le niveau des violations des droits de l’homme ait diminué sous le nouveau gouvernement. Et puis, certaines personnes soumises à des sanctions internationales pour leur responsabilité présumée dans des violations en 2015 ont plutôt été nommées à des postes de responsabilité dans l’administration de Ndayishimiye”, ont souligné les trois commissaires onusiens.

Pourtant, selon eux, le contexte actuel devrait permettre une évolution des droits de l’homme.

“La question centrale de la commission et de la communauté internationale est de voir si les nouvelles autorités vont opérer des transformations profondes et durables sur la question des droits de l’homme au Burundi. Le nouveau régime devrait briller par l’excellence et se désolidariser des crimes du passé”, a fait savoir de sa part, Françoise Hampson, membre de la commission.

Complémentarité avec la CPI

La commission d’enquête a souligné que les détails contenus dans ses rapports sont utiles à la Cour Pénale Internationale pour mener à bon port ses enquêtes entamées en 2017.

“Notre mandat n’est pas accusatoire mais nos rapports sont à la dispositions de qui de droit. Nous ne faisons que documenter les violations des droits de l’homme, les auteurs, les cibles et victimes ainsi que les lieux de la commission de ces faits. Et c’est à la CPI d’utiliser ces détails pour voir si les faits constituent des crimes de droit international et établir des responsabilités”, a souligné Doudou Diène, complétant son collègue Francoise Hampson qui avait indiqué que “la commission a mené des contacts utiles” avec la CPI.

La commission d’enquête estime qu’il est important de poursuivre en justice, de manière exemplaire, les personnes impliquées dans des violations de droits de l’homme, sinon dissoudre les Imbonerakure.

Aux groupes rebelles d’opposition, la commission recommande de s’abstenir de tout acte violent.

Elle demande à la communauté internationale de ne pas lever des sanctions internationales avant tout procès tangible.

“À la communauté internationale, conformément à son devoir de vigilance, nous souhaitons que la reprise de la coopération internationale avec le Burundi et la levée des sanctions soient liées à des progrès tangibles en matière de droits de l’homme et de lutte contre l’impunité”, a noté la Camerounaise Lucy Asuagbor, membre de cette commission.

Réagissant sur le non accès sur le territoire national par ces enquêteurs, Lucy Asuagbor a indiqué que c’est un grand obstacle mais qui n’empêche nullement pas la commission de faire sont travail.

“Depuis le début, nous avons déjà reçu plus de 1500 témoignages en provenance du Burundi y compris des gens du pouvoir. Et cette année, nous en avons recueilli plus 300”, a-t-elle précisé.

Les autorités burundaises auront l’occasion de donner leur point de vue sur ce sombre tableau décrit par les enquêteurs onusiens, lors de la présentation du rapport le mercredi 23 septembre à Genève, devant le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies.

Toutefois, l’ambassadeur du Burundi à Genève, Tabou Renovat a toujours fustigé le travail de la commission d’enquête depuis sa création en 2016, la qualifiant de “canal des putschistes et des ennemis du pays”.

La nouvelle ministre en charge des droits de l’homme a indiqué que le « gouvernement burundais ne peut pas réagir sur un rapport qu’il n’a pas encore vu ».

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Photo: Evariste Ndayishimiye, le président de la République du Burundi, lors de la campagne électorale