Burundi: cinquième comparution des accusés dans l’affaire Ndadaye


Quatre anciens officiers supérieurs ont été entendus par les juges de la cour suprême en itinérance dans la capitale politique Gitega (centre du Burundi) ce jeudi. Dans le box des accusés, cinq anciens officiers supérieurs sur vingt individus poursuivis dans la même affaire. (SOS Médias Burundi)

Il s’agit du commissaire de police Ildephonse Mushwabure et les colonels Gabriel Gunungu , Laurent Niyonkuru ainsi qu’Anicet Nahigombeye.

Ils sont poursuivis dans un même dossier d’avoir joué un rôle dans l’assassinat de feu président Melchior Ndadaye, Hutu élu démocratiquement en 1993. Il a été assassiné le 21 octobre la même année, quelques mois après son élection.

Le ministère public les accuse « d’attentat contre le chef de l’État ,attentat contre l’autorité de l’État tendant à porter les massacres, dévastations et pillages ».

Le colonel Anicet Nahigombeye est poursuivi pour avoir « participé dans une réunion de préparation du renversement des institutions de la République, de produire un rapport transmis au ministre de la défense de l’époque, le colonel Charles Ntakije ». Un rapport qui, selon le ministère public a été à la base des « arrestations, de la mise en résidence surveillée et des assassinats des gouverneurs de province ».
Le ministère public l’accuse également d’avoir signé sur un procès verbal de planification des assassinats des cadres de la présidence, du service de renseignements d’alors connu comme documentation nationale et de l’Assemblée Nationale.

Appuyé par ses avocats Maître Antoine Nzobandora et Happy Ntwari, colonel Nahigombeye a rejeté toutes les accusations.

Il a fait savoir que pendant cette période, il ne figurait pas dans la chaîne de commandement de l’armée burundaise. Et d’ajouter qu’il n’avait aucune fonction allant dans ce sens. « Je travaillais comme conseiller au ministère de la défense nationale chargé des opérations et formations militaires », a-t-il précisé.

S’agissant d’un procès verbal dont il est signataire, selon le ministère public, le concerné a indiqué à la cour que c’est un document monté de toutes pièces.
« Le 11 octobre 1993 quand le document a été signé, j’étais major mais pas au grade de colonel comme le document l’indique », s’est-il défendu.

Toutefois, le concerné a dit à la cour qu’il a été désigné pour « réparer les pots cassés » après le putsch.
« J’ai fait partie des officiers pacificateurs dans la province de Ruyigi (est du Burundi) »,a-t-il indiqué.
Et de rappeler qu’il partageait le même appartement avec le gouverneur de l’époque.

Le représentant du ministère public a accusé le colonel Laurent Niyonkuru d’avoir participé dans la « planification du putsch afin de déstabiliser les institutions de la République, d’avoir signé sur un document d’une réunion y relative ».
L’intéressé est assisté par trois avocats: Antoine Nzobandora, Éric Niyonkuru, et Happy Ntwari. Ils ont démontré que leur client n’avait pas de main mise sur les troupes en 1993.
Quant au document que le ministère public l’accuse d’avoir signé, il le qualifie « de faux et archi faux ».

« Il est indiqué dans le dossier que j’ai signé en tant que colonel alors que j’ai été promu en 1998, soit cinq ans plus tard », a clarifié l’accusé.

Quant au colonel Gabriel Gunungu, il lui a été reproché d’avoir participé dans des réunions de préparation du putsch et d’avoir signé un document comme ses coaccusés dans cette affaire et supervisé les mutins.
Il a également été accusé par le ministère public d’avoir organisé des camps de regroupement dans la province de Karusi (centre-est) où il fut gouverneur.

Le concerné a rejeté toutes les accusations. Il a dit qu’il n’était plus au commandement des bataillons.

Dans cette affaire relative à l’assassinat du tout premier président Hutu démocratiquement élu au Burundi, le commissaire de police Ildephonse Mushwabure a été accusé de « traîtrise ». Le ministère public l’accuse de n’avoir pas été à mesure de protéger le président alors qu’il commandait une compagnie de la garde présidentielle.

Lui et son avocat en la personne de Sylvestre Kiyuku, ont tenu à préciser qu’il a plutôt résisté contre les mutins la nuit du putsch jusqu’à l’aube.

Les autres individus poursuivis dans le dossier Ndadaye, tous des anciens officiers supérieurs et dignitaires dont l’ancien président Pierre Buyoya, actuel représentant de l’Union Africaine au Sahel et au Mali n’ont pas comparu, n’étant pas au pays. Leurs avocats n’ont pas voulu plaider.