Nyarugusu (Tanzanie) : destruction des champs de cultures appartenant aux réfugiés burundais

Nyarugusu (Tanzanie) : destruction des champs de cultures appartenant aux réfugiés burundais

Plusieurs champs de réfugiés dans le camp de Nyarugusu ont été détruits depuis ce mercredi. Des jeunes gardiens de la paix tanzaniens ont démoli les champs sous la supervision du responsable du camp. Les réfugiés y voient une énième manière de les contraindre de rentrer. (SOS Médias Burundi)

C’est la désolation totale pour les réfugiés burundais du camp de Nyarugusu en Tanzanie après avoir assisté impuissamment à la destruction de leurs champs de maïs et de soja, depuis mercredi de cette semaine.

D’après les propriétaires de ces cultures, les jeunes gardiens de la paix communément appelés des “Sungusungu” ont coupé plusieurs récoltes dans les champs situés non loin du camp, sur la rivière Makele. L’ordre a été donné par le président du camp, surnommé “Makazi”.

“Il a lui même supervisé cette activité que des jeunes tanzaniens exécutaient avec enthousiasme et moral. Ils ont utilisé des machettes neuves qui brillaient. C’est vraiment dommage. Cela nous rappelle les barbaries que nous avons fui chez nous. Certains ont été affectés psychologiquement”, disent des réfugiés burundais.

En tout six zones du camp sont touchées à savoir la zone 8, 9, 10, 11, 12 et 13. Désemparés, ces Burundais expliquent qu’ils ne peuvent rien faire. “C’est un crime puni par loi et qui relève d’une méchanceté extrême, la destruction méchante. Ils le font sciemment. C’est pour nous montrer que nous n’avons plus de place ici”, ont-ils lâché.

Ce qui est étonnant, indiquent des réfugiés, c’est que la partie qu’occupent les réfugiés congolais dans ce camp de Nyarugusu n’a pas été touchée par les destructions.

L’administration dudit camp, comme d’ailleurs celles de Nduta et Mtendeli, deux autres camps de réfugiés burundais, avaient mis en garde ces Burundais qu’il ne leur est plus permis de faire des activités agricoles. La Tanzanie leur a signifié que ce genre d’activité est réservé “aux gens qui ont plus de temps pour vivre en Tanzanie”.

“Ces autorités ont d’ailleurs insinué que nous devons aller faire ce genre d’activité chez nous, où nous avons des propriétés foncières et où nous sommes obligés de vivre”, laissent-ils entendre.

Ils craignent que le camp de Nyarugusu soit fermé. “En 2012, la fermeture du camp de Mtabila en Tanzanie a été précédé par de tels actes méchants de destruction des champs et maisons. C’est en tout cas le sort qui nous attend”, regrettent ces Burundais.

Le HCR tranquillise que ceux qui n’ont pas encore senti le souhait de rentrer seront toujours pris en charge. “Tout rapatriement doit être volontaire, et ceux qui ne veulent pas ou ne peuvent pas rentrer doivent être autorisés à rester en Tanzanie”, a expliqué Tina Ghelli, Conseillère principale en communication au Bureau régional du HCR pour l’Est, la Corne et les Grands Lacs en Afrique. “Certains réfugiés peuvent craindre avec raison de ne pas chercher à rentrer chez eux à l’heure actuelle et devraient continuer à bénéficier d’une protection internationale. Le HCR appelle toutes les parties à continuer de respecter ces engagements ”, recommande le bureau régional de cette Agence Onusienne pour les réfugiés.

Madame Tina Ghelli rappelle qu’en novembre 2019, la Commission tripartite a tenu sa 21ème réunion et a réaffirmé que les retours au Burundi continueraient d’être facilités conformément aux principes régissant le rapatriement librement consenti.

Très récemment, la Commission Africaine des droits de l’homme et des peuples a rendu public un rapport accablant sur les violations des droits des réfugiés burundais en Tanzanie. Elle a dénoncé des disparitions forcées, des arrestations arbitraires, des tueries et des restrictions aux droits élémentaires. L’Union Africaine a appelé le pays hôte à se ressaisir.

La rapporteure spéciale sur les réfugiés, les demandeurs d’asile, les déplacés internes et les migrants en Afrique de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, s’est dit particulièrement préoccupée par des manœuvres d’intimidation à l’endroit des réfugiés burundais afin de les pousser à quitter le pays.

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