Burundi : le lac Tanganyika se déchaine, crainte des autorités

Burundi : le lac Tanganyika se déchaine, crainte des autorités

Le niveau des eaux du lac Tanganyika est situé maintenant à 776 mètres, soit une montée de deux mètres. La dernière montée du plus doux lac remonte à 1964 avec pour conséquence l’inondation de plusieurs endroits de la capitale économique Bujumbura et ses environs. L’institut géographique du Burundi (IGEBU) et la plateforme nationale de gestion des catastrophes alertent. Des habitants dont le nombre reste indéterminé devront être délocalisés. (SOS Médias Burundi)

Les principales causes de la montée des eaux du lac Tanganyika sont : les eaux pluviales, la rivière Rukuga, seul exutoire du lac qui est presque débordée ne pouvant plus évacuer de grandes quantités de l’eau, la destruction de l’environnement, l’activité humaine,…

Selon l’institut géographique du Burundi, la situation est alarmante. «Nous remarquons que cette année ressemble à l’année 1964. Les données sont presque similaires. Même la pluviométrie de l’époque était la même que celle d’aujourd’hui. Nous pensons que si la pluviométrie continue au même rythme, nous aurons à assister donc au phénomène similaire à celui de 1964», a annoncé le directeur général de l’IGEBU Augustin Ngenzirabona.

Et d’alerter, «Ce qu’il faut faire, il faut prévenir les gens à temps pour qu’ils puissent quitter les endroits (menacés) pour pouvoir ne pas être emportés par les dégâts occasionnés par cette montée des eaux ».

Zones de Bujumbura menacées

Il s’agit de Kibenga dans le sud qui est déjà immergée, de différents endroits se trouvant non loin du port de Bujumbura (centre), Kajaga non loin de l’aéroport de Bujumbura en commune de Mutimbuzi dans la province de Bujumbura.

M. Ngenzirabona n’y va pas par quatre chemins. «Là vraiment on ne peut pas reculer, ça va continuer jusqu’à ce que le niveau du lac baisse. Alors, dire que le niveau du lac va baisser aujourd’hui ou demain, ça serait une aberration. On ne sait pas ce que nous réserve le temps mais d’ores et déjà, vous voyez que toute cette zone se trouve à une altitude inférieure à celle du lac Tanganyika. Il faut voir comment ne pas occuper cette zone car c’est une zone qui représente un grand danger pour la population», a-t-il analysé dans un court point de presse.

Le niveau normal des eaux du lac Tanganyika est de 774 mètres, il est aujourd’hui à 776. Des conséquences commencent à se manifester. «Nous avons vu l’impact de cette montée du lac Tanganyika qui est assez préoccupante. Des ménages ont déjà quitté leur maison. À Rumonge, quand le gouverneur nous a saisis, il nous parlait de 264 ménages, mais quand on y est allé, nous avons compté 482 ménages, et je dois affirmer que ces ménages sont en nombre croissant. Nous avons aussi vu qu’il y a des ménages qui se sont déplacés en commune de Muhuta, la semaine dernière on avait plus de 240 ménages. Dans la commune de Bugarama, on avait plus de 750 ménages en déplacement », a indiqué Anicet Nibaruta, responsable de la plateforme nationale en charge de la gestion des catastrophes ce lundi en marge des activités de protection de la rivière Mutimbuzi, l’une des principales se jetant dans le lac Tanganyika.

Conférence des experts

L’avenue du Japon, une route joignant le port de Bujumbura au cercle nautique est fermée à la circulation depuis le 12 avril suite à la montée des eaux du lac Tanganyika. M. Nibaruta propose aussi la suspension de la circulation pour les poids lourds sur la chaussée d’Uvira qui relie la capitale économique à la ville d’Uvira dans la province du Sud-Kivu à l’est de la RDC.

Mais sa plateforme ne limite pas les efforts seulement là. «Nous, à la plateforme nationale, nous allons organiser une conférence-débat où nous allons inviter des experts pour qu’ils puissent contribuer et fournir des propositions sur ce qui pourrait être fait pour une bonne gestion de cette situation », a promis Anicet Nibaruta.

Le responsable de la plateforme nationale en charge de la gestion des catastrophes qui n’exclut pas l’usage de la force pour contraindre les gens à quitter les zones à risque conseille la population proche du lac à prendre au sérieux la menace. «Nous lançons un appel à toute la communauté, la population qui est affectée par cette montée d’eau de quitter les zones inondées pour se mettre à l’abri parce que la montée des eaux du lac survient avec des animaux aquatiques comme les hypopotames et crocodiles qui pourraient menacer la vie de l’homme», a-t-il insisté.

Avec presque 17% de l’eau douce au niveau de la planète, le lac Tanganyika est une source de vie pour des millions de personnes. Ce lac le plus long du monde avec 673 kilomètres et le deuxième plus profond avec 1470 mètres reste parmi les plus menacés au monde.

Déjà en 2017, Global Nature Fund, une fondation à vocation environnementale nommait Tanganyika comme «le lac le plus menacé de l’année». En avril 2020 quand la montée des eaux du Tanganyika a commencé à s’accélérer, plus de 25.000 personnes ont été obligées de quitter leur ménage.

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Photo : des vagues sur le lac Tanganyika, avril 2016

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