Cibitoke : quand la spoliation des terres poussent les propriétaires à l’exil

Cibitoke : quand la spoliation des terres poussent les propriétaires à l’exil

Dans une période ne dépassant pas trois mois, plus de 300 personnes ont fui les communes de Rugombo et Buganda dans la province de Cibitoke (nord-ouest du Burundi). Elles ont décidé de s’exiler suite à la spoliation de leurs terres, aujourd’hui occupées par des hauts dignitaires. Les concernés se sont dirigés en République Démocratique du Congo. L’administration provinciale minimise l’affaire. (SOS Médias Burundi)

Ils sont au moins 350 habitants des communes de Rugombo et Buganda de la province Cibitoke à avoir fui en moins de 3 mois et à avoir trouvé refuge au site de transit de réfugiés de Sange dans la plaine de la Rusizi, territoire d’Uvira dans la province du Sud-Kivu à l’est de la RDC.

Selon diverses sources concordantes, ces habitants ont pris le chemin de l’exil après avoir été arbitrairement expulsés de leurs terres.

« Je suis propriétaire de 6 hectares dans la localité de Mbaza-Miduha de la colline de Rukana, commune de Rugombo. J’ai été sommé de vider les lieux sur ordre de la COGERCO (Compagnie de gérance du coton) , arguant qu’il s’agit d’un domaine de l’État, alors que j’y vivais depuis plus d’un demi-siècle », s’indigne un octogénaire joint par téléphone de l’autre côté de la Rusizi.

L’administrateur de la commune de Rugombo y possède pour le moment des champs de cultures variées.

Même son de cloche pour cet homme de la commune de Buganda, père de 10 enfants, qui a franchi la frontière avec toute sa famille, il y a un mois.

Selon ses propos, « sur ordre des autorités locales, il a été contraint de quitter sa propriété foncière héritée de son arrière-grand-père ». L’argument avancé sans aucune preuve tangible est qu’il exploite une propriété foncière appartenant à l’Etat.

Nos sources font savoir que sans terre à cultiver et suite à la famine, certains habitants sont contraints de fuir.

Tous ces demandeurs d’asile demandent au HCR une assistance en vivres et en matériel de couchage. Ils veulent aussi être transférés dans un camp de réfugiés pour en avoir le statut.

Selon plusieurs sources, la plupart des terres ainsi récupérées se retrouvent dans les mains de dignitaires -militaires, policiers et civils proches du parti présidentiel.

« Ce sont des mensonges montés de toute pièce pour nous voler nos terres », se lamente une source administrative à la base.

Cette dernière donne l’exemple des immenses étendues de terres appartenant au Complexe Agro Industriel de Rugombo (RUGOFARM) mais spoliées par la CNTB (Commission des Terres et autres biens) en faveur de l’Etat.

« Au départ, tout portait à croire que les simples paysans allaient avoir le droit d’exploiter ces terres, mais seuls les hauts cadres proches du parti CNDD-FDD y possèdent de grandes étendues de terre au grand dam des paysans », regrette un jeune homme de Rugombo qui est pour le moment dans le site de transit de Sange.

Le gouverneur de Cibitoke invite quant à lui la population au respect des mesures de l’Etat et lui demande de restituer les terrains appartenant au domaine public.

À propos des anciens domaines fonciers de RUGOFARM, Carême Bizoza fait savoir qu’ils sont pour le moment exploités par des agriculteurs regroupés dans des coopératives Sangwe (dominées par les militants du parti présidentiel). Toutefois, cette autorité refuse de commenter sur les informations faisant état d’une mainmise de hauts dignitaires militaires et politiques proches du parti au pouvoir sur la plupart des terres de ce complexe. Il indique que ce sont des mensonges.

___________________

Photo : des membres des familles qui ont trouvé refuge à Sange après la spoliation de leurs terres

Previous Gasorwe : les abandons scolaires montent en flèche et inquiètent les responsables de l’éducation
Next Mahama (Rwanda) : hausse exponentielle des prix des denrées alimentaires

You might also like

Société

Burundi : le chef de l’État demande le concours de l’église catholique pour un développement durable

Entouré des évêques des différents diocèses du Burundi, monseigneur Simon Ntamwana , archevêque de Gitega a prêché le pardon mutuel et la réconciliation. C’était ce samedi en marge de la

Société

Enseignement au Burundi : des députés alertent sur une dégradation alarmante du système éducatif

SOS Médias Burundi Autrefois cité en exemple en Afrique centrale et de l’Est, le système éducatif burundais traverse aujourd’hui une crise profonde. À l’Assemblée nationale, plusieurs députés ont tiré la

Société

Nyanza-Lac : la crise de leadership à l’Eusebu persiste

Depuis des mois, il y a une crise de leadership au sein de l’Eusebu (Église pour l’unité du Saint Esprit au Burundi) en commune de Nyanza-Lac (province de Makamba, sud