Kirundo : l’hôpital sans direction depuis deux mois, les activités paralysées
SOS Médias Burundi
Kirundo, 28 octobre 2025 – Depuis le départ du Dr Prosper Nimubona, ancien directeur de l’hôpital de Kirundo en province de Butanyerera au nord du Burundi, au début du mois d’août 2025, cet établissement public fonctionne au ralenti. Le médecin s’est envolé pour la France afin de poursuivre des études de spécialisation, mais plusieurs zones d’ombre entourent son départ.
Selon des sources internes à l’hôpital, le ministère de la Santé publique et de la Lutte contre le Sida aurait dépêché une équipe d’inspection après avoir reçu des plaintes liées à sa gestion. Le rapport préliminaire ferait état de nombreuses irrégularités et malversations financières.
Des soupçons de détournement et de mauvaise gestion
L’un des points les plus controversés du rapport concerne l’entretien des véhicules de l’hôpital. D’après les témoignages recueillis, plusieurs voitures ont été envoyées à Ngozi, à plus de 60 kilomètres, pour des réparations ou de simples vidanges, alors que des garages existent à Kirundo.
« Imaginez-vous faire des réparations de simples pannes jusqu’à Ngozi alors qu’à Kirundo il y a des mécaniciens ! C’est grave ! Le médecin directeur mériterait d’être sanctionné », a confié un médecin généraliste sous couvert d’anonymat.
Plusieurs membres du personnel décrivent le Dr Nimubona comme autoritaire et solitaire, refusant tout conseil. D’autres sources indiquent qu’il aurait quitté précipitamment Kirundo pour se réfugier à Bujumbura, craignant d’éventuelles poursuites administratives.
Un hôpital paralysé par l’absence de direction
Depuis deux mois, aucun médecin directeur n’a été officiellement nommé pour remplacer le Dr Nimubona. Cette vacance du poste a des conséquences directes :
Les contractuels n’ont pas été payés depuis août, faute de signature autorisée.
Les factures des particuliers et d’autres dépenses courantes sont bloquées.
Plusieurs activités médicales nécessitant des validations administratives sont suspendues.
En attendant la nomination d’un nouveau directeur, la gestion de l’hôpital est assurée par la gestionnaire récemment nommée, qui exerçait auparavant les mêmes fonctions au sein du district sanitaire de Busoni (même région), épaulée par d’autres responsables de services. Mais, selon plusieurs employés, cette direction provisoire ne permet pas de résoudre les problèmes urgents nécessitant l’aval d’un médecin directeur.
Un bras de fer politique autour de la direction
Une tentative de solution a pourtant été initiée. Une ancienne directrice de l’hôpital communal de Busoni avait été désignée pour assurer l’intérim à Kirundo. Mais, selon plusieurs témoins, les responsables du parti CNDD-FDD, le parti au pouvoir au Burundi, en province de Butanyerera, s’y seraient opposés, arguant qu’elle n’était « pas suffisamment connue » du parti.
Résultat : la médecin a été démise après une semaine et renvoyée à son ancien poste à Busoni.
La population appelle à une intervention urgente
Face à cette situation, la population de Kirundo exprime son ras-le-bol. Beaucoup dénoncent l’ingérence politique dans la gestion des structures sanitaires et appellent les autorités provinciales à réagir.
« Nous voulons un hôpital qui fonctionne normalement, pas une institution paralysée par des querelles politiques », s’indigne un habitant du centre urbain de Kirundo.
En attendant une décision du ministère de la Santé, l’hôpital de Kirundo reste sans capitaine, au grand désarroi du personnel et des patients.
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Photo : Une pancarte indiquant l’hôpital de Kirundo © SOS Médias Burundi
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