RDC : à Goma et Bukavu, les étudiants face au spectre d’une année académique sacrifiée

RDC : à Goma et Bukavu, les étudiants face au spectre d’une année académique sacrifiée

SOS Médias Burundi

Goma, 17 septembre 2026— À Goma, au Nord-Kivu, et à Bukavu, au Sud-Kivu, dans l’est du Congo, les étudiants réclament la reprise des activités académiques suspendues dans plusieurs établissements publics. Dans un mémorandum présenté mercredi 16 septembre, leurs représentants alertent sur les conséquences de cette interruption et demandent aux autorités de permettre aux milliers d’étudiants concernés de poursuivre leur formation.

« Les étudiants ne sont pas parties aux confrontations »

Les étudiants sont regroupés au sein de la Coordination interinstitutionnelle des représentants des étudiants du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Dans leur mémorandum, ils affirment que leur démarche est estudiantine, pacifique et apolitique.

Ils soutiennent ne pas être responsables des différends politiques ou militaires qui affectent leurs régions et estiment ne pas devoir être privés de leur formation en raison de circonstances indépendantes de leur volonté.

Le document a notamment été adressé au gouvernement congolais, à l’Assemblée nationale, aux Nations unies, à l’UNESCO, à l’UNICEF ainsi qu’à l’AFC-M23.

Les représentants estudiantins demandent l’annulation de la mesure de suspension et la reprise des cours, travaux pratiques, examens, stages et activités de recherche. Ils réclament également une réorganisation du calendrier académique et des mécanismes de rattrapage pour les activités interrompues.

Onze établissements concernés

Le gouvernement congolais a suspendu jusqu’à nouvel ordre les activités académiques et para-académiques dans onze établissements publics d’enseignement supérieur et universitaire de Goma et Bukavu.

La mesure concerne notamment l’Université de Goma, l’Institut supérieur de commerce (ISC), l’Institut supérieur des techniques médicales (ISTM), l’Institut supérieur des techniques appliquées (ISTA) et l’Institut supérieur pédagogique (ISP) à Goma.

À Bukavu, elle touche notamment l’Université officielle de Bukavu, l’ISC, l’ISTM, l’ISP, l’Institut supérieur de développement rural (ISDR) et l’Institut supérieur d’administration et de management (ISAM).

La suspension porte sur les activités de l’année académique 2026-2027. Une exception concerne certains étudiants finalistes de l’année académique 2025-2026 dont le cursus n’avait pas encore été achevé.

Une suspension sur fond de tensions

La décision du gouvernement intervient dans un contexte de tensions autour de la gestion des établissements universitaires dans les deux villes.

Un représentant des étudiants lit le mémorandum de la Coordination interinstitutionnelle des représentants des étudiants du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, le 16 septembre 2026 à Goma, dans l’est de la République démocratique du Congo. ©SOS Médias Burundi
Un représentant des étudiants lit le mémorandum de la Coordination interinstitutionnelle des représentants des étudiants du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, le 16 septembre 2026 à Goma, dans l’est de la République démocratique du Congo. ©SOS Médias Burundi

Quelques jours avant la suspension, l’AFC-M23 avait annoncé la nomination de membres de comités de gestion dans plusieurs établissements d’enseignement supérieur de Goma et Bukavu. Kinshasa a rejeté ces nominations, estimant que le mouvement ne dispose pas de compétence pour procéder à de telles désignations dans les établissements publics.

Le gouvernement congolais a ensuite suspendu les activités académiques et para-académiques dans les établissements concernés. La mesure a été justifiée notamment par la situation sécuritaire et la nécessité de préserver la sécurité des étudiants et du personnel.

Goma et Bukavu sous contrôle de l’AFC-M23

Les villes de Goma, chef-lieu du Nord-Kivu et principale ville de l’est du Congo, et de Bukavu, chef-lieu du Sud-Kivu, sont contrôlées par l’AFC-M23 depuis janvier et février 2025 respectivement.

La coalition politico-militaire a installé des structures administratives parallèles dans les deux provinces. L’Alliance Fleuve Congo (AFC), composante politique de la coalition, est dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) de la RDC.

Kinshasa accuse le Rwanda de soutenir l’AFC-M23, ce que Kigali dément. Des rapports des Nations unies ont toutefois documenté le soutien militaire rwandais au M23.

Ce contexte pèse directement sur le fonctionnement des institutions publiques, notamment les établissements universitaires de Goma et Bukavu.

Cours, examens et stages à l’arrêt

Pour les étudiants, les conséquences dépassent l’interruption des cours.

Les travaux pratiques, les examens, les stages, les recherches ainsi que les défenses de mémoires sont également affectés. Les représentants estudiantins demandent donc que la reprise soit accompagnée d’une réorganisation du calendrier académique afin de récupérer les activités perdues.

Ils souhaitent également que les mesures de rattrapage permettent aux étudiants de poursuivre leur cursus sans compromettre la qualité de la formation.

La crainte d’une année académique compromise

Dans leur mémorandum, les étudiants mettent en avant les conséquences d’une interruption prolongée.

Ils redoutent notamment des retards importants dans les cursus et la possibilité que certains étudiants perdent une année académique. Selon eux, une longue période d’inactivité pourrait également avoir des conséquences sociales et économiques sur des milliers de jeunes.

Certains étudiants ont déjà commencé à chercher des solutions ailleurs. Des médecins stagiaires, notamment, se sont déplacés vers d’autres villes, dont Kisangani, Beni ou Butembo, afin de poursuivre certaines activités de leur formation.

Une demande adressée aux autorités et aux organisations internationales

Les étudiants demandent au gouvernement congolais de rapporter ou d’annuler la décision de suspension.

Ils sollicitent également l’implication des Nations unies, de l’UNESCO et de l’UNICEF dans la recherche de solutions permettant de concilier les impératifs de sécurité avec la continuité de l’enseignement supérieur.

Pour eux, les établissements universitaires doivent rester des espaces consacrés au savoir, à la recherche et à la formation, même dans un contexte de crise.

Préserver les parcours universitaires

La principale revendication des étudiants reste donc la reprise des activités académiques et para-académiques, accompagnée d’un calendrier réaménagé.

Ils demandent que les cours, examens, stages, travaux pratiques et activités de recherche interrompus puissent être récupérés afin de limiter les conséquences sur les parcours universitaires.

À Goma comme à Bukavu, l’enjeu est désormais de trouver les conditions permettant aux étudiants de reprendre leur formation, alors que les deux principales villes de l’est du Congo restent au cœur d’un conflit qui oppose Kinshasa à l’AFC-M23.J’ai conservé « chef-lieu du Sud-Kivu » plutôt que « capitale du Sud-Kivu », pour garder la même terminologie administrative que pour le Nord-Kivu.

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Photo : des étudiantes et étudiants de la ville de Goma participent à une cérémonie de collation des grades académiques. © SOS Médias Burundi

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