Photo de la semaine-Bujumbura : la psychose de l’empoisonnement alimente un business incontrôlé
La peur de l’empoisonnement gagne du terrain dans la capitale économique burundaise. Face à des maladies persistantes, de nombreuses familles abandonnent les structures de santé classiques pour se tourner vers des centres alternatifs aux méthodes controversées. Entre angoisse collective, injections douteuses et dépenses élevées, le phénomène inquiète.
Lorsqu’une maladie dure plusieurs semaines sans amélioration apparente, une suspicion revient fréquemment dans les discussions : celle d’un empoisonnement. Pour certains habitants, il ne s’agirait pas d’un simple problème de santé, mais d’un mal provoqué intentionnellement et que l’hôpital ne pourrait ni détecter ni soigner efficacement.
Des centres pris d’assaut
Les cas sont signalés dans plusieurs quartiers de la ville : Kamenge, Kinama et Buterere au nord, Buyenzi au centre, ou encore Kabezi à la périphérie sud. Un centre situé sur l’avenue Muyinga, en plein centre-ville à Rohero, attire particulièrement l’attention ces derniers jours.
Sur place, l’inquiétude est palpable. « Nous ne savons pas où nos enfants auraient pu attraper ce poison. Ils ne quittent presque pas la maison », confie une mère rencontrée devant le centre. Une autre personne affirme : « On peut même être contaminé par le vent. »
Des propos qui traduisent la peur et la confusion entourant ce phénomène.
Un “test” à 5 000 FBu
Selon des témoignages recueillis, les patients sont d’abord enregistrés avant de subir un “test” consistant à placer une bande autour du bras. Après environ trente minutes, il leur est annoncé s’ils ont du poison dans l’organisme ou non.
Le coût du test est fixé à 5 000 FBu. En cas de résultat positif, les médicaments sont facturés à environ 55 000 FBu. Le patient reçoit alors une injection, parfois accompagnée d’une perfusion intraveineuse ou d’injections sous-cutanées. Un rendez-vous est souvent programmé pour une injection supplémentaire.
De sérieuses interrogations
Plusieurs témoins affirment que ces injections sont administrées par des personnes dont les qualifications médicales ne sont pas clairement établies. L’usage irrégulier de matériel de protection et la prise en charge d’enfants dans ces conditions soulèvent des inquiétudes.
Des questions demeurent :
Les personnes qui pratiquent ces injections disposent-elles d’une formation reconnue ?
Les produits administrés sont-ils homologués par les autorités sanitaires ?
Les méthodes de détection utilisées reposent-elles sur une base scientifique validée ?
En l’absence d’informations officielles, le doute persiste.
Un lourd impact économique
Au-delà des risques sanitaires, la crainte de l’empoisonnement a un coût. Entre les frais de test, les injections répétées et les médicaments, les dépenses s’accumulent rapidement. Pour des ménages aux revenus modestes, ces charges peuvent conduire à l’endettement.
Face à la multiplication des cas, plusieurs voix appellent les autorités sanitaires à enquêter sur ces pratiques et à encadrer strictement les activités de ces centres.
Entre croyances populaires et absence de contrôle visible, la psychose de l’empoisonnement révèle un vide inquiétant dans la régulation des soins à Bujumbura — un vide dont les familles paient aujourd’hui le prix.
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Notre photo : plusieurs habitants de Bujumbura dans un corridor du centre de Rohero, en attente d’être reçus pour un “test” d’empoisonnement présumé © SOS Médias Burundi
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