Burundi : 17 ans après, l’Olucome réclame toujours justice pour Ernest Manirumva
SOS Médias Burundi
Bujumbura, 11 avril 2026 — Dix-sept ans après l’assassinat d’Ernest Manirumva, l’Olucome continue de dénoncer l’inaction de la justice burundaise. Lors d’un point de presse tenu ce jeudi, son président Gabriel Rufyiri a fustigé l’absence de volonté politique pour faire toute la lumière sur ce crime emblématique.
Face aux médias, Gabriel Rufyiri a estimé que la justice du Burundi n’a jamais démontré une réelle volonté d’élucider l’assassinat de Manirumva. Il appelle les autorités judiciaires à redoubler d’efforts afin que la vérité soit enfin connue, non seulement pour la famille de la victime, mais aussi pour l’ensemble des défenseurs des droits humains.
« Il est regrettable de voir des personnes être tuées sans que la vérité ne soit établie », a-t-il déploré, rappelant que le Burundi est signataire de plusieurs conventions internationales relatives aux droits humains, également consacrées dans la Constitution.
Un dossier au point mort
L’Olucome affirme que l’enquête n’a connu aucune avancée significative depuis plusieurs années. L’organisation indique même avoir décidé de se retirer d’une commission mise en place pour suivre le dossier, estimant que celui-ci a été « étouffé ».
L’observatoire rappelle que le défunt était non seulement vice-président de l’Olucome, mais aussi membre de l’Autorité de régulation des marchés publics (ARMP) et expert en économie, reconnu pour ses analyses sur la gestion économique du pays.

Gabriel Rufyiri, président de l’Observatoire de lutte contre la corruption et les malversations économiques (Olucome), organisation de la société civile burundaise engagée dans la lutte contre la corruption et la promotion de la transparence, lors d’une conférence tenue à Bujumbura. Le jeudi 9 avril 2026, il a réitéré les appels de l’organisation à la justice dans le dossier de l’assassinat d’Ernest Manirumva © DR/SOS Médias Burundi
Menaces persistantes contre les défenseurs des droits humains
Au-delà du cas Manirumva, l’organisation s’inquiète d’autres disparitions non élucidées parmi ses membres. Arcade Butoyi est porté disparu depuis six ans, tandis que Charlotte Murwaneza reste introuvable à ce jour.
Ces cas renforcent, selon l’Olucome, un climat d’insécurité et d’impunité visant les acteurs engagés dans la lutte contre la corruption.
Un assassinat aux ramifications sensibles
Ernest Manirumva a été tué dans la nuit du 8 au 9 avril 2009 dans la capitale économique Bujumbura. Son assassinat, largement considéré comme ciblé, a été attribué à des éléments des services de renseignement burundais.
Selon des révélations de l’activiste en exil Pacifique Nininahazwe, la victime enquêtait sur un trafic présumé d’armes impliquant des circuits officiels burundais et des groupes armés opérant dans la région.
Les FDLR, groupe armé hutu rwandais dont certains membres sont accusés d’avoir participé au génocide des Tutsis de 1994, sont régulièrement cités dans ces dynamiques sécuritaires. Actifs principalement dans l’est de la République démocratique du Congo, certains de leurs leaders ou soutiens seraient également présents à Bujumbura, selon plusieurs rapports.
Ces mêmes sources évoquent des formes de collaboration ponctuelle entre ces rebelles et la FDNB, dans un contexte régional marqué par des tensions persistantes.
Parmi les enquêtes menées, celle du FBI — principale agence fédérale américaine chargée des enquêtes criminelles et du renseignement intérieur — a apporté un éclairage important. Placé sous l’autorité du département de la Justice des États-Unis, le FBI est spécialisé dans la lutte contre le terrorisme, la criminalité organisée, la cybercriminalité et le contre-espionnage.
Des rapports d’experts des Nations unies ont également mis en cause certains hauts gradés de la police et du Service national de renseignement (SNR), à l’époque sous l’autorité du général Adolphe Nshimirimana, tué en août 2015 lors d’une attaque à la roquette à Kamenge.
Tensions régionales persistantes
Ce contexte a contribué à la détérioration des relations entre le Burundi et le Rwanda. Les autorités burundaises accusent Kigali de soutenir les putschistes impliqués dans la tentative de coup d’État de mai 2015 au Burundi.
Dans la foulée de ces tensions, le Burundi a fermé ses frontières terrestres avec le Rwanda, illustrant une crise diplomatique durable entre les deux pays voisins.
Appel à des recours internationaux
Face à l’impasse judiciaire, l’Olucome n’exclut pas de porter l’affaire devant des juridictions régionales si aucune avancée n’est enregistrée. L’organisation insiste sur la nécessité de mettre fin à l’impunité et de restaurer la confiance dans les institutions judiciaires.
Dix-sept ans après les faits, le dossier Ernest Manirumva reste l’un des symboles les plus marquants des entraves à la justice au Burundi.
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Photo : Ernest Manirumva, militant anti-corruption assassiné en 2009 © DR/SOS Médias Burundi
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