Ruyigi : des réfugiés congolais accusent des Imbonerakure de violences, fouets et extorsions au site de Busuma
SOS Médias Burundi
Ruyigi, 13 avril 2026 — La situation des réfugiés congolais installés au site de Busuma, dans l’est du Burundi, suscite de nouvelles inquiétudes après des accusations de violences et d’intimidations. Des réfugiés affirment avoir été victimes d’actes de fouet et d’extorsion alors qu’ils tentaient de quitter le camp pour regagner la République démocratique du Congo, dans un contexte marqué par des tensions liées aux mouvements de retour et à la gestion sécuritaire du site.
Six jeunes réfugiés auraient été gravement fouettés samedi, selon des sources concordantes, puis reconduits de force au camp alors qu’ils tentaient de quitter le site pour regagner la RDC. Selon les mêmes sources, ces jeunes avaient pris la direction de Bujumbura, la capitale économique du Burundi située à quelques kilomètres seulement de la ville d’Uvira, dans le Sud-Kivu à l’est du Congo, dans l’espoir de rejoindre Uvira afin de se préparer à l’examen d’État, session de dissertation, prévu au mois de mai.
Leur tentative aurait été stoppée en cours de route par des membres des Imbonerakure, la ligue des jeunes affiliée au parti au pouvoir, le CNDD-FDD. Les Imbonerakure sont régulièrement cités dans des allégations d’abus visant des opposants politiques ainsi que des populations civiles dans plusieurs localités du pays.
Les concernés auraient été arrêtés puis fouettés avant d’être reconduits au site, où ils présentaient des traces visibles de coups.
Plusieurs réfugiés du site de Busuma dénoncent des actes répétés de violences, d’intimidation et d’extorsion. Selon eux, toute tentative de sortie du camp expose à des sanctions.
« On ne peut pas sortir du site sans être inquiétés. Si les Imbonerakure nous trouvent en cours de route, ils nous intimident : soit nous sommes frappés, soit ils exigent de l’argent. Nous sommes fouettés devant tout le monde, sans tenir compte de notre situation. D’autres sont obligés de payer des amendes pour être libérés. Que l’on soit malade ou enceinte, cela ne change rien. Nous vivons dans la peur dès que nous mettons le pied hors du site », confie une réfugiée.

Une réfugiée congolaise à Ruyigi dénonce les conditions de vie insupportables au camp de Busuma . © SOS Médias Burundi
Selon les mêmes sources, ces derniers jours, plusieurs réfugiés ont été interpellés alors qu’ils tentaient de quitter le site pour retourner en RDC, ce qui accentue un climat de tension et d’insécurité au sein du camp.
Ces incidents interviennent dans un contexte marqué par des tentatives croissantes de retour vers le Congo. Certains réfugiés choisissent de rentrer par leurs propres moyens, sans attendre les procédures officielles de rapatriement.
Un agent de l’Office national de protection des réfugiés et apatrides (ONPRA) sur le site, ayant requis l’anonymat, reconnaît que des abus peuvent exister, tout en évoquant des enjeux sécuritaires :
« Il est vrai que certains réfugiés sont arrêtés ou sanctionnés lorsqu’ils tentent de quitter le site illégalement. Mais il faut aussi noter que certains comportements sont difficiles à gérer. Parmi eux, il y a des personnes ayant appartenu à des groupes armés au Congo. Pour cette raison, leurs mouvements sont suivis de près afin de garantir le respect des lois du pays d’accueil. »
Il précise que les gouvernements burundais et congolais sont actuellement en discussion pour mettre en place des mécanismes de retour volontaire et sécurisé. Toutefois, certains réfugiés préfèrent partir sans attendre ces dispositifs officiels.
Le site de Busuma accueille actuellement plus de 75 000 réfugiés congolais, selon des estimations locales. La plupart ont fui les hostilités dans le Sud-Kivu entre décembre 2025 et janvier 2026, des combats qui se poursuivent encore dans certaines zones de cette province frontalière avec le Burundi.

Des femmes et enfants réfugiés au camp de Busuma, à la recherche d’eau dans une zone très accidentée située loin du camp. Les mauvaises conditions de vie poussent plusieurs réfugiés à tenter un retour vers la RDC, s’exposant à de grands risques et à l’emprisonnement. © SOS Médias Burundi
Contexte régional : une crise sécuritaire persistante dans les Grands Lacs
Cette situation s’inscrit dans un contexte régional particulièrement instable dans la région des Grands Lacs, marqué par la poursuite des combats dans l’est de la République démocratique du Congo. Les Forces armées de la RDC (FARDC), appuyées par les troupes burundaises et les milices Wazalendo, affrontent les rebelles du M23, regroupés au sein de l’Alliance Fleuve Congo (AFC/M23), qui contrôlent plusieurs zones stratégiques du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Les combats ont entraîné de nouveaux déplacements massifs de populations vers les pays voisins, dont le Burundi, accentuant la pression sur les sites d’accueil comme celui de Busuma.
Kinshasa accuse Kigali de soutenir le M23, tandis que le Rwanda dénonce l’appui présumé de la RDC et du Burundi aux Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé hutu rwandais impliqué dans des violences dans la région et dont certains membres sont accusés d’avoir participé au génocide des Tutsis en 1994.
Selon un rapport du Groupe d’experts des Nations unies, des milliers de combattants étrangers seraient impliqués dans ces dynamiques de guerre, alimentant une crise régionale complexe malgré les efforts diplomatiques en cours.
Malgré les accords de cessez-le-feu et les initiatives diplomatiques récentes, les affrontements persistent, confirmant la fragilité des processus de paix dans la région.
Un camp sous forte pression
En attendant, le site de Busuma qui abrite actuellement plus de 75 000 réfugiés congolais ayant fui les violences dans leur paysreste le théâtre d’une situation humanitaire préoccupante.
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Photo : Une foule de réfugiés congolais visiblement affamés fait la queue au hangar du Caritas à Busuma, le réseau mondial de la charité catholique. Décembre 2025. © SOS Médias Burundi
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