RDC : des milliers de manifestants à Goma et Bukavu contre un projet de révision de la Constitution

RDC : des milliers de manifestants à Goma et Bukavu contre un projet de révision de la Constitution

SOS Médias Burundi

Goma/Bukavu, 28 juillet 2026 – Des milliers de personnes ont manifesté mardi à Goma, au Nord-Kivu, et à Bukavu, au Sud-Kivu, pour dénoncer un projet de révision de la Constitution attribué aux autorités congolaises. Les manifestants, mobilisés par des organisations de la société civile et des mouvements citoyens, ont également réclamé le retour de la paix, un dialogue inclusif et rejeté toute idée de « balkanisation » de la République démocratique du Congo.

À Goma, chef-lieu du Nord-Kivu contrôlé par la coalition rebelle AFC/M23 depuis la fin janvier 2025, la mobilisation a rassemblé plusieurs dizaines de milliers de personnes dans les principales artères de la ville. Les manifestants répondaient à l’appel d’organisations de la société civile, de mouvements citoyens et de groupes de pression actifs dans les zones sous administration de fait de l’AFC/M23.

Les organisateurs avancent le chiffre de plus de 100 000 participants, une estimation qui n’a pas pu être vérifiée de manière indépendante. Les manifestants brandissaient des pancartes et des banderoles sur lesquelles figuraient plusieurs messages, notamment : « Non au changement de la Constitution en RDC », « Nous voulons la paix et une sécurité durable » ou encore « Non au retour de l’insécurité à Goma et dans les zones sous contrôle de l’AFC/M23 ».

Pour les participants, les autorités congolaises devraient concentrer leurs efforts sur les questions sécuritaires, sociales et économiques plutôt que sur une réforme de la loi fondamentale.

« Nous ne comprenons pas comment un gouvernement peut mettre en avant un changement de la Constitution alors que la population attend des réponses aux problèmes de sécurité, de développement et de conditions de vie. Nous voulons avant tout le retour de la paix dans tout le pays », affirme Gentil Sonny Mulume, membre d’une organisation de la société civile du Nord-Kivu.

Au sein du cortège, certains manifestants ont également formulé des revendications politiques, appelant au départ du président Félix Tshisekedi plutôt qu’à une modification de la Constitution.

Une grande foule de manifestants dans une rue principale de Goma, au Nord-Kivu, lors d’une marche organisée par la société civile contre un projet de révision de la Constitution en République démocratique du Congo, le 28 juillet 2026. © SOS Médias Burundi

« Le président doit quitter le pouvoir et laisser la Constitution en paix. Nous ne voyons pas la nécessité de modifier la loi fondamentale dans le contexte actuel », déclare un participant rencontré sur le parcours.

Les organisateurs ont remis un mémorandum au chef du bureau de la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO) à Goma avant de poursuivre leur marche dans plusieurs quartiers de la ville. Le document exprime, selon eux, leur opposition à toute initiative de révision constitutionnelle et formule plusieurs revendications liées à la situation sécuritaire dans l’est du pays.

Tout au long de la manifestation, plusieurs slogans ont également visé les Nations unies et la MONUSCO. Certains manifestants ont accusé la mission onusienne de ne pas protéger efficacement les populations civiles face aux violences qui persistent dans le territoire de Beni et dans plusieurs territoires de l’Ituri, où sévit notamment le groupe terroriste ADF. D’autres ont mis en cause les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), des accusations formulées par les manifestants qui n’ont pas été étayées par des éléments vérifiables.

À Bukavu, chef-lieu du Sud-Kivu également contrôlé par la coalition rebelle AFC/M23 depuis la mi-février 2025, la société civile a organisé une marche pacifique pour exprimer son opposition à un éventuel changement de la Constitution.

Les manifestants venus de plusieurs quartiers de la ville ont marché jusqu’au gouvernorat du Sud-Kivu où ils ont remis un mémorandum contenant leurs revendications. Sur les calicots et pancartes, plusieurs messages étaient visibles : « Nous voulons la paix », « Non au changement de la Constitution » et « Non à la balkanisation de la RDC ».

S’exprimant au nom de la société civile, Masirika Zilimobagabo a indiqué que cette mobilisation visait à alerter les autorités sur les risques qu’un changement constitutionnel pourrait représenter pour la stabilité du pays. Selon lui, une telle initiative pourrait accentuer les divisions et favoriser la balkanisation de la République démocratique du Congo. Il a appelé les dirigeants à privilégier un dialogue inclusif afin de préserver l’unité nationale et de consolider la paix.

Des manifestants marchent en brandissant des pancartes hostiles aux Nations unies et à la MONUSCO lors d’une mobilisation à Goma, au Nord-Kivu, contre un projet de révision de la Constitution en République démocratique du Congo, le 28 juillet 2026. © SOS Médias Burundi

À l’issue de la marche, le gouverneur du Sud-Kivu, Patrick Busu Bwa Ngwi, a salué le caractère pacifique de la manifestation. Il a félicité les organisateurs et promis de transmettre leurs préoccupations et leurs revendications aux autorités compétentes.

Ces mobilisations interviennent dans un contexte de débat intense sur l’avenir institutionnel de la RDC. Aucune réaction officielle du gouvernement congolais n’était disponible dans l’immédiat. Les autorités ont, à plusieurs reprises, affirmé que toute réflexion institutionnelle s’inscrivait dans le cadre du débat démocratique, tandis que l’opposition, plusieurs organisations de la société civile et la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) estiment qu’une éventuelle révision constitutionnelle ne constitue pas une priorité face aux défis sécuritaires et humanitaires du pays.

Le débat sur une éventuelle réforme constitutionnelle a été relancé ces derniers mois après plusieurs déclarations du président Félix Tshisekedi et l’adoption d’une loi encadrant l’organisation des référendums. Si la majorité présidentielle affirme qu’il s’agit de renforcer le cadre institutionnel et de permettre au peuple de s’exprimer sur les grandes questions nationales, ses opposants y voient une possible manœuvre politique.

La Constitution de la République démocratique du Congo limite le mandat présidentiel à cinq ans, renouvelable une seule fois de manière consécutive. Élu une première fois en décembre 2018 puis réélu en décembre 2023, Félix Tshisekedi effectue actuellement son deuxième mandat. Ses détracteurs l’accusent de vouloir modifier la Constitution afin de briguer un troisième mandat en 2028, une accusation rejetée par le chef de l’État et sa majorité, qui affirment que le débat porte sur une réforme institutionnelle et non sur une prolongation du pouvoir présidentiel.

Encadré par sa garde, Patrick Busu Bwa Ngwi, gouverneur du Sud-Kivu, sort à la rencontre des manifestants lors d’une marche organisée par la société civile à Bukavu contre un projet de révision de la Constitution en République démocratique du Congo, le 28 juillet 2026. © SOS Médias Burundi

Sauf modification institutionnelle ou cas de force majeure, les prochaines élections présidentielle, législatives nationales et provinciales sont prévues en décembre 2028, conformément au calendrier électoral en vigueur.

Goma, la plus grande ville de l’est de la République démocratique du Congo, et Bukavu, chef-lieu du Sud-Kivu, sont sous le contrôle de la coalition rebelle AFC/M23 depuis 2025. Le mouvement y a installé ses structures administratives et militaires après la prise de ces deux grandes villes de l’est du pays.

Dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), l’AFC/M23 plaide notamment pour l’instauration d’un État fédéral en RDC. Les autorités congolaises accusent le Rwanda de soutenir cette rébellion, ce que Kigali dément. Des rapports d’experts des Nations unies ont toutefois fait état, l’an dernier, de la présence de 5 000 à 7 000 militaires rwandais aux côtés de l’AFC/M23.

Ces manifestations illustrent la montée des tensions autour de la question constitutionnelle en République démocratique du Congo. Dans un pays toujours confronté aux violences armées dans sa partie orientale, notamment avec les attaques attribuées aux Forces démocratiques alliées (ADF), un groupe armé affilié à l’organisation État islamique selon les Nations unies, dans le territoire de Beni et plusieurs territoires de l’Ituri, une partie de la population estime que le rétablissement de la sécurité et de la paix devrait rester au centre des priorités nationales avant toute réforme de la loi fondamentale.

_____________________________________________

Photo : Un policier encadre des manifestants lors de la marche organisée par des organisations de la société civile à Goma, au Nord-Kivu, pour dénoncer un éventuel changement de la Constitution et réclamer le retour de la paix, le 28 juillet 2026.( SOS Médias Burundi)Un policier encadre des manifestants lors de la marche organisée par des organisations de la société civile à Goma, au Nord-Kivu, pour dénoncer un éventuel changement de la Constitution et réclamer le retour de la paix, le 28 juillet 2026. © SOS Médias Burundi

Previous Burunga : une femme tuée après des violences présumées, le spectre du féminicide plane sur Musongati
Next Gitega : la pénurie de fertilisants FOMI fait craindre une saison C marquée par la famine

You might also like

RDC

RDC : Ebola recule à Bunia et Goma avec plusieurs guérisons, les pays voisins en alerte

SOS Médias Burundi Bunia / Goma, 4 juin 2026 – La lutte contre la nouvelle flambée d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC) enregistre des avancées encourageantes avec plusieurs guérisons

RDC

RDC : Un accord signé à Doha, mais la guerre reprend dans l’Est

SOS Médias Burundi Bukavu, 21 juillet 2025 – À peine signé, déjà fragilisé : l’accord de principes paraphé à Doha entre le gouvernement congolais et le M23 n’a pas résisté

RDC

Masisi : plus de 70 femmes violées à MPATI, abandonnées par leurs familles

SOS Médias Burundi Goma, 29 septembre 2025 –La localité de MPATI, située dans la chefferie de Bashali, territoire de Masisi, a été l’épicentre des combats ayant opposé depuis avril 2023