Bujumbura : trois corps retrouvés, plus de 800 interpellations dans les zones à risque
SOS Médias Burundi
Bujumbura, 15 août 2026 — La découverte de trois corps humains sans vie sur le boulevard Mwezi Gisabo intervient alors que la police nationale du Burundi intensifie ses opérations contre la criminalité dans plusieurs quartiers de Bujumbura, capitale économique du Burundi et principal centre administratif du pays, où sont également regroupées les agences des Nations unies. Plus de 800 personnes ont été interpellées depuis le début du mois d’août, selon la police.
La police nationale du Burundi (PNB) a annoncé vendredi 14 août la découverte de trois corps humains sans vie sur le boulevard Mwezi Gisabo, à Bujumbura.
Selon le porte-parole de la PNB, Désiré Nduwimana, les victimes seraient des personnes handicapées. Il a affirmé qu’elles auraient été tuées par des individus impliqués dans des actes criminels et qui se cacheraient dans des endroits difficilement accessibles de la capitale économique.
La police n’a pas donné davantage de précisions sur l’identité des victimes, les circonstances exactes de leur décès ou l’état d’avancement des éventuelles enquêtes.
La découverte intervient alors que plusieurs quartiers et secteurs périphériques de Bujumbura font l’objet de plaintes répétées de la population concernant des vols et d’autres actes criminels.
Des zones devenues préoccupantes
Lors d’une conférence de presse à Bujumbura, Désiré Nduwimana a indiqué que la police avait intensifié les opérations de fouille et de contrôle dans plusieurs endroits considérés comme sensibles.
Selon lui, certains individus recherchés ou dépourvus de documents d’identité se cacheraient notamment dans les buissons, les vallées des rivières, les maisons en construction non achevées ainsi que sous certains ponts.
Parmi les zones citées figurent les abords de la rivière Ntahangwa, un endroit appelé « Kwinyoni », non loin du lac Tanganyika, ainsi que plusieurs secteurs situés à proximité des cours d’eau qui traversent la ville avant de se jeter dans le lac.
L’avenue de l’Imprimerie, autrefois connue sous le nom d’« avenue de la mort », dans le centre de la ville, figure également parmi les endroits mentionnés par la police.

Des habitants observent une partie de la rivière Ntahangwa après la découverte de deux corps, le 11 avril 2024. La police affirme que cette rivière fait partie des endroits où des criminels se cachent et de certaines zones placées sous surveillance à Bujumbura. © SOS Médias Burundi
Plus de 800 personnes interpellées
La PNB affirme avoir interpellé plus de 800 personnes au cours des deux premières semaines du mois d’août.
Dans les chiffres communiqués par la police, 608 personnes en situation d’irrégularité auraient été découvertes dans les buissons et les vallées des rivières traversant Bujumbura. Parmi elles figuraient 168 mineurs et 404 adultes, selon le porte-parole.
La police affirme également que certains individus effectueraient des va-et-vient entre différents quartiers avant de disparaître dans les cours d’eau ou les zones boisées après avoir commis des actes criminels présumés.
La PNB n’a toutefois pas précisé combien des personnes interpellées étaient soupçonnées d’avoir commis des infractions, combien étaient uniquement dépourvues de documents ou combien avaient été relâchées après vérification.
Plusieurs secteurs sous surveillance
Le pont de Gikoma, au nord de Bujumbura, fait partie des autres secteurs surveillés par les forces de sécurité.
La police cite également le buisson situé entre Kinanira 1 et le Grand Séminaire de Bujumbura, sur la rivière Muha, au sud.
Les maisons en construction inachevées, les rives du lac Tanganyika ainsi que la vallée de la rivière Kanyosha, notamment dans la zone comprise entre les quartiers de Kibenga et de Kanyosha, à proximité de l’embouchure de la rivière dans le lac, figurent également parmi les secteurs surveillés par la police.
La présence d’individus dans ces endroits est devenue une source d’inquiétude pour certains habitants qui ont signalé aux autorités des actes criminels qui y seraient commis.
283 personnes interpellées en une journée
Les opérations se sont poursuivies vendredi 14 août.
Selon Désiré Nduwimana, 283 personnes, dont 16 femmes, ont été interpellées au cours de cette seule journée.
Parmi elles figuraient notamment deux adultes âgés de 40 à 50 ans ainsi que des mineurs âgés de 14 et 16 ans.
La PNB affirme qu’elle poursuivra les opérations de contrôle et de sécurisation dans les différents endroits considérés comme à risque.

Des habitants, dont plusieurs jeunes, marchent dans une rue de Bujumbura située dans une zone particulièrement surveillée par la police. © SOS Médias Burundi
Des corps retrouvés : une préoccupation qui dépasse Bujumbura
La découverte de corps sans vie dans différentes régions du Burundi constitue depuis plusieurs années une source de préoccupation pour des organisations locales et internationales de défense des droits humains.
La question est également suivie par le Rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits de l’homme au Burundi, Fortuné Gaëtan Zongo.
Dans ses récentes interventions, l’expert onusien a appelé les autorités burundaises à renforcer les enquêtes sur les violations des droits humains, à lutter contre l’impunité et à garantir que les responsables présumés soient identifiés et poursuivis.
Les Nations unies et plusieurs organisations de défense des droits humains ont notamment documenté au Burundi des cas d’exécutions extrajudiciaires, de disparitions forcées, de détentions arbitraires et d’autres violations graves.
Les évêques catholiques avaient également alerté
Cette situation intervient quelques jours après une prise de position des évêques catholiques du Burundi sur la situation du pays.
La Conférence des évêques catholiques du Burundi avait exprimé des inquiétudes concernant notamment la pauvreté, l’insécurité et les difficultés sociales auxquelles font face de nombreux Burundais.
Le président Évariste Ndayishimiye avait vivement réagi à ces critiques. Il avait accusé les évêques de « politiser la pauvreté » et de « huer l’État », dénonçant une manière de présenter les difficultés du pays qu’il jugeait injuste à l’égard des autorités.
Cette passe d’armes entre le pouvoir et l’Église catholique avait ravivé le débat sur la liberté de critique et sur la manière dont les autorités répondent aux préoccupations exprimées par différentes composantes de la société burundaise.
La population appelée à collaborer
Face à la situation sécuritaire, Désiré Nduwimana a appelé les habitants de Bujumbura à collaborer avec la police.
Il a demandé à la population de signaler la présence d’individus ou de mouvements suspects susceptibles de perturber la sécurité.
Pour la PNB, les habitants constituent un partenaire incontournable dans la prévention de la criminalité et la protection des personnes et de leurs biens.
La police encourage ainsi les habitants à ne pas rester silencieux face aux situations suspectes, tout en laissant aux services compétents le soin de procéder aux vérifications nécessaires.
Mais au-delà des opérations d’interpellation, la découverte de trois corps pose une autre question : les enquêtes permettront-elles d’établir les circonstances de ces décès et d’identifier leurs responsables ?
La police affirme que ces opérations se poursuivront dans les prochains jours afin de renforcer la sécurité et de prévenir de nouveaux actes criminels dans les secteurs considérés comme à risque.
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Photo : Désiré Nduwimana, porte-parole de la Police nationale du Burundi (PNB), lors d’une intervention sur les opérations d’arrestation de criminels et de personnes en situation irrégulière menées à Bujumbura. © SOS Médias Burundi
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