Gatumba : 166 réfugiés massacrés, 22 ans d’impunité, les Banyamulenge accusent

Gatumba : 166 réfugiés massacrés, 22 ans d’impunité, les Banyamulenge accusent

SOS Médias Burundi

Bukavu, 13 août 2026 — Vingt-deux ans après le massacre de Gatumba, qui avait coûté la vie à 166 réfugiés congolais dans l’ouest du Burundi, la communauté Banyamulenge de Bukavu dénonce l’absence de justice et réclame que les responsables présumés soient enfin poursuivis. Survivants, familles des victimes, jeunes et étudiants ont commémoré ce jeudi cette tragédie, marquée par des témoignages poignants et la lecture des noms des disparus.

La communauté Banyamulenge de Bukavu, dans la province du Sud-Kivu, s’est réunie ce jeudi à la salle de la Résidence Hôtel pour commémorer le 22ᵉ anniversaire du massacre de Gatumba.

Des proches des victimes, des survivants, des jeunes, des étudiants ainsi que plusieurs sympathisants ont pris part à cette cérémonie dédiée à la mémoire des personnes tuées lors de cette tragédie.

Le 13 août 2004, 166 réfugiés congolais ont été massacrés dans un camp de transit géré par les Nations unies à Gatumba, à proximité de la frontière entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Burundi. Parmi les victimes figuraient 154 membres de la communauté Banyamulenge et 12 membres de la communauté Babembe.

Une cérémonie pour ne pas oublier

La commémoration a été marquée par plusieurs moments de recueillement.

Des jeunes filles ont interprété des chants de consolation en mémoire des victimes, tandis que des étudiants ont lu, un à un, les noms des réfugiés tués lors de l’attaque.

Pour les participants, cette cérémonie constitue un devoir de mémoire envers ceux qui ont perdu la vie et un moyen de transmettre leur histoire aux générations futures.

Les victimes avaient fui les combats qui sévissaient en RDC avant d’être installées dans un camp de transit géré par les Nations unies à Gatumba, dans la province de Bujumbura, à l’ouest du Burundi.

Des membres des familles des victimes des massacres de Gatumba déposent les gerbes de fleurs sur leur tombe commune, le 13 août 2020 © SOS Médias Burundi

« J’ai vu mes amis, les enfants, les papas et les mamans tués »

Parmi les participants figurait Mugabe Commando, l’un des rescapés du massacre.

Avec émotion, il est revenu sur la nuit du 13 au 14 août 2004.

« Gatumba, c’était vers 22 heures. Nous avons entendu des gens chanter, puis des tirs. Les gens ont commencé à être tués. D’autres étaient brûlés dans les bâtiments avec de l’essence. J’ai vu mon ami Askfo tué. Mon oncle a été blessé. Moi et mon petit frère, nous avons couru vers l’extérieur. »

Son témoignage illustre la violence de l’attaque et le traumatisme qui continue de marquer les survivants et les familles des victimes, plus de deux décennies après les faits.

« Ceux qui ont tué nos frères circulent librement »

Pour Vincent Runezerwa, vice-président de la Mutualité Banyamulenge de Bukavu, l’absence de justice constitue toujours une profonde douleur pour les familles et la communauté.

Il appelle les autorités congolaises et burundaises ainsi que la communauté internationale à œuvrer pour que les personnes présumées responsables du massacre soient poursuivies.

« Pendant ces 22 ans, nous avons demandé justice. Nous demandons à la communauté internationale, à notre pays et aux pays voisins de faire justice. Ceux qui ont tué nos frères circulent librement, sans peur. Mais nous gardons l’espoir qu’un jour, ceux qui ont tué nos frères à Gatumba seront traduits en justice. »

Les participants ont renouvelé leur demande de voir toute la lumière faite sur les circonstances du massacre et de voir les responsables présumés répondre de leurs actes devant la justice.

Le monument dédié aux victimes du massacre du 13 août 2004 à Gatumba, dans l’ouest du Burundi, où reposent les dépouilles des personnes tuées lors de l’attaque. © SOS Médias Burundi

Le FNL avait revendiqué l’attaque avant de se rétracter

Le massacre, perpétré dans la nuit du 13 au 14 août 2004, avait initialement été revendiqué par le Front national de libération (FNL), alors mouvement rebelle hutu burundais.

Pasteur Habimana, qui était à l’époque porte-parole du FNL, avait assumé la responsabilité de l’attaque avant de revenir sur ses déclarations.

Plusieurs procédures judiciaires ont par la suite été engagées en RDC, au Burundi et au Rwanda, ainsi qu’auprès de la Cour pénale internationale (CPI).

Le massacre a également été documenté par Human Rights Watch et plusieurs agences des Nations unies, notamment les missions de l’ONU en RDC et au Burundi ainsi que le Bureau du Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme.

Bukavu sous contrôle de l’AFC-M23

La ville de Bukavu, capitale de la province du Sud-Kivu, dans l’est de la RDC, figure aujourd’hui parmi les principales zones contrôlées par la coalition politico-militaire AFC-M23, dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI).

Les rebelles de l’AFC-M23 ont pris le contrôle de Bukavu à la mi-février 2025, après plusieurs jours d’avancée dans le Sud-Kivu.

La coalition affirme notamment plaider pour une réforme politique de la RDC et l’instauration d’un État fédéral. Kinshasa accuse de son côté l’AFC-M23 d’être soutenue par le Rwanda, une accusation régulièrement rejetée par Kigali.

La société civile dénonce les discours de haine

La cérémonie de Bukavu a également été l’occasion pour des acteurs de la société civile du Sud-Kivu de dénoncer les discours de haine et les actes de discrimination visant la communauté Banyamulenge.

Les intervenants ont plaidé pour le renforcement de la paix, de la cohésion sociale et du respect des droits de toutes les communautés vivant en RDC.

Cette année, plusieurs activités commémoratives ont également été organisées dans différents pays d’Afrique, dans des camps accueillant des membres de la communauté Banyamulenge dans la région des Grands Lacs, ainsi qu’en Europe et en Amérique du Nord.

Vingt-deux ans après le drame de Gatumba, les survivants et les familles des victimes continuent de faire vivre la mémoire des disparus. À travers ces commémorations, ils réaffirment leur volonté de préserver cette mémoire, de faire reconnaître les victimes et de poursuivre leur combat pour la justice.

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Photo : Des membres de la communauté Banyamulenge et leurs amis, regroupés dans la ville de Bukavu, dans l’est de la République démocratique du Congo, pour commémorer les 22 ans du massacre de Gatumba, le 13 août 2026. © SOS Médias Burundi

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