RDC : Ndayishimiye, l’allié de Tshisekedi appelé à jouer le rôle de médiateur face à une opposition méfiante

RDC : Ndayishimiye, l’allié de Tshisekedi appelé à jouer le rôle de médiateur face à une opposition méfiante

SOS Médias Burundi

Bujumbura, 8 juillet 2026 – Le président burundais et président en exercice de l’Union africaine, Évariste Ndayishimiye, a reçu lundi à Bujumbura, la capitale économique du Burundi, une délégation congolaise composée de responsables de partis politiques d’opposition et de représentants des principales confessions religieuses de la République démocratique du Congo (RDC). Présentée comme une initiative visant à favoriser le dialogue entre les acteurs congolais, cette rencontre intervient dans un contexte de fortes tensions politiques et sécuritaires en RDC. Certains milieux accusent toutefois le chef de l’État burundais d’avoir été sollicité par Kinshasa pour influencer une partie de l’opposition congolaise.

Ces accusations, relayées dans certains milieux politiques et sur les réseaux sociaux, ne sont accompagnées d’aucune preuve publique à ce stade et n’ont été confirmées ni par les autorités burundaises ni par les responsables de la délégation reçue.

La délégation congolaise comprenait notamment des représentants de la Coalition C64, de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), de l’Église du Christ au Congo (ECC) ainsi que de la Plateforme des confessions religieuses et des Églises du réveil en RDC.

Selon la Présidence burundaise, l’initiative a été organisée par Évariste Ndayishimiye dans le cadre de son mandat de président en exercice de l’Union africaine afin d’encourager les échanges entre les différents acteurs politiques et religieux congolais.

Une médiation dans un climat politique explosif

Cette rencontre intervient alors que la RDC traverse une période de tensions politiques alimentées notamment par les débats autour d’une éventuelle révision constitutionnelle.

Une partie de l’opposition congolaise accuse le président Félix Tshisekedi de vouloir modifier la Constitution afin de lui permettre de briguer un troisième mandat présidentiel, alors que la loi fondamentale actuelle limite le nombre de mandats à deux. Les autorités congolaises rejettent ces accusations et affirment que les discussions institutionnelles relèvent du débat politique national.

Des sources proches de la présidence congolaise indiquent que Félix Tshisekedi aurait sollicité l’implication de son homologue burundais afin de faciliter des échanges avec certains acteurs de l’opposition.

Un médiateur dont la neutralité fait débat

Le rôle confié à Évariste Ndayishimiye suscite des interrogations en raison de ses relations étroites avec Félix Tshisekedi.

Les deux dirigeants affichent une convergence de vues sur la crise sécuritaire dans l’est de la RDC et accusent le Rwanda de soutenir le mouvement rebelle M23, ce que Kigali rejette.

Cette proximité politique et sécuritaire pousse certains observateurs à questionner la perception de neutralité de Gitega dans un processus censé rapprocher le pouvoir congolais et ses opposants.

Dans certains milieux politiques, des accusations circulent selon lesquelles le président burundais aurait reçu pour mission de convaincre certains opposants congolais de se rapprocher du pouvoir de Kinshasa. Aucune preuve publique n’étaye ces affirmations.

La Coalition C64 présente, l’AFC/M23 absente

Parmi les participants figurait la Coalition C64, une plateforme politique de l’opposition congolaise dont le nom fait référence à l’article 64 de la Constitution de la RDC.

Cette disposition prévoit que tout Congolais a le devoir de faire échec à toute personne ou groupe d’individus qui prend ou exerce le pouvoir par la force ou en violation des dispositions constitutionnelles.

En revanche, l’Alliance Fleuve Congo (AFC), coalition politico-militaire à laquelle est affilié le M23, n’était pas représentée à Bujumbura.

L’AFC/M23 contrôle depuis plus d’un an et demi plusieurs zones dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dans l’est de la RDC, où elle a mis en place des structures administratives parallèles dans les territoires sous son influence.

Son absence est remarquée alors que la crise sécuritaire dans l’est congolais constitue l’un des principaux facteurs de tension entre Kinshasa et ses adversaires.

Certains observateurs estiment qu’un processus de dialogue portant sur l’avenir politique et sécuritaire de la RDC pourrait difficilement ignorer un acteur armé qui joue un rôle central dans le conflit actuel.

Gitega et Kinshasa, des relations renforcées

Cette rencontre intervient quelques jours après la visite du président Évariste Ndayishimiye et de la Première dame Angeline Ndayishimiye à Kinshasa, renforçant les liens entre Gitega et Kinshasa dans un contexte marqué par la crise politique et sécuritaire en RDC.

Cette séquence diplomatique intervient alors que le Burundi et la République démocratique du Congo entretiennent une coopération étroite sur plusieurs dossiers, notamment dans le domaine sécuritaire.

Les deux chefs d’État considèrent le Rwanda comme un acteur déstabilisateur dans la région des Grands Lacs et accusent Kigali de soutenir le M23, une accusation rejetée par les autorités rwandaises.

Depuis plusieurs années, des soldats burundais sont déployés dans l’est de la RDC aux côtés des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et des groupes armés alliés à Kinshasa, connus sous le nom de Wazalendo, dans les combats contre le M23.

Cette coopération a renforcé les liens entre les deux pays, mais nourrit aussi les critiques de ceux qui estiment que le Burundi ne peut pas être perçu comme un médiateur totalement impartial.

Les présidents congolais Félix Tshisekedi et burundais Évariste Ndayishimiye lors d’un sommet consacré à la crise congolaise à Bujumbura. Le chef de l’État congolais aurait sollicité l’implication de son homologue burundais pour faciliter des échanges avec certains acteurs de l’opposition congolaise. © SOS Médias Burundi

La question Banyamulenge, autre épisode controversé

Cette implication rappelle également une autre rencontre organisée par le président burundais avec des acteurs congolais.

Il y a environ quatre mois, Évariste Ndayishimiye avait reçu à Gitega des représentants de la communauté Banyamulenge vivant en RDC et dans la diaspora.

Ces derniers affirmaient s’opposer à ce qu’ils qualifiaient de « manipulation du Rwanda », alors que des combats intenses se poursuivaient dans les hauts plateaux de Minembwe, dans le Sud-Kivu, une région où vit une importante partie de cette communauté.

Des représentants Banyamulenge dans la diaspora et en RDC avaient dénoncé cette rencontre, estimant que certains participants ne représentaient pas les préoccupations de leur communauté et les qualifiant de « vendus ».

Un pari diplomatique risqué pour Ndayishimiye

En s’impliquant dans la crise congolaise, Évariste Ndayishimiye cherche à renforcer son rôle d’acteur diplomatique régional dans le cadre de sa présidence de l’Union africaine.

Mais cette mission reste délicate : entre ses relations étroites avec Félix Tshisekedi, la méfiance d’une partie de l’opposition et l’absence de certains acteurs majeurs du conflit armé, le président burundais devra convaincre de sa capacité à jouer un rôle d’intermédiaire accepté par les différentes parties.

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Photo : Le président burundais Évariste Ndayishimiye pose au milieu des membres de la délégation congolaise reçue à Bujumbura, le 6 juillet 2026. Crédit photo : Présidence du Burundi

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