Burundi : une vaste rafle de jeunes secoue le centre-ville de Bujumbura

Burundi : une vaste rafle de jeunes secoue le centre-ville de Bujumbura

SOS Médias Burundi

Bujumbura, 7 juillet 2026 – Plus de 80 jeunes ont été interpellés lundi vers midi au centre-ville de Bujumbura, la capitale économique du Burundi, lors d’une opération menée par la Police nationale avec l’appui de jeunes Imbonerakure, la ligue des jeunes du parti au pouvoir, le CNDD-FDD, selon plusieurs témoins. Les familles des personnes arrêtées et des organisations de défense des droits humains dénoncent des arrestations arbitraires et des actes d’intimidation, tandis que la police affirme qu’il s’agissait d’une opération de contrôle habituelle.

Selon des informations recueillies par SOS Médias Burundi, l’opération s’est déroulée dans plusieurs artères du centre-ville, notamment aux abords du lieu communément appelé « Kiosque », un point de rencontre très fréquenté par les habitants de Bujumbura ainsi que par des personnes venant de l’intérieur du pays.

Cette zone abrite également un important point de départ et d’arrivée des bus assurant le transport des passagers vers différents quartiers de la capitale économique, ce qui explique la présence quotidienne de nombreux jeunes.

Des témoins affirment que des policiers, accompagnés de jeunes Imbonerakure vêtus de T-shirts distinctifs, ont procédé à des interpellations de jeunes présents dans le secteur. Selon ces mêmes sources, les personnes arrêtées étaient notamment des jeunes qui attendaient un rendez-vous, se rendaient à leurs activités quotidiennes ou allaient recevoir des soins dans des structures sanitaires.

« Ils arrêtaient les jeunes qu’ils trouvaient sur place, sans distinction et sans explication claire », témoigne une personne ayant assisté à l’opération.

Plus de 80 jeunes conduits au commissariat municipal de Buyenzi

Selon plusieurs sources concordantes, les personnes interpellées ont été embarquées à bord d’un camion de la police avant d’être conduites au commissariat municipal situé dans la zone de Buyenzi, toujours connu du grand public sous le nom de Bureau spécial de recherche (BSR), en référence à l’ancienne unité de police qui occupait autrefois ces locaux.

Des témoins estiment que plus de 80 jeunes ont été conduits dans ce commissariat. Des familles affirment que certains d’entre eux y ont passé une deuxième nuit en détention.

Les proches des personnes arrêtées disent ne pas comprendre comment la police a pu procéder à ces interpellations sans présenter de mandat d’arrêt ni expliquer clairement les motifs des arrestations. Ils dénoncent une procédure qu’ils jugent irrégulière.

Ils indiquent également que certains jeunes arrêtés se rendaient dans des hôpitaux de la ville, tandis que d’autres se trouvaient simplement dans cette zone en raison de son rôle de carrefour de transport.

Les familles demandent au gouvernement de mettre fin à ce qu’elles qualifient d’actes d’intimidation visant les jeunes.

Des libérations contre paiement, selon un ancien détenu

Une personne ayant été arrêtée puis libérée affirme que certains jeunes ont retrouvé leur liberté après avoir versé 10 000 francs burundais chacun.

« Quelques jeunes ont été relâchés après le paiement d’une amende de 10 000 francs burundais. Mais ceux qui avaient des badges sur eux ont été immédiatement libérés », affirme cette source.

SOS Médias Burundi n’a pas pu vérifier de manière indépendante ces déclarations.

Le porte-parole de la Police nationale n’a pas souhaité communiquer le nombre exact de personnes arrêtées ni celui des personnes déjà libérées.

ALUCHOTO dénonce des arrestations contraires à la loi

L’Association de lutte contre le chômage et la torture (ALUCHOTO) estime que les arrestations visant des jeunes hommes sont contraires à la Constitution burundaise et aux lois en vigueur.

Son coordinateur national, Vianney Ndayisaba, affirme que les policiers n’ont présenté aucun mandat d’arrêt lors de ces interpellations.

Il rappelle que la législation burundaise garantit à toute personne le droit de circuler librement sur l’ensemble du territoire national.

« Les autorités doivent respecter la législation en vigueur et les droits fondamentaux des citoyens afin de ne pas ternir l’image du pays », déclare-t-il.

La police parle d’une opération de routine

Intervenant sur une radio locale, le porte-parole de la Police nationale, Désiré Nduwimana, a déclaré que ces interpellations s’inscrivaient dans le cadre des opérations habituelles de contrôle et de sécurisation menées au centre-ville de Bujumbura.

Selon lui, il n’y avait « rien d’inhabituel » dans cette intervention.

Cette version est toutefois contestée par plusieurs témoins interrogés par SOS Médias Burundi, qui affirment que l’opération a principalement ciblé de jeunes hommes présents dans le centre-ville, certains ayant été arrêtés alors qu’ils vaquaient à leurs activités quotidiennes.

Des inquiétudes persistantes sur les droits humains

Ces arrestations interviennent dans un contexte où des organisations de défense des droits humains et des experts internationaux continuent d’exprimer des préoccupations sur la situation des libertés publiques au Burundi.

Le Rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits humains au Burundi a récemment dénoncé la persistance des arrestations arbitraires, des détentions irrégulières et des actes d’intimidation visant certains citoyens.

Il appelle les autorités burundaises à garantir le respect des droits fondamentaux, des procédures judiciaires et des libertés publiques.

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Photo : Des policiers effectuent un contrôle dans une rue de la ville de Bujumbura. Le 6 juillet 2026, plus de 80 jeunes ont été interpellés au centre-ville lors d’une opération menée par la police, avec l’appui présumé de jeunes Imbonerakure, selon plusieurs témoins. © SOS Médias Burundi

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