Kiremba : l’alcoolisme prend de l’ampleur dans le camp de réfugiés de Musasa et menace la cohésion sociale
SOS Médias Burundi
Kiremba, 6 juillet 2026 — La consommation excessive de boissons fortement alcoolisées par une partie des réfugiés congolais du camp de Musasa, situé dans la commune de Kiremba, en province de Butanyerera, dans le nord du Burundi, suscite une inquiétude croissante parmi les habitants, les leaders communautaires et les responsables du camp. Selon plusieurs témoignages recueillis par SOS Médias Burundi, ce phénomène fragilise la cohésion sociale et aggrave les difficultés déjà importantes des familles réfugiées.
Selon plusieurs habitants, certains réfugiés, principalement des adultes, consomment régulièrement des boissons fortement alcoolisées commercialisées au Burundi. À celles-ci s’ajoutent des boissons alcoolisées traditionnelles produites localement. Cette consommation entraîne fréquemment des cas d’ivresse observés dans plusieurs secteurs du camp.
Le camp de Musasa accueille plus de 9 000 réfugiés congolais ayant fui les violences dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Déjà confrontés aux difficultés liées aux conditions de vie, au chômage et au manque de moyens de subsistance, plusieurs résidents estiment que l’abus d’alcool ne fait qu’aggraver leur précarité.
Des leaders communautaires affirment que de nombreux ménages subissent directement les conséquences de ce phénomène. Ils évoquent notamment des conflits conjugaux, des violences domestiques, l’abandon des responsabilités familiales et des tensions entre voisins.
D’après plusieurs témoignages recueillis sur place, certains consommateurs passent une grande partie de leur temps dans des débits de boissons installés à proximité du camp ou dans les localités environnantes. Les habitants disent observer des cas récurrents d’ivresse, parfois à l’origine de disputes familiales ou de troubles de voisinage.
Cette situation préoccupe également les responsables du camp, les leaders communautaires et plusieurs familles, qui dénoncent les conséquences sociales, économiques et sanitaires de la consommation excessive d’alcool.
Face à cette situation, l’administration du camp appelle les réfugiés à faire preuve de responsabilité et à éviter les excès afin de préserver la sécurité, la cohésion sociale et le bien-être des familles.
Parmi les personnes affectées figure une réfugiée qui a accepté de témoigner sous couvert d’anonymat. Elle explique que son mari consomme régulièrement de l’alcool et ne participe presque plus aux dépenses du ménage.
«« Mon mari passe une grande partie de son temps à boire. Lorsqu’il reçoit un peu d’argent, il l’utilise souvent pour acheter de l’alcool au lieu de contribuer aux besoins de la famille. Même une partie de l’assistance financière que nous recevons du Programme alimentaire mondial (PAM), il me demande de la lui donner afin qu’il puisse aller boire. Aujourd’hui, c’est moi seule qui me bats pour nourrir les enfants et acheter les produits de première nécessité », confie-t-elle.»
Selon cette femme, les difficultés ne se limitent pas à la sphère économique. Elle affirme que son mari adopte parfois un comportement agressif lorsqu’il rentre ivre.
«« Quand il a trop bu, il devient parfois violent dans ses paroles et cherche souvent des disputes. Il lui arrive même d’avoir des altercations avec des voisins. Cette situation crée un climat de peur pour moi et pour les enfants », explique-t-elle.»
Interrogé par SOS Médias Burundi, un agent de santé du camp, qui a requis l’anonymat, rappelle que la consommation excessive d’alcool peut avoir de lourdes conséquences sur la santé physique et mentale.
«« L’abus d’alcool peut entraîner des maladies du foie, des problèmes cardiovasculaires, de l’hypertension artérielle, des troubles du comportement ainsi qu’une dépendance. Chez certaines personnes, il augmente également le risque d’accidents, de violences et de conflits familiaux », explique-t-il.»
Selon ce professionnel de santé, les boissons fortement alcoolisées présentent des risques encore plus importants lorsqu’elles sont consommées régulièrement et en grande quantité.
«« Plus le degré d’alcool est élevé, plus les risques pour la santé augmentent. À long terme, la consommation excessive peut affaiblir l’organisme, réduire les capacités de travail et avoir de graves répercussions sur la vie familiale et sociale », ajoute-t-il.»
Face à cette situation, plusieurs habitants du camp, des leaders communautaires et des agents de santé appellent au renforcement des campagnes de sensibilisation sur les dangers liés à l’abus d’alcool. Ils estiment que des actions de prévention, associées à un meilleur accompagnement psychosocial et à des activités génératrices de revenus, pourraient contribuer à réduire ce phénomène et à préserver la cohésion sociale au sein du camp de Musasa.
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Photo : Une partie de la zone environnante du camp de Musasa, où les réfugiés se rendent pour leurs activités quotidiennes et leurs déplacements hors du camp. La consommation de boissons fortement alcoolisées y suscite des inquiétudes en raison de ses conséquences sociales et familiales. © SOS Médias Burundi
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