Burundi : le gouvernement frappe fort contre les boissons fortement alcoolisées

Burundi : le gouvernement frappe fort contre les boissons fortement alcoolisées

SOS Médias Burundi

Bujumbura, 27 septembre 2026 — Le gouvernement burundais suspend, avec effet immédiat, la production et la commercialisation de plusieurs catégories de boissons fortement alcoolisées. La mesure, annoncée samedi par le ministère en charge du Commerce, concerne notamment les vins fortifiés, les boissons mixtes alcoolisées et les liqueurs à forte teneur en éthanol.

Dans un communiqué, le ministre en charge du Commerce, Hassan Kibeya, ordonne le retrait du marché des produits concernés sur l’ensemble du territoire national.

« Toutes ces boissons sont interdites de toute commercialisation et doivent être retirées de la circulation sur toute l’étendue du territoire avec effet immédiat », indique le communiqué.

Les producteurs et commerçants concernés sont appelés à régulariser leur situation. Ceux qui souhaitent poursuivre leurs activités doivent déposer un dossier de demande d’octroi ou de renouvellement d’une autorisation de production, conformément à la réglementation en vigueur.

Le ministère demande également aux opérateurs concernés de procéder à un nouvel enregistrement afin de permettre aux services compétents de vérifier leur situation administrative, leurs autorisations ainsi que la conformité des documents requis pour exercer leurs activités.

Des sanctions annoncées

Le ministre en charge du Commerce met en garde les opérateurs qui ne respecteraient pas les nouvelles dispositions. Les industries de production et les commerces qui « outrepasseront ces mesures seront sévèrement sanctionnés », affirme-t-il.

L’administration locale et les forces de sécurité sont appelées à s’impliquer rigoureusement dans le suivi et le respect de cette mesure sur l’ensemble du territoire national.

Au-delà de la suspension, le gouvernement affirme vouloir réorganiser et restructurer le secteur de la production de ces boissons et instaurer une gestion plus transparente des activités qui y sont liées.

Le ministère justifie également sa décision par la recrudescence de la production et de la commercialisation de boissons fabriquées en dehors du cadre légal. Il évoque par ailleurs les inquiétudes liées à la consommation excessive de ces produits et à leurs conséquences sur la santé des consommateurs.

Un homme se dirige vers un bar vendant des boissons fortement alcoolisées et non contrôlées dans une localité de la province de Butanyerera, au nord du Burundi. La consommation de ces boissons inquiète les observateurs en raison de ses conséquences sanitaires et sociales. © SOS Médias Burundi

Un phénomène déjà documenté par SOS Médias Burundi

Cette décision intervient alors que la prolifération et la consommation de boissons fortement alcoolisées suscitent depuis plusieurs mois des préoccupations au Burundi.

Dans une enquête publiée en mai 2026, SOS Médias Burundi avait documenté les conséquences observées chez certains consommateurs réguliers de ces boissons. Les effets physiques rapportés comprenaient notamment une dégradation de l’état général, des visages gonflés, des troubles cutanés, des jambes enflées ou encore des altérations physiques marquées.

Le phénomène, autrefois considéré comme touchant principalement les hommes, concernait également, selon les témoignages recueillis dans cette enquête, des femmes et des jeunes.

Des réponses locales déjà engagées

Avant la décision nationale annoncée samedi, plusieurs administrations locales avaient déjà procédé à des saisies et à des interdictions ciblées de certaines boissons considérées comme préoccupantes pour la santé publique.

Les autorités nationales avaient également multiplié les mises en garde et appelé les responsables administratifs à renforcer leur vigilance face à la prolifération de ces produits.

Le Bureau burundais de normalisation et de contrôle de la qualité (BBN) avait été saisi afin de renforcer les contrôles auprès des fabricants et des distributeurs. Son directeur général avait toutefois reconnu les difficultés rencontrées dans cette mission, évoquant notamment des cas de non-respect des normes et des pressions exercées sur certains acteurs du secteur.

Dans certaines localités, des descentes avaient été menées dans des boutiques afin de retirer ces produits du marché, accompagnées d’ultimatums adressés aux commerçants. Certains vendeurs contestaient ces mesures, affirmant s’être approvisionnés par l’intermédiaire de circuits qu’ils considéraient comme légaux.

Les observations rapportées par SOS Médias Burundi en mai faisaient état d’une présence de ces boissons dans plusieurs régions du pays, où leur consommation suscitait des inquiétudes parmi les habitants, les responsables administratifs et les acteurs de santé.

Des élus, le président de l’Assemblée nationale, des organisations de la société civile ainsi que le chef de l’État ont également appelé à plusieurs reprises à renforcer les mesures de contrôle.

Le 17 septembre 2026, le président Évariste Ndayishimiye avait demandé à l’administration de redoubler d’efforts pour limiter la consommation de ces boissons, évoquant leurs conséquences sur la santé, les familles et la société.

À Gitega, la capitale politique du pays, des commerçants avaient également dénoncé les conséquences des saisies et destructions de certains stocks ainsi que les changements successifs concernant les conditions de commercialisation de ces produits.

Le ministre Hassan Kibeya, en charge du Commerce, lors de sa prestation de serment devant l’Assemblée nationale du Burundi. Il est chargé de mettre en œuvre les mesures gouvernementales visant notamment à suspendre la production et la commercialisation de certaines boissons fortement alcoolisées et à renforcer le contrôle de leur mise sur le marché. © SOS Médias Burundi

Au Rwanda voisin, une offensive qui va jusqu’aux responsables du contrôle

Au Rwanda voisin, les autorités ont récemment pris une mesure similaire contre la production et la commercialisation de boissons alcoolisées jugées non conformes aux normes. Cette opération a notamment été suivie de l’arrestation et de la détention de responsables chargés du contrôle de la qualité ainsi que de plusieurs hommes d’affaires impliqués dans le secteur.

Cette opération a conduit à l’arrestation de producteurs, de responsables d’entreprises et de responsables publics soupçonnés d’avoir participé à la certification, au contrôle ou à la distribution de produits non conformes.

Le 13 août, la police rwandaise et le Bureau d’investigation du Rwanda ( RIB) avaient présenté 17 responsables publics soupçonnés d’implication dans la production ou la distribution de boissons non conformes.

Selon les autorités rwandaises, des propriétaires et responsables d’entreprises du secteur avaient également été ciblés par les enquêtes.

Au Burundi, la nouvelle mesure annoncée par le ministère en charge du Commerce ouvre ainsi une nouvelle phase dans le contrôle de ce secteur. Sa mise en œuvre permettra notamment de mesurer l’ampleur des contrôles sur le terrain et de déterminer les suites réservées aux opérateurs qui ne respectent pas les normes ou les procédures d’autorisation.

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Photo : Un bistrot très fréquenté dans la capitale politique Gitega, où des boissons fortement alcoolisées sont vendues. © SOS Médias Burundi

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