Fizi : frappe ciblée du M23 à Mwalu, des militaires dans le viseur des services de renseignement

Fizi : frappe ciblée du M23 à Mwalu, des militaires dans le viseur des services de renseignement

SOS Médias Burundi

Fizi, 23 août 2026 — Une frappe de drones attribuée au M23 a visé, mercredi 19 août 2026, l’hôtel Mwalu, dans le territoire de Fizi, au Sud-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo. L’établissement aurait accueilli, avant l’attaque, plusieurs responsables militaires congolais et burundais ainsi que des combattants engagés aux côtés des forces gouvernementales. Des soupçons de fuite de renseignements entourent désormais cette frappe.

Selon des informations sécuritaires recueillies localement, une réunion consacrée à la préparation d’une nouvelle opération militaire en direction de Minembwe, dans les hauts plateaux de Fizi, une zone stratégique du Sud-Kivu, se tenait dans l’établissement avant l’attaque. Plusieurs militaires des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), de la Force de défense nationale du Burundi (FDNB) et des combattants étrangers auraient été présents.

Parmi les hauts responsables cités figurent le général-major Élie Ndizigiye, plus connu sous le pseudonyme de Muzinga, commandant adjoint des forces terrestres de la FDNB, chargé de coordonner les opérations militaires burundaises, ainsi que le général de brigade Télesphore Barandereka, chef du service d’instruction et d’entraînement à l’état-major général de la FDNB, communément appelé G3 dans le jargon militaire.

Le général congolais Dunia Kashindi Fabien, présenté comme responsable au sein de la 33e région militaire, figurait également parmi les responsables cités. Selon les informations recueillies par SOS Médias Burundi, ces officiers auraient quitté les lieux avant la frappe.

Des arrestations après la frappe

Des sources proches du dossier ont confirmé à SOS Médias Burundi l’arrestation, à la suite de l’attaque, d’officiers burundais et congolais dans le cadre des investigations sur une éventuelle fuite de renseignements.

Des services de renseignement congolais et burundais chercheraient notamment à déterminer comment des informations sur la présence de responsables militaires et sur la réunion auraient pu parvenir au M23.

Des éléments des FARDC et de la FDNB seraient soupçonnés d’avoir transmis des renseignements susceptibles d’avoir permis de localiser l’établissement.

À ce stade, aucune preuve publique ne permet toutefois d’établir qu’un militaire précis a effectivement transmis ces informations au M23. Les arrestations et les soupçons doivent donc être distingués d’une éventuelle culpabilité, qui devra être établie par les enquêtes et, le cas échéant, par la justice.

Des communications par satellite

La question de la fuite est d’autant plus sensible que les réseaux de téléphonie mobile sont coupés dans le territoire de Fizi depuis le 19 juin, selon des informations recueillies localement.

La mesure aurait notamment pour objectif de limiter la circulation de renseignements susceptibles d’être exploités par les forces adverses.

Dans ce contexte, certains responsables militaires congolais et burundais ainsi que des combattants Wazalendo auraient recours à des moyens de communication alternatifs, notamment des connexions satellitaires Starlink.

Ces dispositifs permettent de maintenir les communications dans les zones privées de réseau téléphonique, mais soulèvent également des questions sur la sécurisation des échanges portant sur les mouvements de troupes et les préparatifs d’opérations.

Plus de 29 000 soldats burundais déployés

La présence de militaires burundais dans l’est de la RDC s’inscrit dans une implication devenue importante dans le conflit.

Entre août 2022 et décembre 2025, la FDNB a déployé plus de 29 000 soldats dans l’est congolais pour combattre aux côtés des FARDC et de groupes armés Wazalendo soutenus par Kinshasa, d’après un rapport interne du ministère congolais de l’Intérieur et de la Sécurité consulté par SOS Médias Burundi en décembre 2025.

Dans certaines opérations, cette coalition a également bénéficié de la présence d’éléments des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé principalement composé de Hutu rwandais dont certains membres sont accusés d’avoir participé au génocide contre les Tutsi au Rwanda en 1994.

Sur le terrain, les violences se poursuivent. Ici, une femme est alitée dans un hôpital du territoire de Masisi, dans le Nord-Kivu, après avoir été touchée lors des bombardements attribués à l’armée congolaise. ©SOS Médias Burundi
Une femme gravement blessée lors d’une attaque de drones attribuée aux Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) en janvier 2026 à Masisi, dans le Nord-Kivu, reçoit des soins dans un hôpital local. Cette attaque illustre les souffrances continues des civils dans les zones touchées par le conflit. ©SOS Médias Burundi

Le M23 et Twirwaneho dans le Sud-Kivu

Dans le Sud-Kivu, le M23 dispose d’un allié de taille : Twirwaneho, un groupe armé composé majoritairement de membres de la communauté Banyamulenge.

Ces derniers temps, le M23 et ses alliés ont récupéré ou consolidé plusieurs positions importantes dans les hauts plateaux du Sud-Kivu, notamment dans les zones proches de Fizi, Mwenga et Minembwe.

La zone de Minembwe constitue ainsi un enjeu militaire majeur pour les différentes forces engagées dans le conflit.

Le M23 contrôle également de vastes portions du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, où il a mis en place des structures administratives parallèles. La prise de Goma et de Bukavu, respectivement capitales du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, par le M23 en janvier et février 2025 a profondément bouleversé le rapport de force dans l’est congolais.

Cette évolution a également modifié les voies de communication et les accès aux zones encore contrôlées par les forces gouvernementales.

Une guerre devenue régionale

Le conflit oppose désormais plusieurs acteurs congolais et régionaux.

Kinshasa accuse Kigali de soutenir le M23, tandis que le Rwanda reproche au Burundi et à la RDC de soutenir les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR). Les trois pays de la région des Grands Lacs rejettent mutuellement ces accusations.

Malgré les démentis répétés du Rwanda, des experts des Nations unies ont documenté le soutien de Kigali au M23. Les rapports onusiens ont notamment fait état de la présence de forces rwandaises aux côtés du mouvement.

Le Burundi, de son côté, soutient militairement les FARDC face au M23 et à ses alliés. Cette implication fait du Sud-Kivu un espace où les intérêts sécuritaires de plusieurs pays de la région se croisent directement.

Kinshasa nie toute collaboration avec les FDLR. Plusieurs rapports des Nations unies ont toutefois documenté, à différents moments, des formes de coopération entre des éléments des FARDC, des groupes Wazalendo et des combattants des FDLR dans les opérations contre le M23.

SOS Médias Burundi a également documenté la présence de certains cadres des FDLR au Burundi, notamment à Bujumbura, la capitale économique du pays.

Le Burundi rejette régulièrement les accusations de soutien aux FDLR. Kigali accuse pour sa part Kinshasa et ses alliés de maintenir cette menace à proximité de sa frontière, faisant de la présence des FDLR l’un des principaux arguments avancés par le Rwanda pour justifier son implication sécuritaire dans l’est de la RDC.

Cette confrontation d’accusations et d’alliances militaires a progressivement transformé le conflit congolais en une crise régionale, dans laquelle le M23, les FARDC, les Wazalendo, les FDLR, la FDNB et les forces rwandaises sont liés, directement ou indirectement, aux rapports de force autour du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

Le M23 intégré à l’AFC

Le M23, une ancienne rébellion à dominante tutsi ayant repris les armes fin 2021, affirme avoir repris le combat notamment pour dénoncer le non-respect par Kinshasa de ses engagements concernant la réinsertion de ses combattants.

Le mouvement est désormais intégré à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), une coalition politico-militaire dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) de la RDC.

L’AFC/M23 plaide notamment pour une transformation institutionnelle de la RDC vers un système fédéral.

Au milieu, Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) de la RDC et dirigeant de l’AFC, entouré d’autres responsables de l’AFC/M23 lors d’une réunion à Goma. © SOS Médias Burundi

Les hostilités se poursuivent malgré les efforts diplomatiques

Sur le terrain, les hostilités se poursuivent malgré les différentes initiatives diplomatiques visant à mettre fin au conflit.

Kinshasa et l’AFC/M23 sont engagés dans des discussions sous la médiation du Qatar, à Doha, la capitale qatarie, afin de parvenir à un règlement politique du conflit.

Parallèlement, la RDC et le Rwanda ont signé à Washington un accord de paix sous l’égide des États-Unis, destiné notamment à réduire les tensions entre les deux pays et à favoriser la fin des hostilités dans l’est congolais.

Ces deux démarches évoluent toutefois sur des fronts distincts : le processus de Doha concerne directement les discussions entre Kinshasa et l’AFC/M23, tandis que l’accord de Washington porte principalement sur les relations entre la RDC et le Rwanda.

Mais les avancées diplomatiques restent fragiles alors que les combats se poursuivent dans plusieurs zones du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

L’utilisation croissante des drones ajoute une nouvelle dimension au conflit. Les frappes permettent désormais de cibler à distance des positions, des infrastructures ou des lieux soupçonnés d’abriter des responsables militaires.

Une enquête qui pourrait révéler une faille majeure

La frappe de Mwalu soulève ainsi une question centrale : comment le M23 a-t-il pu obtenir des informations suffisamment précises sur la présence de responsables militaires et sur la tenue d’une réunion dans cet hôtel ?

Les arrestations signalées d’officiers burundais et congolais pourraient permettre aux services de renseignement de déterminer si une fuite interne a effectivement précédé l’attaque.

Mais tant que les investigations n’ont pas établi les faits, les personnes arrêtées restent présumées innocentes.

Si une transmission de renseignements militaires était finalement confirmée, elle révélerait une faille majeure dans la sécurité des communications et des opérations de la coalition FARDC-FDNB-Wazalendo.

Un ancien colonel de l’armée burundaise, qui s’est confié à SOS Médias Burundi dimanche, évoque désormais une « crise de confiance » au sein des forces déployées dans l’est congolais, alors que les soupçons de fuites de renseignements et les arrestations d’officiers risquent d’accentuer les tensions entre les différents contingents engagés sur le front.

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Photo : Une partie de l’hôtel Mwalu, dans le territoire de Fizi, au Sud-Kivu, visée par une frappe de drones attribuée au M23, le 19 août 2026. © DR/SOS Médias Burundi

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