Burundi : Ndayishimiye transforme les Imbonerakure en « commandos » et menace les ennemis du régime
SOS Médias Burundi
Gitega, 29 août 2026 — Lors de la clôture des festivités marquant la 10ᵉ édition de l’Imbonerakure Day, la journée dédiée aux Imbonerakure, organisées le samedi 29 août au stade Ingoma de Gitega, dans la capitale politique du Burundi, le président Évariste Ndayishimiye a mis en garde ceux qui voudraient attaquer le Burundi et annoncé que les Imbonerakure devenaient des « commandos ».
Les cérémonies ont été marquées par un long défilé de 119 compagnies d’Imbonerakure, membres de la ligue des jeunes du CNDD-FDD, le parti présidentiel. Dans une ambiance ponctuée de slogans et de chansons, les participants ont notamment scandé des messages appelant à la défense du pays et réaffirmant leur soutien aux dirigeants du parti.
Les discours, slogans et chansons ont été prononcés en kirundi, la langue nationale du Burundi. Traduits en français, certains participants ont notamment chanté : « Le pays ne se donne pas comme des pains dans la rue, il s’arrache par les armes. Nous sommes tous devenus des commandos, le Burundi est bel et bien gardé. Général-major Évariste Ndayishimiye, restez au volant, vous n’avez rien à craindre. Laissez-les parler, le CNDD-FDD a les siens. »
Les participants ont également repris des chants faisant référence aux difficultés du passé et aux changements intervenus depuis l’arrivée au pouvoir du CNDD-FDD.
« Si vous pouvez étudier et terminer vos études, si vous pouvez avoir des enfants et les éduquer, si aujourd’hui vous pouvez dormir en paix, sachez que dans le passé, ce n’était pas ainsi », ont-ils notamment chanté.
Ndikuriyo promet de renforcer les Imbonerakure
Dans son allocution, le secrétaire général du CNDD-FDD, Révérien Ndikuriyo, a promis de faire tout son possible pour renforcer les jeunes Imbonerakure.
Il a ensuite exhorté ces derniers à s’investir davantage dans les travaux de développement afin de contribuer à la réalisation de la vision d’un Burundi émergent à l’horizon 2040 et d’un Burundi développé d’ici 2060.
Révérien Ndikuriyo a également appelé les Imbonerakure à rester vigilants, estimant que les ennemis du pays n’ont pas encore désarmé.

Des Imbonerakure défilent au stade Ingoma de Gitega, dans la capitale politique du Burundi. Le chef de l’État Évariste Ndayishimiye a annoncé que les jeunes du CNDD-FDD devenaient des « commandos » et déclaré vouloir que « tout citoyen burundais soit militaire ». © SOS Médias Burundi
« Nous voulons que tout citoyen burundais soit militaire »
Prenant à son tour la parole, Évariste Ndayishimiye a expliqué la décision visant à faire des Imbonerakure des « commandos ».
« Le monde entier est aujourd’hui témoin. Vous comprenez pourquoi nous avons pris la décision de faire des Imbonerakure des commandos. Nous voulons que tout citoyen burundais soit militaire. Ce que je promets à nos amis comme à nos ennemis, c’est que le Burundi est bien protégé », a déclaré le président.
Le chef de l’État s’est également réjoui du fait que, selon lui, les jeunes ne prêtent plus attention aux discours des opposants comme en 2015.
Revenant sur les événements de cette année-là, il a déclaré : « Voler le tambour est une chose, mais savoir où le battre en est une autre. En 2015, nous tâtonnions encore, c’est pourquoi ils ont pu tenter de renverser les institutions. Aujourd’hui, cela est quasiment impossible. »
Le souvenir de la crise de 2015
La référence à 2015 renvoie à la grave crise politique qui avait éclaté au Burundi après la décision de Pierre Nkurunziza de briguer un troisième mandat présidentiel, une candidature contestée par une partie des cadres du CNDD-FDD, l’opposition et la société civile. La crise avait été marquée par des manifestations, une répression meurtrière, une tentative de coup d’État en mai 2015 et le départ en exil de centaines de milliers de Burundais.
Durant cette période, les Imbonerakure avaient été régulièrement accusés par des organisations de défense des droits humains et des observateurs internationaux de participer à des actes d’intimidation, de violences et de répression contre des opposants et des manifestants.

Le président du Burundi, Évariste Ndayishimiye, et la Première dame, Angeline Ndayishimiye, saluent un jeune garçon ayant participé au défilé lors de la 7ᵉ édition de la Journée des Imbonerakure, à Makamba, dans le sud du Burundi, le 26 août 2023. Lors de la clôture de la 10ᵉ édition, le 29 août 2026 à Gitega, Évariste Ndayishimiye a annoncé que les Imbonerakure devenaient des « commandos ». © SOS Médias Burundi
Les Imbonerakure, de la mobilisation politique aux activités de sécurité
Les Imbonerakure constituent la ligue des jeunes du CNDD-FDD, l’ancienne rébellion hutue devenue le parti au pouvoir au Burundi depuis 2005, à la suite de l’accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation.
Au fil des années, leur rôle ne s’est toutefois pas limité aux activités politiques et aux travaux communautaires. Les Imbonerakure participent également à des activités liées à la sécurité, notamment aux rondes nocturnes dans des quartiers et sur des collines, ainsi qu’aux comités mixtes de sécurité. Ils ont également été signalés aux côtés des forces burundaises dans l’est de la République démocratique du Congo.
Les organisations de défense des droits humains dénoncent régulièrement leur implication présumée dans des violations des droits humains.
Ces accusations sont des allégations documentées par les organisations de défense des droits humains et ne constituent pas, à elles seules, des condamnations judiciaires.
Les autorités burundaises présentent, pour leur part, les Imbonerakure comme des jeunes engagés dans la paix, la sécurité et le développement du pays.
Des propos qui font écho à ceux de Ndikuriyo
La déclaration d’Évariste Ndayishimiye intervient quelques jours après des propos similaires tenus par le secrétaire général du CNDD-FDD, Révérien Ndikuriyo, lors d’une conférence de presse organisée le 22 août à Makamba, dans le sud du Burundi.
Réagissant aux appels lancés par des groupes armés burundais opérant depuis l’est de la République démocratique du Congo, notamment le RED-Tabara et les FNL d’Aloys Nzabampema, Ndikuriyo les avait invités à passer des paroles aux actes.
Il avait affirmé qu’un groupe souhaitant attaquer le Burundi devrait, selon lui, réunir 200 000 combattants, chacun armé d’un fusil. Il avait également déclaré qu’une telle force serait « exterminée » en trois semaines.
Il y a dix ans, l’ONU parlait de « milice »
En 2016, les Nations unies avaient décrit les Imbonerakure comme une « milice de jeunesse du parti au pouvoir », dans un contexte marqué par des accusations de patrouilles nocturnes, d’intimidations, de mauvais traitements, d’arrestations arbitraires, de disparitions et de meurtres.
Cette qualification avait suscité de vives réactions des autorités burundaises et des responsables du CNDD-FDD, qui avaient rejeté l’appellation de « milice » et défendu les Imbonerakure comme une organisation de jeunesse affiliée au parti au pouvoir.
Dix ans plus tard, la décision annoncée par Évariste Ndayishimiye de faire des Imbonerakure des « commandos », ainsi que sa déclaration selon laquelle il souhaite que « tout citoyen burundais soit militaire », ravive les interrogations sur l’évolution du rôle de cette organisation de jeunesse dans le dispositif sécuritaire du Burundi.
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Photo : Le président burundais Évariste Ndayishimiye salue la foule sur le terrain du Cercle hippique, dans la capitale économique Bujumbura, en marge de la célébration de la 8ᵉ édition de la journée dédiée aux Imbonerakure, le 31 août 2024. Le 29 août 2026 à Gitega, lors de la clôture de la 10ᵉ édition, il a annoncé que les Imbonerakure devenaient des « commandos » et affirmé vouloir que « tout citoyen burundais soit militaire ». © SOS Médias Burundi
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