Burundi : le président de l’Assemblée nationale a radié le groupe de députés de l’opposition

Burundi : le président de l’Assemblée nationale a radié le groupe de députés de l’opposition

Le parti CNL, seul parti politique d’opposition ayant des députés à la chambre basse du parlement burundais dénonce la radiation de son groupe parlementaire par le président de l’Assemblée nationale, Daniel Gélase Ndabirabe. Les raisons qui ont poussé M. Ndabirabe à agir ainsi ne sont pas encore claires. Agathon Rwasa, leader du CNL parle d’une violation de la constitution et du règlement d’ordre intérieur de la chambre basse. Il qualifie la mesure de « discrimination ». (SOS Médias Burundi)

Pour manifester leur mécontentement, les 31 députés du CNL ont boycotté la séance de ce mardi qui se concentrait sur l’adoption du budget général de l’État exercice 2022-2023.

Par après, ils sont allés se consulter à la permanence nationale de la première formation politique d’opposition dans la ville commerciale Bujumbura.

Dans la soirée, le leader CNL a animé un point de presse y relatif, après la sortie d’un communiqué conjoint. Il a parlé d’une violation flagrante de la constitution et du règlement d’ordre intérieur de la chambre basse du parlement burundais.

« L’article 170 de la constitution de la République du Burundi précise que les députés peuvent se constituer en groupes parlementaires et le règlement intérieur de l’Assemblée nationale élabore beaucoup plus quant aux modalités de mise en place de ces groupes parlementaires », a-t-il dit avant d’être plus explicite.

« Nous, en tant que des députés issus d’un même parti politique, nous partageons les mêmes points de vue. Donc, nous pouvons nous constituer en un groupe parlementaire. La seule condition, c’est qu’il y ait des gens ressortissant de toutes les ethnies. Cette condition, nous la remplissons. Il faut que vous soyez plus de cinq, nous sommes à 32. Par rapport aux dispositions légales, c’est de droit que nous nous constitutions en groupe parlementaire ».

M. Rwasa trouve que le président de l’Assemblée nationale devrait se ressaisir et ne pas « servir les intérêts du CNDD-FDD seulement ou d’un petit groupe ».

Et de se demander « Si nos droits sont bafoués au niveau du parlement, qu’en est-il des droits du citoyen lambda? »

Il parle d’une situation « inacceptable », rappelant que « si on est député on sait ce que dispose la loi. On n’est pas élu par douze millions (population burundaise) pour croire qu’on est plus député que quelqu’un d’autre. On est élu dans les mêmes conditions, donc il faut du respect mutuel ».

Mobiles

Les mobiles qui sont derrière ça, franchement à moins qu’on soit des devins, on ne pourrait pas les dire, poursuit Rwasa qui estime qu’il n’y a aucun mobile qui puisse « justifier cette attitude du président de l’Assemblée nationale ».

Mais il y a des soupçons.

« […], certaines langues laissent entendre que l’on ne voudrait pas que le CNL soit dans les institutions régionales ou dans d’autres. Vous savez la discrimination est de mise bien sûr. Cependant pour ce qui est de l’EALA (l’Assemblée législative de l’Afrique de l’est) par exemple, le traité dispose que les députés des partis qui siègent à l’Assemblée nationale y participent. Vous comprenez que si on refuse la base, on refuse même le reste. La première chose c’est de nous accepter », a-t-il regretté.

Il en appelle à la sagesse du président de la chambre basse du parlement burundais.

« S’il accepte qu’il y ait un groupe parlementaire du CNDD-FDD, d’où vient-il qu’il refuse que le parti CNL, ses députés puissent eux aussi constituer un groupe parlementaire. Le deux poids deux mesures ça ne peut nullement faire avancer cette nation », a suggéré le candidat malheureux de la présidentielle de mai 2020.

Le leader CNL indique que les députés issus de son parti continueront de siéger à l’Assemblée nationale tout en ne cessant pas de défendre leurs droits.

« […], nous sommes des députés, nous sommes partis du peuple et nous sommes mandatés par le peuple. Nous exercerons le mandat que le peuple nous a confiés. Toutefois, nous continuerons à réclamer nos droits », a-t-il martelé.

La chambre basse du parlement burundais est constituée de 127 députés. Le CNL a 32 membres dans cette chambre ,trois députés étant de la minorité Batwa cooptés dans le cadre des accords d’Arusha sur les équilibres éthiques et dans le respect de la constitution.

Normalement,le parti CNL devrait avoir un membre dans le bureau de l’Assemblée nationale mais ce n’est pas le cas. Sa place a été confiée à un député de l’aile du parti Uprona proche du pouvoir. Le CNL s’est opposé à son élection en 2020 tout comme il avait saisi la cour constitutionnelle pour dénoncer « la fraude électorale », en vain.

Agathon Rwasa estime que le président de l’Assemblée nationale se cache derrière la majorité des députés du parti présidentiel dont il est militant pour « bafouer les droits des autres ».

Le porte-parole du bureau de l’Assemblée nationale Alexis Badian Ndayihimbaze n’était pas disponible pour s’exprimer sur la situation.

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Photo : certains membres du groupe parlementaire du parti CNL

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