Burunga : quatre corps retrouvés en septembre, une série macabre qui inquiète les habitants

Burunga : quatre corps retrouvés en septembre, une série macabre qui inquiète les habitants

SOS Médias Burundi

Makamba, 1er octobre 2026 — Au moins quatre corps sans vie ont été découverts depuis le début du mois de septembre en province de Burunga, dans le sud du Burundi, selon un décompte de SOS Médias Burundi. Le dernier, retrouvé samedi 26 septembre sous le pont de la rivière Mutsindozi, sur la colline Rutenderi, zone Gatabo, en commune Makamba, a été identifié mercredi comme celui de Jean Claude Nshimirimana, un cadre de l’Agence de l’hydraulique et d’assainissement en milieu rural (AHAMER), porté disparu depuis la veille. Ces découvertes successives ravivent les inquiétudes des habitants sur la sécurité dans la région et les circonstances dans lesquelles des corps sont abandonnés dans des endroits isolés.

Jean Claude Nshimirimana était chef du service chargé de l’appui aux associations communautaires et président du conseil d’entreprise de l’AHAMER.

Selon les informations recueillies, il aurait disparu dans l’après-midi du vendredi 25 septembre, alors qu’il rentrait de son service au bureau de liaison de la direction générale de l’AHAMER, situé à Bujumbura, la capitale économique du Burundi.

L’annonce de sa disparition a notamment été relayée mercredi 30 septembre, le jour même où son corps a été formellement identifié.

Son corps retrouvé le lendemain sous le pont

Au lendemain de sa disparition, dans la matinée du samedi 26 septembre, un corps sans vie a été découvert sous le pont de la rivière Mutsindozi, sur la colline Rutenderi, zone Gatabo, en commune Makamba.

Selon des informations recueillies dans la zone, du sang aurait été constaté au niveau de la tête et de la bouche. Des blessures auraient également été observées, mais leur origine reste à déterminer.

Le corps a été repêché avec l’intervention de volontaires de la Croix-Rouge, avant d’être transféré à la morgue de l’hôpital de Rutana.

Un corps qui aurait été transporté jusqu’à la rivière Mutsindozi

Des informations recueillies auprès de témoins locaux indiquent que le corps aurait pu être transporté avant d’être abandonné sous le pont.

Un véhicule aurait notamment quitté l’axe Rutana-Gihofi pour rejoindre le secteur de la rivière Mutsindozi, dans le but présumé de brouiller les traces avant l’abandon du corps.

Ces éléments restent à vérifier par les enquêteurs. Les circonstances dans lesquelles le corps est arrivé sous le pont, ainsi que l’identité des personnes éventuellement impliquées, ne sont pas encore établies.

Des interrogations autour de ses activités professionnelles

La mort de Jean Claude Nshimirimana suscite des interrogations au sein de son entourage professionnel. Certains de ses collègues soupçonnent un lien entre sa disparition et ses activités au sein de l’AHAMER.

Aucune information indépendante ne permet toutefois, à ce stade, d’établir un lien direct entre ses responsabilités professionnelles et sa mort.

Les circonstances exactes de sa disparition et de son décès, ainsi que l’éventuel mobile, restent à déterminer par les autorités compétentes.

La Mutsindozi, un lieu qui inquiète les habitants

Cette nouvelle découverte ravive également les inquiétudes autour de la rivière Mutsindozi. Selon des témoignages locaux, cet endroit aurait déjà été utilisé à plusieurs reprises pour abandonner des corps sans vie.

La découverte du corps de Jean Claude Nshimirimana pose ainsi une nouvelle question sur la sécurité dans cette partie de la commune Makamba, notamment sur les conditions dans lesquelles des corps peuvent être transportés et abandonnés dans ce secteur.

Des habitants, venus en grand nombre, observent les secouristes de la Croix-Rouge s’apprêter à extraire le corps de Jean Claude Nshimirimana sous le pont de la rivière Mutsindozi, en commune Makamba. © DR/SOS Médias Burundi

Une série de découvertes qui interpelle les défenseurs des droits humains

Depuis le début du mois de septembre, le corps de Jean Claude Nshimirimana porte à au moins quatre le nombre de corps sans vie découverts en province de Burunga, selon un décompte de SOS Médias Burundi.

Ces découvertes interviennent dans un contexte national marqué par des préoccupations persistantes des organisations de défense des droits humains concernant les atteintes au droit à la vie, les disparitions forcées, les arrestations arbitraires et l’impunité.

Dans leurs différents rapports, ces organisations appellent régulièrement les autorités à mener des enquêtes approfondies sur les cas de morts suspectes et de disparitions, afin d’établir les responsabilités et de garantir aux familles le droit à la vérité et à la justice.

Les évêques catholiques alertent sur la situation des droits humains

Les préoccupations autour de la sécurité et des droits humains ont également été exprimées par la Conférence des évêques catholiques du Burundi (CECAB).

Dans leur déclaration publiée en juin 2026, à l’issue de leur assemblée plénière tenue du 1er au 5 juin, les évêques ont notamment évoqué la découverte de corps sans vie dans différentes localités du pays, ainsi que des cas de détentions qu’ils jugent préoccupants.

Ils ont appelé les autorités à renforcer la protection des citoyens et à garantir le respect des droits fondamentaux.

Le président Évariste Ndayishimiye a réagi à cette déclaration quelques jours plus tard. Il a notamment reproché à certaines organisations de la société civile, particulièrement à l’Église catholique, de privilégier les critiques des institutions plutôt que de contribuer, selon lui, à la recherche de solutions aux difficultés auxquelles fait face la population.

Le chef de l’État a appelé les responsables religieux à privilégier des actions concrètes en faveur du développement et de l’amélioration des conditions de vie de la population.

Le Rapporteur spécial de l’ONU fait état de violations persistantes

Les préoccupations exprimées par les organisations de défense des droits humains et les évêques rejoignent celles du Rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits de l’homme au Burundi, Fortuné Gaëtan Zongo.

Dans son rapport présenté en septembre 2026 au Conseil des droits de l’homme, l’expert onusien a fait état de violations persistantes des droits humains au Burundi, notamment des disparitions forcées, des exécutions extrajudiciaires, des actes de torture, des arrestations et détentions arbitraires.

Il a également relevé des restrictions aux libertés fondamentales et appelé les autorités burundaises à renforcer la lutte contre l’impunité et à garantir des enquêtes crédibles sur les violations rapportées.

Le gouvernement burundais conteste régulièrement certaines conclusions des mécanismes internationaux des droits humains et met en avant les efforts réalisés dans les domaines de la sécurité, de la stabilité et du développement.

Dans le cas de Jean Claude Nshimirimana, l’identification du corps constitue désormais une étape importante pour établir les circonstances de sa disparition et de sa mort.

Les enquêteurs devront notamment déterminer les causes exactes du décès, vérifier les témoignages faisant état d’un possible transport du corps et établir si ses activités professionnelles ont un quelconque lien avec les faits.

Pour les proches du défunt et les habitants de la zone de Gatabo, l’enjeu reste désormais de connaître la vérité sur les circonstances de cette mort et de voir les éventuels responsables identifiés et traduits devant la justice.

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Photo : Des secouristes de la Croix-Rouge repêchent le corps sans vie de Jean Claude Nshimirimana, retrouvé sous le pont de la rivière Mutsindozi, sur la colline Rutenderi, en commune Makamba, dans la province de Burunga. © DR/SOS Médias Burundi

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