« On m’a volé ma maternité » : une patiente dénonce une négligence médicale aux conséquences irréversibles
SOS Médias Burundi
Bujumbura, 9 octobre 2025 – Dans les hôpitaux burundais, les drames liés à la négligence médicale demeurent souvent tus, étouffés par la peur et la résignation. Pourtant, derrière ces silences, des vies se brisent.
À Kanyosha, dans le sud de la capitale économique, où sont concentrées plusieurs agences des Nations unies et des services de l’administration centrale, une jeune femme témoigne du calvaire qu’elle a vécu après une fausse couche. L’absence de suivi médical a failli compromettre sa santé reproductive. Son histoire illustre les manquements récurrents dans le système de soins, où un simple oubli peut détruire le rêve d’une maternité.
« C’était ma première grossesse. Malheureusement, j’ai fait une fausse couche », raconte Marie Birahinduka (nom d’emprunt), la voix encore fragile.
« Je suis allée à l’hôpital, dans l’urgence, espérant être bien prise en charge. Le médecin m’a examinée, mais il ne m’a prescrit aucun examen. Rien du tout », se souvient-elle.
Cinq jours plus tard, lorsqu’elle retourne pour une échographie de contrôle, une autre équipe lui demande si elle a fait des examens de laboratoire. « C’est là que j’ai découvert que j’ai un rhésus négatif. Il était déjà trop tard pour recevoir l’injection qu’on administre normalement dans les 72 heures », confie-t-elle avec amertume.
« J’ai eu l’impression qu’on m’avait volé quelque chose de précieux. »
Un gynécologue qu’elle consulte ensuite lui redonne un peu d’espoir : le délai de sept jours pourrait suffire, à condition que le test de recherche d’agglutinines irrégulières (RAI) soit négatif.
Mais la jeune femme se heurte à un nouvel obstacle : c’est le week-end, et le test ne se fait que dans les structures publiques.
« Partout, on me disait de revenir lundi. J’étais désespérée », raconte-t-elle.
Ne voulant pas abandonner, Marie se rend finalement au CNTS (Centre national de transfusion sanguine), où une laborantine accepte de l’écouter.
« Je n’oublierai jamais cette femme. Elle a compris ma douleur et a accepté de faire le test sans attendre lundi. Ce jour-là, elle m’a redonné espoir. »
Pour cette habitante de Kanyosha, la peur d’avoir perdu la possibilité d’être mère reste une blessure profonde.
« J’ai eu peur de ne plus jamais avoir d’enfant. Tout cela à cause d’un simple oubli », souffle-t-elle.
Selon plusieurs praticiens contactés par SOS Médias Burundi, la vérification du groupe sanguin et du rhésus est une étape élémentaire après une fausse couche.
« Les cas comme celui-ci ne devraient pas arriver. Ce sont des examens de routine », reconnaît un gynécologue-obstétricien sous couvert d’anonymat.
Malgré la surcharge de travail et les conditions parfois difficiles, les professionnels de santé sont appelés à redoubler de vigilance. Car au-delà des statistiques, chaque oubli médical porte un visage, une histoire, une vie bouleversée.
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Photo : dans une structure sanitaire du Burundi, une femme rurale attend une prise en charge médicale. ©SOS Médias Burundi
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