Tensions persistantes à la frontière : la rivière Malagarazi emporte des terres burundaises, la justice de Rutana réagit avec fermeté
SOS Médias Burundi
Rutana, 13 octobre 2025 — Alors que la rivière Malagarazi modifie son cours et fait disparaître des terres burundaises au profit de la Tanzanie, les tensions frontalières s’intensifient. La justice de Rutana vient de frapper fort, rendant deux jugements exemplaires pour défendre la souveraineté du pays.
Depuis plusieurs mois, la rivière Malagarazi, qui sépare le Burundi et la Tanzanie, suscite de vives inquiétudes. Son cours s’est déplacé depuis la dernière saison pluvieuse, grignotant progressivement des terres burundaises.
Les habitants des anciennes communes de Kibago, Kayogoro et Bukemba affirment que cette déviation du lit de la rivière a fait disparaître plusieurs champs et habitations situés du côté burundais. Certains accusent des Tanzaniens de vouloir s’approprier les terrains désormais passés de l’autre côté du courant.
Malgré plusieurs rencontres entre les autorités burundaises des provinces frontalières et leurs homologues tanzaniens, les tensions demeurent fortes. Des militaires des deux pays, déployés depuis plusieurs mois, restent en place, évitant tout affrontement direct.
C’est dans ce climat tendu que le Tribunal de grande instance de Rutana a rendu, le lundi 6 octobre, deux jugements marquants, illustrant la fermeté de la justice burundaise face aux actes perçus comme des menaces à la souveraineté nationale et à la sécurité publique.
Dans la première affaire, quinze personnes — parmi elles des chargeurs et des débardeurs — ont été reconnues coupables d’avoir détruit un barrage de la société sucrière SOSUMO, construit sur la rivière Malagarazi.
Selon le jugement, ce barrage avait été érigé pour tenter de ramener le lit de la rivière à son ancien tracé, après que le déplacement des eaux eut emporté une partie des terres agricoles et détruit plusieurs plantations de canne à sucre.
Les enquêtes ont révélé que les accusés auraient agi sur ordre de militaires tanzaniens, à la suite d’une réunion secrète tenue en territoire tanzanien.
Ils ont été condamnés chacun à vingt ans de servitude pénale principale et à verser 12 002 000 FBU de dommages et intérêts à la SOSUMO.
Dans la seconde affaire, Éric Niyonzima a été arrêté sur la rivière Malagarazi alors qu’il tentait de faire passer clandestinement deux enfants de moins de 18 ans vers la Tanzanie, via un poste frontalier illégal.
Reconnu coupable de trafic de mineurs, il a été condamné à deux ans de prison ferme.
Pour de nombreux observateurs, ces décisions traduisent la volonté du Burundi de défendre ses frontières, de protéger ses enfants et de garantir la sécurité nationale dans un contexte de pressions croissantes à la frontière sud.
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Photo : un barrage dans un marais en province de Burunga non loin de la frontière avec la Tanzanie. © SOS Médias Burundi
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