Bubanza : les agriculteurs inquiets face au retard des pluies et aux pénuries de semences

Bubanza : les agriculteurs inquiets face au retard des pluies et aux pénuries de semences

SOS Médias Burundi

Bubanza, 22 octobre 2025 —Alors que la saison agricole A devait débuter depuis plusieurs semaines, les paysans de Bubanza n’ont toujours pas vu tomber la pluie. Entre un climat capricieux, des intrants agricoles introuvables et des distributions jugées injustes, la crainte d’une année blanche grandit dans cette région de l’ouest du Burundi.

Les agriculteurs de la commune de Bubanza, dans la province de Bujumbura, à l’ouest du Burundi, tirent la sonnette d’alarme. À la date du 21 octobre, aucune pluie significative n’a encore arrosé leurs champs. Un retard d’un mois qui compromet déjà la campagne agricole A. À cela s’ajoutent des difficultés d’approvisionnement en intrants agricoles, plongeant les cultivateurs dans une inquiétude grandissante.

Des semences rares et mal distribuées

Selon plusieurs agriculteurs rencontrés, les semences de maïs PAN53, distribuées une seule fois par les services agricoles, se sont révélées largement insuffisantes.
« Certains n’ont reçu qu’un kilogramme, d’autres rien du tout », confie un paysan du centre de Bubanza. Les rares quantités disponibles auraient été raflées par de grands propriétaires terriens et des personnes proches du parti au pouvoir, le CNDD-FDD, au détriment des petits exploitants.

Les engrais chimiques de type urée, attendus depuis la saison C, n’ont toujours pas été distribués à tous. Là encore, la distribution serait sélective, selon plusieurs témoignages recueillis sur place.

Des produits subventionnés mais détournés

Alors que l’État subventionne ces intrants pour soutenir les producteurs, une partie des semences et des engrais se retrouve sur le marché noir.
Un kilogramme de semence de maïs PAN53, vendu officiellement à 4 500 francs burundais, se négocie clandestinement jusqu’à 30 000 francs.
Quant au sac de 50 kg d’engrais chimiques, son prix officiel de 65 000 francs grimpe jusqu’à 250 000 francs sur le marché parallèle.

« Rien d’étonnant », soupire un agriculteur. « Tout le monde sait que certains responsables ferment les yeux sur ces spéculations. »

Des files interminables pour de maigres quantités

Les jours de distribution, les scènes de bousculades et de longues files d’attente sont devenues monnaie courante.

Des policiers supervisent la distribution d'engrais chimiques sur un point de vente de fertilisants à Bubanza
Des policiers supervisent la distribution d’engrais chimiques sur un point de vente de fertilisants à Bubanza © SOS Médias Burundi


« Pour obtenir un simple kilogramme de maïs ou un petit sac d’engrais, il faut parfois passer toute la journée sur place », raconte un cultivateur, visiblement découragé.

Le recours aux semences locales

Faute de mieux, plusieurs agriculteurs se rabattent désormais sur les semences traditionnelles, moins chères mais aussi moins productives et moins résistantes. Une solution de survie qui risque d’affecter lourdement les rendements agricoles de la saison.

Les autorités reconnaissent le manque

Du côté du service provincial de l’agriculture, les responsables reconnaissent la pénurie d’intrants. Ils évoquent des quantités insuffisantes pour couvrir tous les besoins de la région.
Mais les agriculteurs réclament davantage de transparence et une meilleure équité dans la distribution des produits subventionnés.

« Si rien n’est fait rapidement, la saison agricole risque d’être perdue », avertit un représentant local des paysans.

Entre retard des pluies, pénurie de semences et spéculation sur les engrais, les cultivateurs de Bubanza redoutent une année difficile, marquée par de faibles récoltes et une insécurité alimentaire croissante.

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Photo : un homme en train d’irriguer son champ dans la commune de Bubanza, à l’ouest du Burundi, où les semences et les engrais chimiques se font de plus en plus rares. Octobre 2025. © SOS Médias Burundi

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