Matongo : le président Ndayishimiye insulte Faustin Ndikumana et le compare à des ennemis de Dieu

Matongo : le président Ndayishimiye insulte Faustin Ndikumana et le compare à des ennemis de Dieu

SOS Médias Burundi

Matongo , 7 novembre 2025 — Le président Évariste Ndayishimiye a de nouveau dérapé. En commune de Matongo, dans la province de Butanyerera au nord du pays, il a publiquement attaqué Faustin Ndikumana, représentant de l’ONG PARCEM (Parole et Actions pour le réveil des consciences et l’évaluation des mentalités), connue pour ses prises de position en faveur de la bonne gouvernance.

Alors qu’il installait la nouvelle administratrice communale Janvière Kanyana, le 5 novembre dernier, le chef de l’État a assimilé l’activiste à deux personnages bibliques réputés pour avoir combattu les projets de Dieu : Sanballat et Tobia.

« Il agit sous l’effet des démons. Il est comme Sanballat et Tobia. Savez-vous quel âge il a ? Mais il ne s’est jamais marié et continue de mentir les Burundais. Si c’est un homme, qu’il se marie et qu’il donne une ration journalière à sa famille », a lancé le président sous les applaudissements hésitants de la foule.

Certains habitants, visiblement abasourdis, n’ont pas caché leur malaise. Dans une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux, le président poursuit sa diatribe, interpellant la foule :

« Dites-moi, celui qui n’a que son ventre pour préoccupation, a-t-il des leçons à donner au chef de l’État ? »

Le président va même plus loin, invitant les résidents proches du podium à qualifier M. Ndikumana. Ensemble, ils s’accordent sur le mot : « impuissant méprisable ».

Des propos jugés indignes

Les réactions n’ont pas tardé.

« Même un habitant simple ne pourrait pas tenir de tels propos, tellement ils représentent la bassesse », a commenté une journaliste basée à Bujumbura.
« S’il avait des conseillers ou s’il écoutait les conseils, il aurait démontré en quoi Faustin ment, au lieu de l’injurier », estime un autre journaliste senior, spécialiste des affaires politiques.

Un confrère burundais établi à l’étranger ajoute :

« Le CNDD-FDD et ses militants n’ont plus d’arguments. Ils s’en prennent aux personnes critiques. Aujourd’hui, ce sont les insultes. Ne soyez pas surpris si demain le président insulte les gens sur leurs mères. »

Malgré plusieurs tentatives de SOS Médias Burundi, Faustin Ndikumana n’a pas pu être joint par téléphone. La porte-parole du président, Rosine Guilène Gatoni, n’a pas non plus répondu à nos appels.

Sanballat et Tobia, deux figures bibliques de la haine du bien

La référence du président Ndayishimiye n’est pas anodine.
Dans la Bible, Sanballat et Tobia sont deux hommes qui ont cherché à saboter les efforts de Néhémie, gouverneur de Jérusalem, lorsqu’il reconstruisait les murailles détruites de la ville après l’exil à Babylone (Livre de Néhémie, chapitres 2, 4 et 6).

Sanballat le Horonite, gouverneur de Samarie, incarne l’opposition politique et religieuse extérieure.

Tobia l’Ammonite, notable étranger lié à des familles juives, représente la trahison interne et la corruption.

Dans la tradition biblique, ces deux figures symbolisent ceux qui ridiculisent, découragent ou sabotent les projets de justice et de restauration morale.

Un climat d’intimidation persistante

Depuis la crise politique de 2015, la plupart des activistes burundais ont choisi l’exil. Faustin Ndikumana fait partie des très rares militants encore présents sur le sol national. Il continue de dénoncer la mauvaise gouvernance et la corruption, tout en proposant des réformes pour sortir le pays de ce qu’il qualifie de « pire crise économique de son histoire ».

Le président Évariste Ndayishimiye n’en est pas à son premier excès verbal. En décembre 2023, il avait déjà provoqué un tollé en souhaitant que les homosexuels soient lapidés, les qualifiant de « possédés par Satan ».

Une rhétorique qui inquiète

Pour de nombreux observateurs, ces attaques verbales illustrent la dérive autoritaire du régime.

« Comparer Faustin Ndikumana à Sanballat et Tobia, c’est assimiler la critique à une rébellion contre Dieu. Cela confond foi et pouvoir, et c’est dangereux pour la démocratie », analyse un théologien contacté par SOS Médias Burundi.

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Photo : Le président Neva passe en revue les troupes dans la ville commerciale de Bujumbura, le 1er juillet 2022, à l’occasion de la fête nationale. © SOS Médias Burundi

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