Burundi : une commission visite plusieurs prisons et réexamine les dossiers de détenus politiques et putschistes
SOS Médias Burundi
Gitega, 27 novembre 2025 – Une délégation a récemment effectué une tournée dans plusieurs établissements pénitentiaires du Burundi. Parmi les détenus rencontrés figurent les putschistes incarcérés à la prison centrale de Gitega, dans la capitale politique. Selon des témoignages de prisonniers, cette commission a consulté les dossiers individuels et échangé longuement avec différentes catégories de condamnés, y compris ceux poursuivis pour des motifs politiques et pour atteinte à la sécurité intérieure de l’État.
« Ils sont arrivés tard dans la nuit, dossier en main. Chacun a été entendu selon son cas. Ils nous ont dit qu’ils voulaient revoir les dossiers, même ceux déjà jugés », a confié à SOS Médias Burundi un détenu contacté via messagerie, précisant que la mission est restée plusieurs jours dans la prison.
Les putschistes, les détenus liés à l’affaire Nshimirimana et la tentative d’assassinat de Niyongabo concernés
Outre les putschistes condamnés à des peines allant de 5 ans à la perpétuité, SOS Médias Burundi a obtenu confirmation que la commission a également analysé les dossiers de détenus impliqués dans deux affaires sensibles : l’assassinat de l’ancien patron du renseignement, le général Adolphe Nshimirimana, tué dans une attaque à la roquette à Bujumbura en août 2015, et la tentative d’assassinat, le mois suivant, du chef d’état-major, le général Prime Niyongabo.
La délégation aurait également réclamé les dossiers des détenus considérés comme prisonniers politiques ou accusés de menaces contre la sécurité intérieure. Certains espèrent un allègement des peines, voire des libérations.
« Ils nous ont dit qu’ils regardaient nos dossiers pour décider de la suite », rapporte un autre détenu.
Grâces présidentielles possibles ?
Chaque fin d’année, le chef de l’État peut accorder grâces ou réductions de peine, soit sur demande, soit de sa propre initiative. Plusieurs observateurs estiment que le président Évariste Ndayishimiye pourrait user de cette prérogative pour envoyer un signal d’apaisement, dans un contexte où les rapports nationaux et internationaux pointent un climat politique restrictif.
Au Burundi, la crise carcérale demeure profonde : les prisons disposent d’une capacité théorique de 4 294 places, mais hébergent régulièrement plus de 12 000 détenus. Certains établissements dépassent 300 % de surcharge, entraînant promiscuité extrême, maladies et tensions accrues.
Un geste politique ou symbolique ?
Alors que le pays est critiqué pour ses restrictions des libertés publiques, des organisations de défense des droits humains dénoncent régulièrement « des magouilles » et un manque de transparence autour des mesures de désengorgement carcéral. Dans le même temps, l’armée burundaise est mise en cause dans des exactions contre les Banyamulenge dans l’est de la RDC — accusations que la FDNB rejette en bloc.
Le Burundi a déployé plus de 10 000 soldats à l’Est congolais aux côtés des FARDC et des groupes armés pro-gouvernementaux Wazalendo, dans un contexte de conflit face au M23, qui contrôle désormais plusieurs centres stratégiques du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Pour de nombreux détenus rencontrés, un geste présidentiel pourrait marquer un tournant.
« Nous espérons que cette fois quelque chose va changer », glisse un prisonnier politique.
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Photo : une prisonnière reçoit des mains du président Évariste Ndayishimiye son billet d’élargissement, lors d’une cérémonie de libération dans le cadre de la grâce présidentielle. © SOS Médias Burundi
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